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06/07/2012

Quelqu'un savait

L'étang recouvert de glace donnait un aspect de quiétude au paysage. Jamie était arrivé jusque-là en passant par les champs. La neige étendait son blanc manteau au-delà de l'horizon. L'hiver était rude. Lorsqu'il arriva à proximité du manoir il aperçu une ombre qui s'escampait vers le taillis. Une ombre qui sortait vraisemblablement de la bâtisse. Jamie se mit à courrir après l'inconnu mais ne parvint pas à le rattraper. Quand il comprit qu'il ne réussirait pas à l'arrêter, il fit demi-tour, essouflé, et se dirigea vers la maison. La girouette était secouée par le vent et tournait comme une folle. Il lui semblait par ailleurs entendre la clochette de la porte d'entrée, retentissant comme une plainte sous les bourrasques écossaises.

Quelqu'un s'était visiblement introduit dans le manoir. Jamie tenait à peine sur ses quilles, son coeur battait vite. Il avança prudemment dans le corridor. Toutes les pièces étaient fermées sauf une où scintillait une petite lumière. On avait allumé un quinquet. La clé de l'énigme se trouvait donc là. Jamie entra dans la pièce sur la pointe des pieds en retenant sa respiration. Aucun bruit si ce n'est le gémissement de la clochette qui lui parvenait du dehors. L'intrus avait été dérangé ou bien effrayé par les accents de la tempête. Le quinquet, posé sur un bureau, éclairait plusieurs livres restés ouverts. Le premier donnait toutes les indications nécessaires à l'élevage des abeilles. Le second, aux enluminures extraordinaires, relatait l'épopée de Guillaume le Conquérant. Le troisième fut celui qui retint le plus son attention. Il s'agissait d'un registre répertoriant les musiciens ayant vécu au XIXème siècle. Un nom avait été rajouté à la main avec une date de naissance mais sans date de décès. Quelqu'un savait. Jamie arracha soigneusement la page et la glissa dans la poche intérieure de sa veste.

Au même moment à Londres, dans le quartier de Clerkenwell, un quintette jouait quelques standards américains. Les musiciens, dont trois devaient dépasser facilement le quintal, semblaient se regarder en chien de faïence. Peter, installé devant le zinc, ne les quittait pas des yeux. Il était à peu près certain que le concert allait se terminer en pugilat. La querelle se déclencha à cause de quelques quolibets au sujet d'une danseuse. Les grivoiseries n'étaient pas du goût du contrebassiste qui lâcha son instrument pour aller asséner un uppercut au saxophoniste, lequel continua à railler son camarade malgré ses quenottes éparpillées sur le sol. La danseuse en question, assise au bar non loin de Peter, était plutôt quelconque et ne valait sûrement pas un coup de poing. Les deux musiciens, persévérant dans le ridicule, furent finalement mis à la porte. Le quintette se transforma en trio et les conversations reprirent de part et d'autre de la salle.  

Peter avait du mal à digérer les quenelles de poulet et le quinoa qu'il avait noyés sous une quantité ineffable de sauce à la crème. Il avait hésité avec le quasi de veau. C'aurait peut-être été plus digeste. Il commanda une eau pétillante au barman qui le prit pour le petit ami de la danseuse. Ce quiproquo fut l'opportunité qu'il attendait pour questionner le serveur sur les musiciens qui se produisaient dans le bar et notamment les violonistes. Il lui expliqua que les concerts faisaient l'objet de quotas et que l'établissement ne pouvait pas accueillir plus de trois fois par mois le même musicien. Peter le questionna plus précisément sur les gauchers et si parmi eux il y en avait un qui avait retenu particulièrement son attention. Le serveur répondit que Jeremy Swanton était sans aucun doute la quintessence de la virtuosité. Il n'avait jamais vu quelqu'un faire vibrer aussi subtilement les cordes d'un violon. Le barman commençait à trouver ce client bien curieux et attendait un signal pour aller quérir l'eau gazeuse. Peter, qui venait de faire un grand pas dans son enquête, cessa de l'ennuyer avec ses questions. Oui, il venait de faire un pas de géant. Il faudrait maintenant qu'il explore du côté du musée de la musique.

Dehors le ciel était bas et la neige tombait sans discontinuer. Les gens qu'il croisa sur le chemin du retour étaient tellement emmitouflés qu'il avait peine à dire s'il s'agissait d'hommes ou de femmes. Le gel lui mordait les joues. Alors qu'il s'engouffrait dans la bouche de métro il repensa à la canicule de l'été dernier en Egypte et aux palmiers qui s'étendaient sur le bord du Nil. Une merveilleuse croisière avec Victoria pour lui tout seul. 

Ce texte a été rédigé pour l'édition 71 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia couplé avec les Plumes de l'été (Q) mises en place par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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Commentaires

Il m'intrigue ce texte... on est tenu en haleine tout du long. Il y aura une suite je suppose ?
bon week-end bises !

Écrit par : chanone | 07/07/2012

Oui, chanone, il y aura une suite mais je ne peux pas te dire quand. Tout dépend des prochaines listes de mots.

Écrit par : La Plume et la Page | 12/07/2012

Arracher la page d' un livre enluminé ????? tsss tsss...

Écrit par : Pierrot Bâton | 07/07/2012

Non, non, ce n'est pas la page du livre enluminé qu'il arrache (il en connaît trop la valeur!) mais celle du registre avec les noms des violonistes.

Écrit par : La Plume et la Page | 12/07/2012

une histoire captivante, on a envie d'en savoir plus :)

Écrit par : Aymeline | 07/07/2012

Il y aura une suite mais je ne sais pas quand...

Écrit par : La Plume et la Page | 12/07/2012

Une nouvelle enquête ? :D Chouette alors ! :D J'attends la suite avec impatience. :D Ton texte est plein de surprises. :D

Écrit par : ceriat | 08/07/2012

Il y a plusieurs enquêtes, en effet. Est-ce qu'elles ont un lien? Mystère!

Écrit par : La Plume et la Page | 12/07/2012

Tu as bien fait de changer de saison, on se croirait toujours dans un automne finissant !
Et bien, quel exercice, deux en un, tout en brio avec tous ces mots !
Bonne semaine et bises de Lyon

Écrit par : Soène | 08/07/2012

Pas facile en effet de conjuguer deux listes de mots mais pas impossible non plus. L'inspiration est venue. Bises Soène!

Écrit par : La Plume et la Page | 12/07/2012

J'aime bien l'univers créé autour dePeter, par petites touches :-)

Écrit par : Valentyne | 10/07/2012

J'aime créer des ambiances, des univers autour de mes personnages. Ca rend plus crédibles les situations me semble-t-il.

Écrit par : La Plume et la Page | 12/07/2012

Les commentaires sont fermés.