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08/05/2017

Le phare de Plum Island

L'odeur nous saisit dès la porte poussée. Ca sent le vieux, le renfermé, le bois pourri, les crottes de souris. Rien n'a changé depuis notre dernière visite avec tante Jane, sauf qu'aujourd'hui elle n'est pas avec nous. On y vient pour se rappeler le bon vieux temps. Le temps des vacances, des heures heureuses, des jours insouciants à goûter le paysage sauvage, le calme du lieu, le coucher de soleil au-dessus de la baie.

Tante Jane n'est plus. Elle est partie sans crier gare, sans donner le moindre signe d'alerte. Son cœur s'est arrêté de battre un matin, voilà. Elle, si forte, si jeune dans sa tête, si ancrée dans son époque, nous a laissés tomber à la veille des vacances d'été. Nous sommes donc venus avant juillet. Ca n'a jamais été notre habitude mais il n'y a rien d'immuable en ce bas monde. Si ce n'est les saisons. Et encore! elles évoluent, sont décalées, et ne ressemblent plus du tout aux saisons de notre enfance.

L'intérieur du phare est tout délabré. Plus question de monter voir les miroirs. L'escalier est en trop mauvais état. Beaucoup de marches, mangées par l'humidité, sont cassées. Le vent, les embruns et les gros grains s'engouffrent par les vitres brisées. Ils se heurtent aux parois ou bien tourbillonnent jusqu'au bas de l'escalier. Les cris des mouettes et des goélands résonnent. Il y a de l'écho. Les toiles d'araignées s'accrochent à moi pour me faire un pull au motif jacquard. L'air est rempli de poussière. J'éternue. Cécilia et David rebroussent chemin. L'odeur devient insoutenable.

Le phare est à l'abandon depuis plusieurs années. Une autre machine, plus moderne, l'a remplacé. Tante Jane avait milité pour que le phare continue à éclairer la nuit des marins. Avec d'autres activistes ils avaient envahi le chantier de la nouvelle construction, installé un campement, monté des banderoles. Puis, on les avait chassés avec flashball et lacrymogènes. Certains s'étaient retrouvés au poste de police. Tante Jane avait réussi à passer à travers les mailles du filet et était vite rentrée chez elle.

Le phare était un peu sa boussole. Elle avait toujours vécu à côté. Harry, son mari, avait même remplacé quelques fois le gardien. Puis, le gardien était parti, trop vieux pour exercer la charge, et l'installation avait été jugée obsolète. En réalité les autorités la trouvaient trop coûteuse et souhaitaient investir ailleurs.

Je referme la porte et m'en vais marcher sur la plage. Le phare se dresse derrière moi. Je rendrai la clé à monsieur Delogan demain. Il nous a dit de ne pas nous inquiéter pour la maison, qu'il en prendrait soin quoi que nous décidions. Moi, je n'ai pas envie de la vendre.

Ce texte fait suite à un texte rédigé il y a plusieurs années: La maison de tante Jane

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°266, initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Fred Hedin, n'est pas libre de droits non plus. 

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Commentaires

Tout simplement un très beau texte. Plein de souvenirs remontent à la surface...Un bel hommage à la defunte aussi. Bravo.

Écrit par : Valérie | 08/05/2017

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Merci pour ton gentil commentaire. Bon dimanche!

Écrit par : La plume et la page | 13/05/2017

Un phare ? Original ! J'aime beaucoup ton texte !

Écrit par : victor | 09/05/2017

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Merci pour ton passage Victor. Pas eu le temps d'aller lire les textes cette semaine... Je vais essayer de me rattraper la semaine prochaine.

Écrit par : La plume et la page | 13/05/2017

Beaucoup de douceur dans ces souvenirs à travers ton texte ! J'aime !

Écrit par : Nady | 10/05/2017

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Je me suis rappelé un texte écrit il y a quelques années et le texte de cette semaine est venu assez rapidement. Par contre, pas du tout inspirée par la nouvelle photo. Je passe mon tour...

Écrit par : La plume et la page | 13/05/2017

Portrait tout en douceur de la tante disparue. On sent la profonde affection que l'auteur de ces mots lui portait. Petite touche de nostalgie mais on comprend qu'avant tout la vie continue. Et ça me plaît !

Écrit par : Adeledo | 13/05/2017

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L'auteur tient un journal et il se remémore les moments passés chez sa tante... Merci pour ton passage!

Écrit par : La plume et la page | 13/05/2017

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