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10/03/2026

Ecriture créative #4

Il y a quelque chose qui me tient debout, et ce n'est pas ce que l'on croit. Plusieurs fois ils m'ont demandé. Il voulait savoir ce qui me faisait venir chaque jour, ce qui me motivait à pousser la porte de la mairie tous les matins. J'ai souri. Après tout, qu'ils pensent ce qu'ils veulent: que c'est parce que je m'ennuie, parce que je veux ma part de célébrité, ou parce que je souhaite imprimer mon empreinte sur la vie du village. Certains - moins nombreux sans doute et sûrement plus proches de la vérité - diront que c'est par goût de la chose publique, de l'engagement et du service. Ce n'est pas faux. Cependant ils sont loin du compte.

Ce qui me tient debout lorsque je suis à la mairie - ce qui me tient debout dans ma fonction de premier édile, malgré les difficultés liées à celle-ci -, c'est le cadre posé en évidence sur mon bureau. Aucune décision n'est facile à prendre et lorsque je doute, lorsque j'hésite, je regarde le cadre, et surtout la photo qu'il contient, les personnes qui y figurent. 

Les projets et les actions sont débattus - et votés pour la plupart - mais lorsque je prends un arrêté interdisant l'accès à une portion du chemin côtier, lorsque  j'autorise une construction, lorsque j'avance des solutions pour protéger la nature, c'est moi qui suis responsable. C'est mon nom qui figure au bas des documents. Et à chaque fois je pense à eux. 

Parfois les décisions que nous prenons vont dans une direction qui ne nous est pas familière, que nous découvrons au fur et à mesure. Parce que nous devons agir dans l'intérêt du plus grand nombre, choisir pour le bien commun et délibérer pour se conformer à la loi. Je ne suis pas seul à prendre toutes ces décisions mais si un problème survient c'est moi que l'on montre du doigt. Soldat de première ligne. Un soldat qui sent le regard exigeant des personnes figées sous le cadre de verre. Des personnes exigeantes mais qui sont aussi son meilleur soutien. 

Je ne veux pas les décevoir. J'agis pour qu'ils soient fiers de moi, pour que dans quelques années - quand je ne serai plus - ils n'aient pas à rougir de mon action au sein de cette commune où ils ont accumulé tant de souvenirs. Qu'ils n'aient pas honte de ma conduite. Je veux qu'on les arrête dans la rue pour leur parler de ce que j'ai fait pour le village et des valeurs qui m'ont animé. J'aimerais qu'on leur dise que j'étais un homme équitable, honnête, et en qui on pouvait avoir confiance. Un homme sans ambition mais avec de vraies convictions. 

Proposition 314 du site Ecriture créative tenu par Nanou: ce qui me tient debout.

22/02/2026

Les dimanches poétiques (389)

"Dans l'entreprise, il est également important de maintenir votre coeur pur si vous voulez réussir. Au bureau, comme dans le Dojo du tir à l'arc, il existe des distractions qui gravitent autour de la recherche du mérite personnel. Au cours de notre carrière, nous avons tous rencontré des situations dans lesquelles nous ne prenons pas véritablement en considération la satisfaction des clients, car nous essayons avant tout de plaire à notre patron ou à nos collègues, ou d'atteindre nos propres objectifs professionnels ou financiers. Nous avons tous rencontré des cadres qui agissent avant tout en fonction de leur carrière et qui ont toujours en arrière-pensée : "quel intérêt puis-je en retirer?"

Jérôme CHOUCHAN in La cible (Ed. MAXIMA Laurent du Mesnil - 2020 - p.34)

20/02/2026

Ecriture créative #3

Son espace rétrécit à mesure que les passagers montent. Il se recroqueville. Mais pas suffisamment. Un cartable lui attaque les tibias. Des gamins sont montés au dernier arrêt. Ils jacassent comme des pies. 

L'heure de pointe est infernale. Il sait qu'il va vivre l'enfer jusqu'à destination. Ca sent la sueur, le tabac, la friture et l'alcool. A vous faire vomir. Ca parle fort. La musique est à fond dans les écouteurs. 

Il se tasse un peu plus. La rue injecte dans le bus une nouvelle dose de passagers; et une poussette. C'est tout juste si les portes du véhicule peuvent fermer. 

Il suffoque, cherche sa respiration. Il fait une chaleur épouvantable. Il a le dos trempé et sent sa chemise s'imbiber. Cette sensation le dégoûte. 

Le type à sa droite lui écrase le pied lorsque le chauffeur freine brusquement. Il jure, lance un regard mauvais au gars. Et puis se renfrogne. 

Encore deux arrêts. Ceux qui veulent sortir jouent des coudes pour se frayer un passage. Pourront-ils descendre à temps? Le conducteur a un timing à respecter, il doit être au terminus dans vingt minutes. Une mamie - et son petit chien qu'elle transporte dans un sac en bandoulière - attend pour monter. La marche est haute. Elle parvient à se hisser après avoir rassembler toute son énergie. Les portes se ferment.

Il sera bientôt délivré de cet enfer. Mais avant il doit se contorsionner pour appuyer sur le bouton "arrêt". Il anticipe sa descente, demande pardon aux autres passagers pour atteindre la sortie. Le bus l'expulse sur le trottoir puis aspire une nouvelle vague de voyageurs.  

Proposition 311 trouvée sur le site Ecriture créative tenu par Nanou: la foule, pour vous, c'est quoi?

26/12/2025

Ecriture créative #2

Il tenait dans ses mains un ours en peluche. C'est tout ce dont il se souvient. Il sent encore sous ses doigts la fourrure de l'animal. Qui sont ces gens ? Que lui veulent-ils? Il ne les connaît pas et pourtant eux semblent savoir qui il est. 

"Pierrot, viens ouvrir tes cadeaux", dit une grand dame brune à la taille de guêpe. Elle semble s'adresser à lui. Pierrot... Est-ce son prénom? Il ne bouge pas. La femme a l'air de s'impatienter, "dépêche-toi". Son regarde passe d'un visage à l'autre, il ne comprend pas ce qu'on attend de lui. Doit-il avancer vers l'arbre paré d'objets multicolores? La tête lui tourne et une douleur s'insinue au niveau de sa tempe droite. Un monsieur âgé, vêtu de rouge, s'en va. La grande dame brune explique qu'il a d'autres enfants à visiter cette nuit, qu'il est passé un peu en avance ici.

Il cherche l'ours en peluche, celui qu'il tenait dans ses mains lorsqu'il a chuté dans les escaliers. Un ours au pelage caramel avec un noeud vert noué autour du cou. L'ours Harrods qui ne le quitte jamais. C'est pour cela qu'il a monté les escaliers: pour aller chercher son ours. Mais Pierrot ne se souvient pas avoir chuté en redescendant. Il ne se souvient de rien. Sa tête a cogné contre le bois de la rambarde, il a hurlé. Sa mère l'a consolé, a appliqué un baume et ne s'est pas davantage inquiétée. 

La douleur se propage dans toute sa tête, il reste prostré. Ses mains cherchent la fourrure de l'ours, cherchent quelque chose de rassurant. Il ne sait pas où il se trouve, il ne connaît pas ces gens. Sa vision se trouble. Un filet de sang coule de son oreille droite. 

Texte écrit d'après la proposition 304 de la plateforme Ecriture créative tenue par Nanou.

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14/11/2025

La machine à écrire #27

Dernière minute - Un braquage est en cours à l'aquarium de Saint-Malo. Une dizaine d'individus, le visage masqué par une cagoule, a fait irruption dans le bâtiment en fin de matinée. Un important dispositif de police est en cours de déploiement. Des personnes, dont on ignore le nombre, sont retenues en otage. Les motivations des braqueurs sont pour l'heure inconnues. 

Exercice tiré du n°6 de La Machine à Ecrire: rédigez une dépêche de presse relatant le braquage d'un aquarium.

02/11/2025

Les dimanches poétiques (382)

"La rancoeur s'installe comme façon d'être au monde et nous ne saurons plus nous en échapper puisque avec elle nous ne ferons qu'un. Or l'issue n'est jamais de ce côté. Je le note dans mon carnet: penser à ne pas abuser de la rogne, préférer ses antidotes, la joie, le mouvement et la créativité. Un chien, un livre, une forêt ou un plus malheureux que soi, nous trouverons sans peine. Mais en attendant, rugir et mordre jusqu'au sang."

Cédric SAPIN-DEFOUR in Où les étoiles tombent (Ed. Stock - 2025 - p.155)

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28/10/2025

La machine à écrire #26

Cette semaine dans l'Inventeur du Siècle nous vous présentons Bernard Leloup et sa machine à beurrer les tartines. 

Monsieur Leloup, comment vous est venue l'idée d'une machine à beurrer les tartines? Je regardais ma mère beurrer ses tartines et avec ses mains déformées par la polyarthrite rhumatoïde elle avait beaucoup de difficultés. J'ai cherché comment je pouvais l'aider. C'est de là qu'est venue l'idée d'une machine à beurrer les tartines. Machine d'utilité publique puisque toutes les personnes souffrant de la polyarthrite rhumatoïde pourraient en bénéficier tout comme nos aînés dont les gestes ne sont plus aussi précis et qui présentent des difficultés de préhension. 

Est-ce que vous espérez commercialiser prochainement votre produit? Oui, je l'espère. J'ai contacté plusieurs sociétés susceptibles de produire la machine mais je n'ai pas encore eu de réponse. 

Avez-vous déposé un brevet d'invention? Eh bien non, pas encore. 

Mais votre machine est bien au point? Disons qu'elle beurre les tartines mais si le beurre n'est pas à température ambiante, le couteau fait des trous dans la tartine, que le beurre soit demi-sel ou bien doux.

Cela dépend uniquement du beurre ou bien également de la texture du pain? Bien sûr, si vous prenez du pain avec une mie trop aérée il y a plus de chance pour que la tartine soit trouée.

N'est-il pas possible d'ajuster le mouvement du couteau à la texture du pain? J'y ai pensé et j'ai contacté un ingénieur travaillant dans le domaine des machines à pain pour résoudre cette problématique. 

Et où en sont les avancées à l'heure actuelle? J'ai le secret espoir que nous réussissions très prochainement à corriger ce défaut pour lancer une production d'ici le mois de mars prochain. 

Exercice tiré du n°6 de La Machine à Ecrire: imaginez une interview de l'inventeur d'une machine à beurrer les tartines pas tout à fait au point.