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23/06/2012

Un alcool fort

Philip Peterson avait besoin d'un alcool fort. Il commanda une mirabelle juste après avoir avalé deux bières fadasses. Le zythum des Egyptiens aurait sans doute été meilleur que ces brunes servies sans élégance par une serveuse mollassonne et quelconque.

Il cherchait à noyer son abattement. La journée avait été riche en revers. Vraiment une sale journée. Il n'avait pas réussi à coffrer le prédateur de Harley Street. L'opération montée pour le coincer avait été une catastrophe.

On dénombrait déjà six victimes, toutes retrouvées dans un état lamentable. Le prédateur torturait ses proies en leur plantant des centaines de punaises dans le corps. Puis il les retirait une à une et suçait le sang qui s'écoulait des orifices. Un dingue. L'inspecteur n'avait jamais vu ça. Les cadavres, criblés de trous, semblaient irréels.

Sa présence dans le quartier avait été signalée une dizaine de jours auparavant mais le malfrat, tel un espion, était toujours sur ses gardes. Il était passé entre les mailles du filet et Peterson s'était pris un sacré savon par le patron de Scotland Yard. Sa carrière était dans la balance, il le savait. A trois ans de la retraite, il n'espérait même pas un reclassement dans un autre service. C'était la fin. Il serait remercié sans ménagement, comme un va-nu-pieds.

Peterson eut du mal à terminer son sandwich. Le cuisinier avait forcé sur la moutarde. Ca lui piquait les narines et lui faisait venir les larmes aux yeux. Et puis le bacon et les crudités ne passaient pas très bien avec la mirabelle. Il retournait l'affaire dans sa tête mais n'arrivait pas à expliquer pourquoi le tueur lui avait filé entre les doigts. Chaque policier, équipé d'un micro invisible, avait un rôle bien déterminé lors de l'intervention. Il ne comprenait pas comment l'opération avait pu tourner au fiasco.

Outre son échec professionnel, Peterson avait subi un revers personnel. Clara, une petite blondinette aux lèvres vermillon, avait mis fin à leur relation. Elle lui avait reproché d'être esclave de son travail et d'être un piètre amant. Il avait négligé la sexualité et Clara avait une libido débordante. En plus du diplôme d'inspecteur de police il aurait dû passer le brevet du "parfait amant". Il s'était fait larguer sans le moindre avertissement, du jour au lendemain, tout simplement parce que cette petite garce avait décidé que c'était fini.

Assis au bar il contemplait la reproduction de sitelles qui se reflétait dans le miroir tout en énumérant dans sa tête les choses positives qui lui étaient arrivées ces dernières années. Bien peu en fait. Il n'avait plus de contact avec son frère, ne voyait plus sa nièce. La seule chose qui lui restait de sa famille était un petit coffret en bois vernis gravé à ses initiales. Un cadeau de sa mère lorsqu'il était adolescent. Il y avait rangé quelques vieilles photos et ses médailles pour service rendu à la nation.

Il en était à son troisième verre de mirabelle et jouait avec les miettes du sandwich dispersées sur le comptoir lorsqu'un gros "boum" retentit dans le bar. Quelques tables furent projetées contre les murs et Peterson se retrouva par terre. Décidément c'était vraiment une sale journée. 

Ce texte a été rédigé pour l'édition 70 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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Commentaires

Rude condition du métier de flic,sous toutes les latitudes, y compris à Londres.

Écrit par : Eeguab | 24/06/2012

Le métier de flic n'est pas facile. Pauvre Peterson!

Écrit par : La Plume et la Page | 30/06/2012

"Le tueur aux punaises" va faire parler de lui dans les tabloïds :-)
C'est lui qui a mis la bombe ?

Écrit par : Valentyne | 24/06/2012

L'enquête suit son cours. Je ne peux pas encore te dire si c'est le détraqué d'Harley Street qui a posé la bombe...

Écrit par : La Plume et la Page | 30/06/2012

Beuh, ce tueur est répugnant.

Écrit par : Olivia | 24/06/2012

Carrément! Le genre de type qu'on n'a vraiment pas envie de croiser!

Écrit par : La Plume et la Page | 30/06/2012

Excellent polar !

Écrit par : Oncle Dan | 24/06/2012

Thanks Dan!

Écrit par : La Plume et la Page | 30/06/2012

Les commentaires sont fermés.