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10/12/2017

Une procession de fourmis

L'avion mangeait peu à peu les passagers et les bagages. Le gros oiseau blanc déglutissait lentement ceux qui arrivaient en haut des marches. Des hommes en gilets fluorescents scrutaient la longue file qui cheminait sur le tarmac. On aurait dit une procession de fourmis qui s'en allaient de leur plein gré vers l'oiseau affamé.

Les agents fluorescents s'assuraient qu'aucune fourmi ne déviait de la file, qu'aucune n'allait tenter un geste insensé, ou bien faire demi-tour.  L'avion ne pouvait pas être retardé. Il n'était plus l'heure de regretter. Plus l'heure de se demander si elles avaient fait le bon choix. Le choix de tout quitter.

Quand Madalina et les siens avaient su qu'un avion serait affrété le lendemain ils avaient préparé immédiatement leurs valises. Fuir le pays était peut-être l'unique chance pour eux d'être à nouveau libres. Ils se terraient dans leur appartement depuis des mois, osant à peine sortir pour trouver de quoi manger. Le pays était affamé. Le moindre haussement de voix était réprimé. Sortir du pays leur permettrait de témoigner, de dire au monde entier que les droits de l'homme étaient bafoués, que la presse était muselée, que les écrivains étaient pourchassés, et que leur président se prenait pour le "génie des Carpates". Il fallait que tout cela cesse. Madalina saluait le courage de ces hommes qui avaient décidé de s'emparer d'un avion pour sauver une poignée de leurs compatriotes sachant que des milliers d'autres, telles des fourmis, seraient piétinés.  

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°287 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, prise par Leiloona, n'est pas libre de droits non plus.

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26/09/2017

Point final

"Herzlich willkommen"

C'était pour le moins une façon originale de terminer un roman. Ca ouvrait sur autre chose que le lecteur imaginerait à sa façon, selon ce qui l'avait touché dans le livre, selon les indices qu'il avait retenus. Puis, cela laissait une porte ouverte à Peter pour écrire un jour une suite. C'est Victoria qui lui avait soufflé l'idée. Une idée de génie! Son éditeur, il le savait, serait ravi de cette part de mystère glissée à la fin du roman.

De plus, Peter n'avait pas donné au lecteur toutes les clés de l'histoire. Il en avait volontairement occulté quelques unes, laissant le soin à celui-ci d'imaginer ce qu'il voulait. Une histoire, quelle qu'elle soit, était aussi l'affaire du lecteur. Même si Peter décrivait une femme vêtue d'un manteau vert, le vert auquel il pensait ne serait jamais le même pour celui qui le lisait. Il serait soit plus foncé, soit plus clair. Et c'était tout ce qui faisait le charme de la littérature.

Le point final mit à son texte, il s'empressa de ramasser les feuillets et de vérifier qu'il n'en manquait aucun. Il avait rendez-vous avec son éditeur à 15h.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°277 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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01/07/2011

Une journée lugubre

La journée avait été particulièrement éprouvante à la rédaction. En plus d'une actualité chargée, Victoria avait dû batailler pour modifier la convention de stage de l'édudiant de l'ESJ de Lille qui devait intégrer l'équipe en janvier pour six mois. Puis, elle avait dû remuer les fesses des journalistes, visiblement plus préoccupés par leurs problèmes pilaires que par les manifestations menées par les étudiants contre le plan de rigueur de Cameron. Le Premier ministre britannique avait fait des déclarations tonitruantes la veille et semblait désormais de plus en plus seul au sein de son propre camp. Un isolement dont il se serait bien passé dans le contexte économique actuel.

Malgré l'épaisseur de sa pèlerine Victoria grelottait. Sa voiture n'ayant pas démarré le matin elle avait pris le métro et il y avait un bout entre la sation et le 34, Bayswater Road. Un frémissement la parcourait à intervalles réguliers. Elle avait froid ainsi que la frousse de faire une mauvaise rencontre à chaque fois qu'elle traversait une rue mal éclairée. Si elle ne se sentait pas en perdition, elle n'était cependant pas rassurée. La récidive des appels anonymes ces derniers temps amplifiait ses craintes. Elle se disait qu'un dingue épiait peut-être ses faits et gestes et qu'il pouvait à tout moment lui sauter dessus.

Cette journée d'hiver avait été lugubre. La nuit s'annonçait menaçante. Comme pour échapper à son sort, Victoria se mit à rêver au voyage à Venise qu'elle projetait de faire l'été prochain. Elle s'imagina dégustant une glace aux fraises des bois et un sorbet aux poires assise à une terrasse de la place Saint Marc d'où elle compterait les lézardes des façades défraîchies par les assauts de la pluie et du vent. Alors qu'elle allait franchir la porte de son immeuble une image vint se caler dans son esprit en contrepoint: le visage de Peter, le voisin du 5ème qui l'avait invitée à boire un verre quelques jours auparavant. Elle réalisa qu'elle avait de l'attirance pour lui.

Son téléphone se mit à sonner comme pour la ramener à la réalité. Sa secrétaire lui envoyait un SMS pour lui rappeler de ne pas oublier de jeter un oeil à la maquette du bulletin interne et d'y inscrire B. A. T. pour l'envoyer à l'impression.

Ce texte a été rédigé dans le cadre d'un exercice proposé par Olivia du blog Désir d'Histoires. Il s'agit d'écrire un texte de fiction et d'y glisser une liste de mots imposés. Il y en avait 16 cette fois-ci. Ce texte n'est pas libre de droits. La photo non plus.

 

 

 

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06/03/2011

Les dimanches poétiques (39)

"La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l'écrivain."

Julian Green

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Printemps londonien