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23/03/2012

Sourds ses mots d'amour et les miens...

L'heure du retour avait sonné. Victoria rentrait à Londres. Son train partait à 12h04 de la gare du Nord. Tout en marchant dans les dédales du métro elle fredonnait du bout des lèvres une vieille chanson de Nilda Fernandez : Ou que l'on aille / Nos fiançailles / Lourds sont nos promesses et nos liens / Courts sont les kilomètres en train / Sourds ses mots d'amour et les miens... 

Pour tromper son impatience, Victoria se mit en quête d'un magazine. La librairie de la gare - qui proposait tout un tas de souvenirs kitchs et de produits alimentaires - était si petite qu'elle dut jouer des coudes pour examiner les couvertures. Son choix se porta sur le Times Magazine et sur Prisme, revue de photographies artistiques. En Une du premier "Cameron au purgatoire" et "Controverse sur les services secrets français". Des articles censés la tenir en haleine quelques instants et lui faire oublier le temps.

Mais difficile de se concentrer dans la salle d'attente. Les voyageurs commençaient à s'agglutiner pour l'embarquement et des enfants avaient pris goût au tambourinage sur les vitres qui donnaient sur les voies. Victoria espérait qu'ils seraient loin d'elle dans le train. Espérance vaine. Ils étaient assis trois sièges plus loin. Leur tintamarre dura la moitié du trajet. Son voisin était outré. Il soupirait, travaillait avec peine sur son laptop jetant constamment des regards furibonds dans la direction des gamins. Malgré les incitations réitérées de leur mère à rester calme, ils continuèrent leur vacarme. Victoria se réfugia dans le compartiment bar pour échapper à l'incivilité des garnements. Elle n'en ressortit que trois quarts d'heure plus tard et poussa un ouf de soulagement lorsque le train entra en gare de Saint-Pancras.

Peter était bien passé pendant son absence. Les plantes avaient bonne mine. Mais il n'avait pas fait qu'arroser. Un superbe bouquet - composé de branches de lilas mauves et blancs - était disposé dans un vase sur l'argentier.

Dans Kensington les narcisses étaient ouverts et les arbustes, aux formes diverses, exhalaient des senteurs de vanille et de musc. Le parc offrait à pleines brassées des couleurs tendres. A peine rentrée à Bayswater, Victoria s'y était ruée, gagnée par une espèce de folie. Les papillons voletaient dans tous les sens. Les oiseaux chantaient une série de notes joyeuses. Les écureuils étaient plus vifs que jamais. Le reflet du soleil couchant sur le Serpentine donnait l'illusion de millions de photophores orangés allumés pour attendre la nuit. Victoria serait restée encore un peu si cette douleur lancinante qui lui opprimait la poitrine s'était tue. Mais le mal ne la lâchait pas. Elle avait dit à Peter qu'elle consulterait. Mais depuis, elle lui racontait mensonge sur mensonge. Elle n'avait pas pris le rendez-vous chez le spécialiste que lui avait indiqué le médecin. Elle avait peur du verdict. Elle voulait rester désirable à ses yeux. Comment réagirait-il si on devait lui couper un sein? 

Comme souvent, des larmes lui montèrent aux yeux. Une rivière de diamants coulait maintenant sur ses joues. Elle allait consulter. Il le fallait. A tout prendre valait mieux la vérité brute que l'incertitude.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 59 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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Commentaires

A Hyde Park comme ailleurs le hideux crabe est toujours tapi. Dense et concret, comme un jour d'interrogation. Bravo.

Écrit par : Eeguab | 23/03/2012

Mes personnages sont plutôt bien ancrés dans la réalité... même si elle n'est pas forcément drôle!

Écrit par : La Plume et la Page | 25/03/2012

Cette chanson de Nilda Fernandez, ce sont plein de souvenirs ...

Écrit par : Miss Babooshka | 24/03/2012

Qu'est-ce que j'ai pu la fredonner!

Écrit par : La Plume et la Page | 25/03/2012

Terrible cette fin du texte ! On ne s y attend pas du tout !

Écrit par : Valentyne | 24/03/2012

Une chute pas très plaisante cette semaine mais c'est aussi ça la vie... On n'est pas dans un conte de fées.

Écrit par : La Plume et la Page | 25/03/2012

On passe du printemps londonien à une fin beaucoup moins joyeuse mais peut être que l'amour l'emportera... on a un peu oublié cette jolie chanson de Nilda Fernandez, lui aussi d'ailleurs, le succès est éphémère!

Écrit par : MTG | 24/03/2012

Est-ce que l'amour sera plus fort que le reste? On vit dans une drôle d'époque... Les hommes et les femmes sont de plus en plus individualistes. La chevalerie, dans tous les sens du terme, n'a plus cours!

Écrit par : La Plume et la Page | 25/03/2012

L'histoire démarrait si bien, les fleurs, la vie turbulente et paf, tu nous fous le bourdon, en fin de parcours. ;-) Ton texte est néanmoins très prenant. :D J'aime beaucoup. :D

Écrit par : ceriat | 24/03/2012

Je ne voulais pas te fiche le bourdon. Peter et Victoria semblait filer le parfait amour mais il ne faut pas oublier que l'on marche toujours sur un fil... Bien souvent les choses ne vont pas comme on l'aurait souhaité.

Écrit par : La Plume et la Page | 25/03/2012

Il y a assez de drames de ce genre dans la vraie vie, pourquoi diable, en inventer une dans la virtualité ? Il y avait tellement d'autres solutions...
Bon dimanche, change toi les idées avec ce soleil qui brille partout

Écrit par : Soène | 24/03/2012

Je me suis changée les idées Soène! J'ai profité du soleil toute la journée le nez au vent et la mer à mes pieds.

Écrit par : La Plume et la Page | 25/03/2012

Oui, tout plutôt que l'incertitude, qui tue à petit feu.

Écrit par : Olivia | 24/03/2012

C'est certain! Après ce sont les regrets qui viennent nous hanter...

Écrit par : La Plume et la Page | 25/03/2012

Wow.. Victoria... Gravement malade ? ça c'est un choc :( On est comme hypnotisé par tes mots, si bien qu'au dernier mot, on continue dans le vide.

Coincoins to be continued then ...

Écrit par : elcanardo | 24/03/2012

Mes personnages sont fictifs mais comme tout être humain, ils sont à la merci des plus graves maladies... Il ne faut pas dire que ça n'arrive qu'aux autres.

Écrit par : La Plume et la Page | 25/03/2012

Allons, allons! Pas de déni. On consulte. Toute douleur n' est pas synonyme de tumeur ! Dis-le à Victoria. Avec un prénom comme ça .....

Écrit par : Pierrot Bâton | 27/03/2012

Je transmets à Victoria...

Écrit par : La Plume et la Page | 30/03/2012

La fin est comme une baffe cinglante renvoyant à la réalité. Belle plume en tout cas.

Écrit par : Jean-Charles | 27/03/2012

Ma grand-mère avait coutume de dire: "Ca ne va jamais comme on veut." Bien souvent un petit grain de sable vient contrecarrer nos projets...

Écrit par : La Plume et la Page | 29/03/2012

Les commentaires sont fermés.