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18/02/2017

Qu'est-ce qui lui avait pris?

C'était la première fois qu'il franchissait la frontière depuis sa disparition, trente ans plus tôt. Il s'était pourtant promis de ne jamais succomber à la tentation de revoir les siens, ne serait-ce qu'une fois. Qu'est-ce qui lui avait pris? Qu'espérait-il en remettant les pieds à Combloux? Il était mort et on ne croyait pas beaucoup aux revenants dans la région. Au mieux son retour susciterait l'incompréhension. Si, toutefois, quelqu'un arrivait à le reconnaître... Il avait bien changé. Sa silhouette avait épaissi. Ses cheveux avaient tellement foncé que personne ne le croyait quand il disait qu'il avait été blond petit. Il portait maintenant des lunettes ainsi que des verres de contact de couleur verte. Même pas sûr que son père le reconnaisse.

Envoyer ces cartes avaient été une folie, une lubie. Des lettres jetées au vent. Il n'avait donné ni mention du lieu où il vivait, ni de détails sur sa vie. Quel intérêt d'écrire à un père qui l'avait enterré? A quoi bon remuer le passé? Il se demandait cependant si son demi-frère était au courant pour les cartes. Baptiste n'avait que sept ans quand il était parti. Il avait dû vivre les heures affreuses où on avait annoncé à son père que son fils aîné ne reviendrait pas. Ou si, mais entre quatre planches bien scellées.

Le trajet de Courmayeur à Chamonix avait duré une vingtaine de minutes. Il lui fallait maintenant aller à la gare ferroviaire et attraper le train pour Sallanches qui le déposerait à Saint-Gervais-les-Bains. Il aimait ces petites gares de montagne. Rien à voir avec les grandes gares romaines, impersonnelles et où tout le monde courrait. Il avait un vague souvenir de Chamonix. Beaucoup de magasins s'étaient ouverts et ceux qui existaient déjà à son époque avaient subi de nombreuses modifications. Il eut du mal à reconnaître le bourg. Les hôtels avaient fleuri et la clientèle semblait plutôt aisée. Son cœur se serra quand il imprima son billet de train. Seulement trente kilomètres le séparaient de Combloux.

Simon Vittoz dormirait ce soir tout près des siens. Du moins le pensait-il...

Textes précédents: N°1, N°2, N°3, N°4

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n° 254 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Julien Ribot, n'est pas libre de droits non plus.

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27/01/2017

Souvenirs de vacances

C'est en rangeant ses livres dans la bibliothèque qu'elle avait fait faire sur mesure que Sarah tomba sur de vieux albums photos. Elle se rappelait maintenant les avoir glissés dans les cartons de bouquins pour éviter qu'ils ne se perdent lors du déménagement. Il y avait là des souvenirs d'Italie sur les bords du lac de Côme, un Noël à Kitzbühel, des vacances dans la maison familiale de l'île aux mimosas, et puis ce voyage en Inde où elle avait accroché un vœu dans un arbre à souhaits. Des souhaits écrits dans toutes les langues. En découvrant le Kalpavriksha elle avait trouvé ça étrange d'accrocher des petits mots dans les branches d'un arbre mais comme tout le monde elle avait cédé à la coutume en se disant que ça pouvait peut-être fonctionner.

Avec le recul, force était de constater que son vœu s'était réalisé. "Être libre", voilà ce qu'elle avait inscrit. Et aujourd'hui elle l'était. Elle faisait ce qu'elle avait toujours rêvé de faire et habitait dans les montagnes comme elle se l'était imaginé. Elle n'avait bien sûr pas ménagé ses efforts pour en arriver là mais elle avait le sentiment que  désormais rien ni personne ne pourrait être un obstacle, que tous les possibles s'offraient à elle. Elle rangea les albums dans le bas de la bibliothèque et continua à disposer les livres sur les étagères. Elle avait pensé un moment les classer par maisons d'édition puis s'était finalement décidée à les regrouper par auteurs. D'un côté les auteurs français et suisses, sur une autre étagère les auteurs anglo-saxons, et les essais classés par sujets et côtoyant les guides de voyages et l'atlas géographique.

Perchée sur l'escabeau elle jeta un regard circulaire à la pièce après avoir entreposé les derniers ouvrages. Ses yeux furent attirés par quelque chose posé tout en haut de la table de berger. Le meuble mesurant pas moins de deux mètres, elle n'avait rien remarqué jusqu'à présent. De là où elle était elle avait du mal à voir s'il s'agissait d'un livre ou d'une pochette. La couleur de l'objet se fondait avec celui du meuble. Baptiste Vittoz lui avait dit que la table de berger avait été conçue par son grand-père et qu'elle faisait partie de la maison. Sarah avait donc décidé de la garder. C'était un beau meuble en pin massif sculpté de fleurs et de rosaces. Mais pour l'instant elle n'arrivait pas à détacher ses yeux de ce qu'elle venait d'apercevoir.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture n°251 Une photo, quelques mots initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo est d'Anselme et n'est pas libre de droits non plus.

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