Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

06/12/2017

Un clafoutis aux tomates cerises - V de BURE

livres,lecture,littérature,véronique de bure,un clafoutis aux tomates cerises,actu,actualitéJe crois qu'avec l'âge je deviens de plus en plus égoïste. Je ne prends plus le temps de m'arrêter sur les peines de ceux qui ne sont pas moi. Peut-être parce que, du temps, il m'en reste si peu. Je me rends compte que beaucoup de choses me deviennent indifférentes. On dirait qu'à mesure que la vie se rétrécit le cœur se dessèche. Comme le reste, les sentiments s'usent. La colère se tempère, l'affection s'assoupit, la compassion s'étiole. Le bruit du monde ne nous parvient plus que de très loin, vague écho d'une vie qui ne nous concerne plus.

Je n'aurais sans doute jamais lu ce livre si on ne me l'avait pas prêté. Je ne connaissais pas l'auteur. Véronique de Bure n'en est pas à son coup d'essai. Elle a déjà écrit plusieurs ouvrages parmi lesquels Une confession (Stock 2009) et Un retraité (Stock 2011). Un clafoutis aux tomates cerises traite de la vieillesse - tout particulièrement du 4ème âge - et du temps qui passe.

Ainsi nous partageons le quotidien de Jeanne, nonagénaire qui vit encore toute seule dans sa maison à la campagne. Elle nous livre ses impressions sur les petits événements qui surviennent dans sa vie, celle de ses voisins, et celle de ses amis. Sous forme de journal intime qu'elle tient sur une année on découvre ses petits ennuis de santé, les péripéties de sa voisine Marcelle, les coups du sort qu'endurent ses amies, les mises en garde de ses enfants qui s'inquiètent beaucoup pour elle alors qu'elle, elle ne voit pas le danger. Elle fait quelques retours en arrière, nous parle de ses souvenirs de la guerre, évoque son mari et les débuts de son mariage.

Mais Jeanne trouve le temps long. Elle ne comprend plus grand chose de ce qui se passe aujourd'hui. Il y a certes les parties de bridge avec les copines, la messe le dimanche, la visite des enfants de temps en temps mais elle vieillit et les autres aussi. Plus le temps passe, plus elle enterre de monde. La voisine perd la boule, ses amies tombent malade... Bref, elle se demande combien de temps cela va-t-il encore durer.

Parler de la vieillesse n'est pas simple et l'angle choisi par l'auteur est original. Jeanne est une petite bonne femme attachante avec tous les tics et les problèmes d'une personne âgée. Elle a du mal à se mobiliser, quelques pertes de mémoire, des problèmes d'auditions. Un regard assez pertinent sur le 4ème âge qui peut permettre à de grands enfants de mieux comprendre leurs parents.

Un clafoutis aux tomates cerises - Véronique de BURE - Ed. Flammarion - 2017

05/12/2017

Best book of 2017

Si je ne dois retenir qu'un livre de 2017, c'est sans aucun doute Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal. C'est triste à mourir mais tellement splendide. Un livre qui nous parle d'un homme qu'on ne voit pas, qui vit à la lisière de la société, qui travaille poétiquement dans un sous-sol à essayer de sauver des livres jetés au pilon. Un homme qui passe malheureusement trop de temps à ouvrir les bouquins et qui n'est pas assez rentable. On remplace sa presse par de plus grosses machines. C'est comme si lui aussi était jeté au rebut...

Je recommande vivement cet ouvrage à tous les amoureux des livres.

livres, littérature, littérature tchèque, bohumil hrabal, actu, actualité

27/11/2017

Quand sort la recluse - F. VARGAS

livres,littérature,romans,polars,quand sort la recluse,fred vargas,actu,actualitéUne amie m'a passé le dernier polar de Fred Vargas il y a quelques semaines et c'est avec plaisir que j'ai retrouvé le commissaire Adamsberg. L'intrigue de Quand sort la recluse est bien ficelée. Jusqu'au bout on cherche le coupable (même si mon esprit tordu avait quand même de sérieux soupçons).

L'enquête ne débute pas tout de suite. La brigade est sur une autre affaire. Mais, c'est en faisant des allées et venues entre les bureaux que le commissaire repère quelque chose d'étrange sur l'ordi d'un de ses collègues. Ce dernier a fait des recherches sur une araignée, "la recluse". Une bestiole inoffensive si on ne vient pas l'embêter. Si par malheur elle nous mord, il faut consulter un médecin, mais pas de quoi s'affoler. Une morsure de recluse ne peut pas tuer un homme. Or, dans le sud, on compte déjà deux morts par recluse depuis le début de l'année. Deux morts assez rapprochées. Les deux bonhommes n'étaient pas tout jeunes mais ils étaient originaires du même coin. Adamsberg ressasse l'information. Pas de quoi ouvrir une enquête, qui du reste ne serait pas de son ressort. Mais l'araignée revient gratter régulièrement son esprit, quand ce n'est pas sa nuque. Il discute de l'affaire avec le dit collègue qui lui aussi est très intrigué. Ils vont commencer à enquêter en embarquant avec eux la responsable informatique du service. Mais tout cela reste confidentiel. Ils n'ont pas d'éléments suffisants pour ouvrir une enquête et l'ambiance n'étant pas au beau fixe avec le commandant Danglard, ils ne parlent pas de leurs recherches.

Adamsberg, sous un prétexte fallacieux, va interroger un spécialiste des araignées qui lui affirme qu'un homme ne peut pas mourir d'une morsure de recluse, qu'il faudrait le venin de plusieurs dizaines de ces bestioles pour envoyer un humain à l'hôpital. Franchement, la théorie ne tient pas debout. Le jour de l'entrevue avec le scientifique il rencontre une petite mamie qui semble bien connaître cette fameuse araignée, d'ailleurs elle comptait en donner une morte au spécialiste avec qui elle avait également rendez-vous. Originaire du sud, elle connaît les deux premières victimes, qui elles-mêmes se connaissaient. Adamsberg fait alors des recherches sur les deux hommes et remonte à un mystérieux pensionnat pour garçons difficiles...

L'intuition d'Adamsberg est-elle bonne où se perd-il dans les brumes de son esprit? Je vous laisse découvrir la suite. Ce fut un bon moment de lecture pour ma part. Non seulement l'intrigue est bien menée mais elle est aussi étayée par de nombreux détails scientifiques.

Quand sort la recluse - Fred VARGAS - Ed. Flammarion - 2017

24/11/2017

La gouvernante française - H. TROYAT

livres,littérature,henri troyat,la gouvernante française,actu,actualitéComme par le passé, j'essaie de me procurer un peu de nourriture auprès des vendeurs clandestins qui hantent le quartier. Ils sont de plus en plus rares, de plus en plus chers et de moins en moins bien approvisionnés. Se caler l'estomac est devenu l'obsession de tout le pays. Rien d'autre ne compte, ni la réussite sociale, ni la politique, ni l'amour. Les queues s'étirent devant les magasins. On se dispute pour une poignée de riz, pour quatre pommes de terre. Quand un cheval exténué s'abat sur la chaussée, vingt personnes attendent qu'il soit mort pour le dépecer.

Ce livre est entré en ma possession très bizarrement. Alors que j'allais jeter des déchets dans le local à poubelles de l'immeuble, mes yeux furent attirés par une pile de livres disposée près de la porte. On ne pouvait pas la manquer en ressortant du local. La personne qui voulait se débarrasser de ces bouquins ne les avait pas mis là par hasard à mon humble avis. Je n'ai pas pu résister à l'envie de compulser les livres. Il y en avait une quinzaine. Peut-être vingt. Tous ne m'intéressaient pas et il faut avouer que je n'ai plus vraiment de place  pour les stocker... J'en ai donc sélectionné trois parmi lesquels La gouvernante française d'Henri Troyat (élu à l'Académie française en 1959). Pourquoi ai-je sélectionné celui-ci? Et bien tout simplement parce que j'avais adoré, du même auteur, La neige en deuil. Un roman puissant dont le style m'avait profondément marqué.

J'ai donc remonté La gouvernante française chez moi et l'ai déposé dans la bibliothèque. Le temps a passé et il y a quelques semaines je cherchais un livre à glisser dans mon sac pour lire dans le bus. Le format poche étant le plus pratique, je me suis dit que ce serait l'occasion de commencer ce bouquin. Et là encore, j'ai beaucoup aimé le style de l'auteur.

Le roman prend en fait la forme d'un récit, celui d'une jeune gouvernante travaillant chez une famille bourgeoise de Saint-Pétersbourg. Geneviève est chargée de l'éducation des enfants des Borissov, deux garçons, Georges et Anatole. La vie semble bien agréable dans cette atmosphère feutrée des maisons aisées. Mais la rue gronde. Nous sommes en 1916, Raspoutine a été assassiné, et les bolcheviques exhortent la population à la rébellion. Un vent de liberté souffle sur la Russie.  Cependant la révolution qui s'annonce sera-t-elle pacifique? C'est en tout cas ce que souhaite Maxime Fedorovitch, journaliste parent des Borissov qui donne des leçons aux garçons et qui se lie d'amitié avec Geneviève. C'est à ses côtés qu'elle essaiera de comprendre les soubresauts de cet immense pays et les enjeux qui se jouent dans les deux camps.

Ce livre présente un réel intérêt pour comprendre les mœurs en cours à Saint-Pétersbourg au début du 20ème siècle. Il donne par ailleurs un bel aperçu des différentes classes sociales et du rôle de chacun dans la maison des Borissov. Enfin, l'intérêt majeur réside dans les détails historiques et tous les événements qui ont précédé la révolution de 1917, les différents acteurs de celle-ci, et les conséquences de ces événements. Rien que pour cela ce livre mérite d'être lu.

La gouvernante française - Henri TROYAT - Ed. J'ai Lu - 1998

05/11/2017

Les dimanches poétiques (211)

"Quand a débuté exactement l'histoire d'amour? Quand la complicité intellectuelle et intime s'est-elle muée en autre chose? Difficile à dire, l'un et l'autre se refusent à donner la moindre indication datée. "Personne ne saura jamais à quel moment notre histoire s'est transformée en histoire d'amour, ça nous appartient, c'est notre secret", assure Brigitte."

Anne FULDA Emmanuel Macron un jeune homme si parfait

poésie,littérature,livres,lecture,actu,actualité

31/10/2017

Tom Hanks l'écrivain

137585_couverture_Hres_0[1].jpgOn le connaissait acteur et réalisateur, voici désormais Tom Hanks l'écrivain. Celui qui s'est illustré par ses rôles dans Philadelphia, Forrest Gump et Da Vinci Code a été rattrapé par le texte, ou plutôt les mots.

Son tout premier livre, un recueil de nouvelles intitulé Questions de caractère, a paru le 26 octobre. Le magazine LiRE publie en intégralité l'une d'entre elles, Alan Bean +4, et je dois avouer que cela m'a beaucoup plu. Autant le rythme que le style. Je ne sais pas si Tom Hanks va continuer dans cette voie, lui qui paraît-il collectionne les vieilles machines à écrire, mais je suis très tentée par cet ouvrage.  A suivre!

Questions de caractère - Tom HANKS - Ed. du Seuil - 2017

29/10/2017

Une trop bruyante solitude B. HRABAL

livres,littérature,littérature tchèque,bohumil hrabal,prague,une trop bruyante solitude,actu,actualitéJ'écrase du vieux papier, j'enfonce le bouton vert et le plateau de ma presse avance, j'enfonce le bouton rouge, il recule; c'est le mouvement fondamental du monde, comme les pistons d'un hélicon ou comme un cercle qui retourne nécessairement au point dont il est parti.

Le lien que j'entretiens avec la littérature tchèque est très particulier. Je dis tchèque, parce que Prague se trouve aujourd'hui en République tchèque. Peut-être devrais-je parler ici de littérature tchécoslovaque puisque lorsque Bohumil Hrabal a écrit ce livre Tchéquie et Slovaquie ne faisaient qu'un même pays. Mais passons, disons que c'est de la littérature tchèque.

Quand je parle de lien "très particulier", c'est que j'ai découvert cette littérature lors d'un séjour de trois mois à Prague en 2004. (Je vous passe les détails de ce séjour, qui n'est pas le sujet de ce post.) Outre le fait d'avoir appris quelques rudiments de tchèque (langue tout de même assez proche du polonais et du russe même si l'alphabet est différent) je me suis intéressée à la littérature du pays. J'ai donc lu l'incontournable Franz Kafka, le moins connu mais non moins intéressant Ivan Klima et, bien sûr, le plus français des écrivains tchèques, Milan Kundera.

Mais quand on aime, on ne compte pas. J'ai commencé il y a de cela plusieurs années Les lettres à Olga de Vaclav Havel. Lettres écrites à son épouse lorsqu'il était emprisonné. Puis, de passage en librairie il y a quelques semaines, mes yeux se sont portés sur Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal, auteur dont j'avais entendu parler mais duquel je n'avais rien lu. Et quelle bonne idée j'ai eue d'acheter ce livre. C'est un merveilleux bouquin. Vraiment un réel coup de cœur.

Sur un ton à la fois grave et poétique, Bohumil Hrabal nous conte l'histoire de Hanta, un ouvrier quasi invisible, terré dans une cave à presser livres interdits et papiers divers jetés au rebut. Son boulot n'est pas très ragoûtant, l'endroit non plus, situé quelque part entre la surface de la terre et les égouts. Mais Hanta ne comprend pas toujours pourquoi certains livres sont pilonnés. Notamment ces beaux livres sur la peinture, ces ouvrages de Goethe ou de Kant. Il en a d'ailleurs récupéré, ou peut-être devrais-je dire, il en a sauvé, et par la même occasion s'est instruit au fil des ans. Il en a rempli son appartement. Même les WC sont pleins à craquer. Cependant à faire ainsi le tri, il perd du temps. Il est toujours en retard sur la tâche à accomplir, ce qui n'est pas forcément du goût de son patron, qui le sermonne régulièrement. Hanta et sa presse ne sont pas très rentables. Bientôt font leur apparition de bien plus grosses machines, automatisées, qui pilonnent dix fois plus de papier.

Au fil des pages une autre histoire se dévoile en filigrane. Outre l'histoire de Hanta, c'est le joug communiste qui est pointé du doigt, le rejet de la culture, les élites réduites à occuper des postes d'ouvriers ou à étudier des sujets complètement ridicules. Une fable triste et émouvante qui plaira à tous les amoureux des livres, à n'en pas douter.

Une trop bruyante solitude, publié en 1976 à Prague, a été adapté au cinéma en 2011 par Vera Caïs avec Philippe Noiret dans le rôle principal.

Une trop bruyante solitude - Bohumil HRABAL - Ed. Robert Laffont - 2015