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28/05/2017

Les dimanches poétiques (199)

"Le charme le plus grand d'Anne (qui semble bien ignorer la coquetterie féminine!), c'est bien cette confiance qu'on lit dans ses yeux. Confiance exigeante envers ceux qu'elle aime, car il faut être attentif à ne pas la décevoir. Âme sans replis et sans détours, et pourtant compliquée, où les racines du bien voisinent - comme en chaque homme - avec celles du moins bien et du mal."

Anne WIAZEMSKY Un saint homme

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22/05/2017

Nuits blanches

Comme à chaque fois qu'il se réveillait la nuit Tobias alluma toutes les lumières de l'appartement. Il voulait distinguer chaque meuble et chaque objet. La pénombre l'inquiétait. Elle amplifiait son sentiment de solitude. De plus le silence de la nuit le terrifiait.

Lorsque tout l'espace autour de lui fut éclairé il prit un paquet de copies qu'il devait corriger et s'allongea sur le canapé. Les devoirs étaient plus mauvais les uns que les autres. Avait-il donné des exercices si difficiles à ses élèves? Il savait que ceux-là étaient en filière littéraire mais ce n'était pas, pensait-il, parce qu'ils avaient choisi les lettres qu'ils devaient laisser de côté les mathématiques. Il repensa à son propre parcours. Malgré des prédispositions pour les matières scientifiques, il n'avait jamais négligé les cours de français et de littérature qu'il avait appris avec autant d'intérêt que les cours de biologie et de physique-chimie.

Il rangea les copies et alla se planter devant la baie vitrée du balcon. Le temps s'étirait lentement. Dans l'immeuble d'en face tout le monde semblait dormir. Il aurait aimé voir ne serait-ce qu'une petite veilleuse allumée. Mais rien. Il était le seul à devoir veiller. Le sommeil l'avait abandonné. Il pouvait prendre un bouquin en attendant l'heure de se préparer. Tobias se réfugiait souvent dans les livres. Mais les livres, ce n'était pas les gens. On ne pouvait pas engager une conversation avec eux. Il aurait aimé avoir quelqu'un à qui se confier, quelqu'un à aimer. Or, il semblait être transparent. Personne ne s'intéressait à lui. On ne lui posait jamais de questions lors des réunions, comme si son avis ne comptait pas. Du coup, il s'était peu à peu éloigné des autres. Sans s'en rendre bien compte il s'était isolé. Il ne regardait plus vraiment les gens.

La solitude le serrait à la gorge. Le nœud qu'elle avait passé autour de son cou l'étouffait chaque jour davantage. Les nuits blanches ne faisaient qu'accentuer la sensation. Il avait l'impression par moments de perdre pied. Plusieurs fois il avait évalué la distance entre la rue et le balcon. Oui, il y avait déjà pensé à faire le grand saut. Passer un pied par-dessus la rambarde. Puis l'autre. Et tout serait fini.

Textes précédents: N°1, N°2, N°3

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°268 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits.

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14/05/2017

Les dimanches poétiques (198)

"La retraite est révolte. Gagner sa cabane, c'est disparaître des écrans de contrôle. L'ermite s'efface. Il n'envoie plus de traces numériques, plus de signaux téléphoniques, plus d'impulsions bancaires. Il se défait de toute identité. Il pratique un "hacking" à l'envers, sort du grand jeu."

Sylvain TESSON Dans les forêts de Sibérie

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08/05/2017

Le phare de Plum Island

L'odeur nous saisit dès la porte poussée. Ca sent le vieux, le renfermé, le bois pourri, les crottes de souris. Rien n'a changé depuis notre dernière visite avec tante Jane, sauf qu'aujourd'hui elle n'est pas avec nous. On y vient pour se rappeler le bon vieux temps. Le temps des vacances, des heures heureuses, des jours insouciants à goûter le paysage sauvage, le calme du lieu, le coucher de soleil au-dessus de la baie.

Tante Jane n'est plus. Elle est partie sans crier gare, sans donner le moindre signe d'alerte. Son cœur s'est arrêté de battre un matin, voilà. Elle, si forte, si jeune dans sa tête, si ancrée dans son époque, nous a laissés tomber à la veille des vacances d'été. Nous sommes donc venus avant juillet. Ca n'a jamais été notre habitude mais il n'y a rien d'immuable en ce bas monde. Si ce n'est les saisons. Et encore! elles évoluent, sont décalées, et ne ressemblent plus du tout aux saisons de notre enfance.

L'intérieur du phare est tout délabré. Plus question de monter voir les miroirs. L'escalier est en trop mauvais état. Beaucoup de marches, mangées par l'humidité, sont cassées. Le vent, les embruns et les gros grains s'engouffrent par les vitres brisées. Ils se heurtent aux parois ou bien tourbillonnent jusqu'au bas de l'escalier. Les cris des mouettes et des goélands résonnent. Il y a de l'écho. Les toiles d'araignées s'accrochent à moi pour me faire un pull au motif jacquard. L'air est rempli de poussière. J'éternue. Cécilia et David rebroussent chemin. L'odeur devient insoutenable.

Le phare est à l'abandon depuis plusieurs années. Une autre machine, plus moderne, l'a remplacé. Tante Jane avait milité pour que le phare continue à éclairer la nuit des marins. Avec d'autres activistes ils avaient envahi le chantier de la nouvelle construction, installé un campement, monté des banderoles. Puis, on les avait chassés avec flashball et lacrymogènes. Certains s'étaient retrouvés au poste de police. Tante Jane avait réussi à passer à travers les mailles du filet et était vite rentrée chez elle.

Le phare était un peu sa boussole. Elle avait toujours vécu à côté. Harry, son mari, avait même remplacé quelques fois le gardien. Puis, le gardien était parti, trop vieux pour exercer la charge, et l'installation avait été jugée obsolète. En réalité les autorités la trouvaient trop coûteuse et souhaitaient investir ailleurs.

Je referme la porte et m'en vais marcher sur la plage. Le phare se dresse derrière moi. Je rendrai la clé à monsieur Delogan demain. Il nous a dit de ne pas nous inquiéter pour la maison, qu'il en prendrait soin quoi que nous décidions. Moi, je n'ai pas envie de la vendre.

Ce texte fait suite à un texte rédigé il y a plusieurs années: La maison de tante Jane

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°266, initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Fred Hedin, n'est pas libre de droits non plus. 

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03/05/2017

Descendre la PAL. Cap ou pas cap?

Je regardais ma PAL il y a quelques jours et j'y ai vu des bouquins qui y figurent depuis une éternité. Des bouquins dont je repousse toujours la lecture: est-ce le sujet qui me fait peur ou me rebute, ou est-ce le nombre de pages un peu trop conséquent? Le nombre de pages, je ne crois pas, puisque j'ai lu dernièrement des livres de plus de 500 pages. Alors peut-être le sujet... A moins que ce ne soit les auteurs. Parmi ces ouvrages Pelures d'oignon de Günter Grass (prix Nobel de littérature en 1999), Trois jours chez ma mère de François Weyergans (académicien), et les Lettres à Olga de Vaclav Havel (dissident tchécoslovaque et président de la République tchèque de 1993 à 2003). Que du beau monde, mais aussi du lourd. On ne lit pas ces auteurs comme on lit Marc Lévy. Je ne dis pas que les livres de ce dernier ne sont pas bien, mais ce n'est pas le même genre de littérature. De même les livres de Harper Lee et John Kennedy Toole ne se lisent pas comme un bouquin de Guillaume Musso ou Patricia Highsmith.

J'aimerais faire descendre ma PAL cette année et ne plus y voir ces titres mais je suis tentée par plein de nouveautés. Sans compter les livres qu'on me prête. Arriverais-je à limiter mes achats en librairie et à lire ce que m'offre ma PAL? S'il me reste 30 livres à lire au 31 décembre 2017 et que ceux cités ici sont partis, on pourra dire que l'objectif est atteint.  

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Ouvrage fort intéressant mais commencé il y a plusieurs années et que je n'arrive pas à terminer...

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25/04/2017

La vie au grand air

Ce n'était pas la première fois que Simon louait un van. Souvent, lorsqu'il prenait quelques jours de congés, il aimait se balader dans les coins reculés d'Italie. Il aimait la vie au grand air. Ainsi il s'arrêtait où il voulait, à l'heure qui lui plaisait. Il mangeait s'il en avait envie à trois heures de l'après-midi. Il pouvait rester éveillé toute la nuit lorsque le temps était clair et observer les étoiles et les constellations qui se dessinaient dans le ciel.

Le véhicule ne passait pas inaperçu et détonnait un peu à Annecy mais il n'avait pas trouvé mieux pour suivre les allées et venues de son frère. Ca lui avait fait bizarre de revoir Baptiste. Il avait aujourd'hui le visage d'un homme et Simon avait eu du mal à retrouver les traits de l'enfant qu'il avait connu. C'est grâce à cette fille qui habitait désormais les Edelweiss qu'il avait retrouvé sa trace. Elle lui avait aussi appris que son père était mort. Quel choc!  Il n'aurait pas été plus secoué si elle lui avait donné deux baffes. Il avait essayé de garder la face mais elle avait dû se rendre compte que quelque chose n'allait pas. Elle lui avait proposé d'entrer mais il avait refusé, préférant rester dehors par peur d'étouffer. Il n'était pas près à se confronter à son passé. La maison lui rappelait trop de souvenirs.

Il avait retrouvé Sarah sur son chemin quelques jours plus tard à Annecy. Elle avait rendez-vous avec Baptiste dans le sous-sol du club de squash. Il les avait vus discuter. Sarah voulait lui donner un paquet qu'il avait refusé. Qu'est-ce que cela pouvait bien être? Elle ne lui avait rien dit à ce sujet. Pourtant, après quelques verres, elle s'était mise à beaucoup parler dans ce bar du vieil Annecy où ils avaient passé la nuit. Elle avait le regard rieur, le sourire espiègle, et se foutait pas mal des aléas de la vie. Du moins c'est ce qu'il pensait avoir compris. Une femme intelligente à l'esprit léger. Elle l'avait invité à revenir la voir aux Edelweiss et lui avait donné son numéro; il ne devait pas hésiter à l'appeler. Puis, ils s'étaient quittés. Chacun avait repris sa route au moment où les gens partaient travailler.

- "Au revoir, Sarah."

- "A bientôt, Alexandre!"

C'est ainsi que Simon se faisait appeler depuis qu'il n'existait plus pour l'Etat français. Il s'était approprié une nouvelle identité. Désormais il était Alexandre Perrazzi, né à Courmayeur le 11 novembre 1957, abandonné à la naissance et qui ne parlait jamais de son passé.

Textes précédents: N°6, N°7, N°8, N°9

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°264 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Felix Russell-Saw, n'est pas libre de droits non plus.

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18/04/2017

Jusqu'au petit matin

Sarah s'en souvenait maintenant. Le gars qui l'avait sauvé des griffes de Momo était le même que celui qui s'était pointé chez elle un après-midi. Celui-là même qui cherchait le père Vittoz et son fils Baptiste. Un prétendu copain d'enfance. Il avait blêmi lorsqu'elle lui avait dit que Pierre Vittoz était décédé et qu'elle avait racheté la maison quelques mois plus tôt. Quant à Baptiste, il était désormais installé à Annecy avec son épouse. Il n'avait pas traîné et s'en était retourné par le chemin par lequel il était arrivé. Un gars sympathique mais qui n'avait pu cacher sa déception quand elle était sortie. Visiblement il s'attendait à trouver quelqu'un d'autre aux Edelweiss. Il lui avait raconté qu'il avait passé beaucoup de temps ici à jouer avec Baptiste. Quelque chose avait intrigué Sarah. Elle avait l'impression que son visage lui disait quelque chose. Et ce regard... Elle ne savait pas d'où lui venait cette étrange impression. Avait-elle déjà croisé cet homme?

Lorsqu'elle le reconnut en sortant du parking, il lui dit qu'il avait  justement rendez-vous avec Baptiste Vittoz. Il avait cherché son nom dans l'annuaire et avait pris contact avec lui. C'est du moins l'explication qu'il donna à Sarah. En fait, il n'avait pas appelé Baptiste. Il s'était contenté de le suivre pendant plusieurs jours. Il avait voulu voir à quoi il ressemblait, savoir ce qu'il faisait dans la vie, connaître ses activités. Simon Vittoz s'était aventuré jusqu'à Annecy aussi parce qu'il savait que son frère avait découvert ses courriers si son père ne les avait pas jetés. Baptiste était au courant que son frère était toujours vivant. Comment avait-il encaissé la nouvelle?

Il emmena Sarah dans un bar du vieil Annecy et ils discutèrent jusqu'au petit matin. La patronne s'endormait à moitié sur le comptoir mais fut récompensée quand vint le moment pour ce couple étrange de payer. Ils laissèrent bien plus d'argent que ce qu'ils devaient. La patronne commençait bien sa journée...

Textes précédents: N°5, N°6, N°7, N°8

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°263 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Fred Hedin, n'est pas libre de droits non plus.

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