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11/05/2012

Chez Paxton & Whitfield

Peter trouva la fromagerie sans difficultés. Le croquis de Victoria l'avait bien aidé. La boutique Paxton & Whitfield, sise au 93 de Jermyn Street, offrait un large choix de fromages britanniques mais pas seulement. On pouvait y trouver aussi des spécialités françaises sélectionnées par Androuët. C'était la première fois que Peter poussait la porte du magasin. Les fromages frais et à pâte molle étaient disposés sur un comptoir en bois foncé rehaussé d'une petite vitrine. Les fromages à pâte dure étaient quant à eux présentés sur un deuxième comptoir plus haut et sans vitrine installé dans le prolongement du premier. Le lieu était accueillant et tout était appétissant. Peter choisit tout d'abord un Cerney. Il s'agissait d'un fromage au lait de chèvre en forme de pyramide que la vendeuse emballa délicatement dans un papier blanc soyeux. Il demanda ensuite un morceau de Stilton Cutting, l'un des meilleurs bleus d'Angleterre puis, une fine tranche de Red Leicester, son péché mignon. Et pour faire une surprise à Victoria il acheta en même temps une bouteille de Monbazillac.  Le magasin lui plaisait beaucoup. Il se jura d'y revenir bientôt.

En ressortant il traversa la rue et se dirigea vers l'église St-James. Il y entra il ne sait pas trop pourquoi. Avait-il envie de se laver de quelques impuretés? L'édifice était désert. Les icônes, enveloppées de solitude, attendaient les fidèles le regard avide de prières. Peter s'était toujours demandé comment pouvait venir la vocation de prêtre. Peut-être dans les églises à observer les icônes et les statues des saints...

Avant de rentrer à Bayswater Road il passa à l'Institut français pour récupérer un exemplaire de la "Nostalgie de l'amour" traduit par les soins de la diplomatie. Une jeune recrue en escarpins - sans doute une stagiaire - lui arracha presque des mains sa carte d'identité. Elle avait un regard assassin de Cerbère. Il se demanda un instant si elle ne cachait pas une faux sous son bureau pour couper les mollets de ceux qui oseraient faire un pas de plus sans son assentiment. N'ayant rien trouvé de suspect sur lui la demoiselle lui rendit sa carte et lui donna un badge pour aller plus loin. Son inquiétude de ne pouvoir entrer se dissipa en un quart de seconde. Victoire! il allait pouvoir récupérer le bouquin.

En prenant son courrier dans la boîte il remarqua qu'une lettre avait été postée en Italie. Elle arrivait tout droit d'Aoste. Il ne connaissait personne là-bas... Puis il se souvint tout à coup qu'il avait demandé de la documentation à l'Office de tourisme de la ville. La brochure promettait des "vacances magiques et ensoleillées", "des paysages à couper le souffle", "des randonnées inspirantes en altitude"... Les textes chevauchaient des photos plus attrayantes les unes que les autres. Des maisons aux jalousies entrebaillées, des alpages fleuris, des montagnes grandioses... Bref, Aoste était LA destination pour passer des vacances inoubliables. Cependant, il se demandait s'il n'était pas préférable de passer par un tour opérateur pour organiser le voyage.

  • Mon chéri, il est midi
  • Mon chéri, j'avais préparé des spaghettis
  • Mon chéri, avec du poisson froid et de l'aïoli
  • & je crois que tu as oublié que l'on devait déjeuner ensemble...

Peter reconnu tout de suite l'écriture de Victoria, ponctuée d'une anaphore et d'une esperluette. C'était bien son style de laisser ce genre de petit mot. Elle avait dû coller le post-it sur sa porte avant de partir pour la National Gallery où elle devait retrouver Lina pour visiter l'expo Turner. Il avait complètement oublié le déjeuner et se sentait tout penaud. Il avait bien fait d'acheter une bouteille de Monbazillac...

Ce texte a été rédigé pour l'édition 64 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits.