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08/08/2017

Une très légère oscillation - S. TESSON

livres,journal intime,philosophe voyageur,sylvain tesson,une très légère oscillation,éditions des équateurs,actu,actualitéLe dernier livre de Sylvain Tesson rassemble une partie de ses chroniques rédigées pour Le Point, Philosophie Magazine et Grands Reportages sur les années 2014, 2015, 2016 et le début de 2017.

Il y parle de l'actualité mais principalement de l'islam et des islamistes, de l'environnement, de l'écriture, des travers de ses contemporains, et de sa reconstruction après cette chute qui lui a valu plusieurs mois d'hôpital. Il nous livre aussi des aphorismes, et ses textes sont truffés de mots que personne n'emploie plus. Il est esthète et poète, ne suit jamais le chemin que les autres empruntent. Une pensée à la fois cynique et lucide, mais aussi pleine d'espoir.

C'est frais, parfois un peu fantasque, et ça fait un bien fou.

Une très légère oscillation - Sylvain TESSON - Editions des Equateurs - 2017

14/03/2011

La maison de tante Jane

textes originaux, écriture, littérature, vacances, journal intime, états-unis, angleterre, famille, actu, actualité18 août

David nous a rejoint hier. Tante Jane est heureuse de nous avoir auprès d'elle. Elle est aux petits soins avec nous. Le matin le petit déjeuner est prêt quand on descend. Ca sent le thé dans toute la maison et il y a plein de marmelades qu'elle fait venir spécialement d'Angleterre. Elle est restée un fidèle sujet de sa Majesté de l'autre côté de l'Atlantique. Toutes les pièces rappellent qu'elle a vécu un jour en Grande Bretagne. Si elle n'avait pas rencontré cet aventurier d'Harry elle serait sans aucun doute restée à Brighton & Hove.

Elle a toujours aimé la mer. Ici, à Plum Island, elle habite juste à côté du phare de White Page. Mr Delogan a bien voulu qu'on aille y faire un tour l'autre jour avec Cécilia et tante Jane. Il nous a filé les clés. Les murs sont décrépis et l'escalier est en mauvais état. A deux reprises j'ai cassé une planche et j'ai bien failli me fracturer le pied droit. Je n'ai pas la souplesse ni la légèreté de ma soeur. Je n'ai pas le même âge non plus.

De là-haut on pouvait apercevoir Newburyport. Le ciel était dégagé, d'un bleu azur. Une petite brise frisait l'océan. La maison, vue de là-haut, donnait l'impression d'une cabane. Une jolie cabane où chacun a son espace, où je peux m'isoler pour écrire. J'ai déjà rédigé deux nouvelles. John m'avait demandé de faire autre chose. Il voulait un thriller ou de la SF. Et puis quoi encore! Je lui ai répondu que ce serait des nouvelles. A prendre ou à laisser. Il a finalement accepté.

25 août

Le temps passe vite. J'essaie pourtant de ne pas penser au retour à Londres prévu le 2 septembre. Il faut que je sois rentré pour le Salon international du livre. John compte sur moi pour assurer la promo du roman sorti début juillet. Et les lecteurs veulent leur dédicace. Pas question de les décevoir.

Ce qu'il y a de bien à Plum Island, c'est que personne ne me connaît. Tante Jane n'a pas beaucoup de voisins et le peu qu'il y a n'a jamais entendu parler de moi. Ca facilite les échanges. Les gens n'hésitent pas à venir vers moi ici. J'ai parfois l'impression que la célébrité fait peur. A Londres les lecteurs me reconnaissent quand ils me croisent mais ils n'osent pas m'adresser la parole. J'ai parfois le sentiment d'être un homme à part, mis dans une catégorie d'intouchables.

31 août

Je vais quitter à regrets tante Jane et sa maison si chaleureuse. Les balades matinales le long de la côte sur le sentier menant à la réserve vont me manquer terriblement. Les plantes sauvages, les oiseaux voletant dans un ballet improvisé au-dessus des rochers et exécutant des pirouettes au-dessus de la plage, les pêcheurs du village lançant leurs lignes à quelques distances de la maison... Cela me fait penser que l'oncle Harry était lui aussi pêcheur. Je n'ai jamais vu qu'une seule photo de lui dans la maison: celle posée sur le secrétaire de tante Jane où il est photographié avec un énorme poisson dans les mains.

Tante Jane n'a pas oublié Harry mais elle n'est pas du genre à ressasser le passé. Elle est bien ancrée dans son époque. Parfois je me dis que c'est elle la jeune et nous les vieux. Elle a cinq idées à la minute et des projets pour au moins vingt ans. L'année prochaine elle veut repeindre la façade de la maison et réaménager le living-room. Elle demandera à Mr Delogan. Il amènera son fils Martin, très doué pour la peinture et les petits travaux de bricolage. Ils ont refait la véranda il y a deux ans. Du vrai travail de pro.

1er septembre

J'ai rassemblé mes affaires. Les vêtements sont pliés, les bouquins rangés dans la valise. Tante Jane m'a offert un nouveau carnet de notes dans lequel elle a glissé une photo de la maison. Au verso elle a écrit: "Pour Peter. Affectueusement. Tante Jane". Je pense qu'il sera bien entamé d'ici les prochaines vacances à Plum Island. 

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture de Skriban. Il n'est pas libre de droits. (Peinture Edward Hopper)