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19/11/2017

Les dimanches poétiques (212)

"Ses articulations étaient en bon état, sa musculature aussi, à l'exception peut-être d'un léger relâchement. Son cœur, par contre, était tapissé de graisse et battait lourdement, ce n'était plus qu'une charge, un boulet, pas une source de vie. On pouvait à tout instant craindre qu'il ne s'arrête, paralysant le corps de son propriétaire, le privant de son fluide essentiel et le précipitant dans la mort. Ce serait la triste revanche d'un organe interne épuisé sur un homme qui lui vouait pourtant, depuis sa conception, une confiance absolue. S'il marquait une pause, ne serait-ce que l'espace d'une centaine de pulsations, pour reprendre son souffle, tout serait fini. Ses précédents milliards de battements ne signifieraient plus rien."

Arto PAASILINNA Petits suicides entre amis

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07/11/2017

Piégée à l'intérieur

Une fois de plus Sarah fut aspirée par cette grande bouche de pierre. Sa forme était bizarre. L'avait-elle déjà vue quelque part ou bien n'était-elle que le fruit de son imagination? Elle revenait sans cesse dans ses rêves, sculptée et monstrueuse, ouverte sur un trou noir. A chaque fois Sarah se rapprochait d'elle sans le vouloir et immanquablement elle se retrouvait piégée à l'intérieur, un peu comme Jonas dans le ventre de la baleine. Elle ne voyait rien et l'odeur devenait peu à peu désagréable. Comment pouvait-elle avoir une  hallucination olfactive alors qu'elle errait entre sommeil et éveil?

Puis, l'odeur se faisant plus forte, elle se réveillait. Les effluves nauséabonds disparaissaient instantanément. Elle ne sentait plus rien. C'était la première fois qu'une odeur s'immisçait dans ses rêves. Bien souvent elle se retrouvait coincée dans une course-poursuite avec de dangereux types, mais aucun parfum, aucun son ne lui parvenait. Uniquement des images qui défilaient et elle qui essayait de se cacher pour échapper aux méchants.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°282 initié par Leiloona qui, cette semaine, a publié l'une de ses propres photos. Celle-ci, tout comme le texte, n'est pas libre de droits.

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05/11/2017

Les dimanches poétiques (211)

"Quand a débuté exactement l'histoire d'amour? Quand la complicité intellectuelle et intime s'est-elle muée en autre chose? Difficile à dire, l'un et l'autre se refusent à donner la moindre indication datée. "Personne ne saura jamais à quel moment notre histoire s'est transformée en histoire d'amour, ça nous appartient, c'est notre secret", assure Brigitte."

Anne FULDA Emmanuel Macron un jeune homme si parfait

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29/10/2017

Une trop bruyante solitude B. HRABAL

livres,littérature,littérature tchèque,bohumil hrabal,prague,une trop bruyante solitude,actu,actualitéJ'écrase du vieux papier, j'enfonce le bouton vert et le plateau de ma presse avance, j'enfonce le bouton rouge, il recule; c'est le mouvement fondamental du monde, comme les pistons d'un hélicon ou comme un cercle qui retourne nécessairement au point dont il est parti.

Le lien que j'entretiens avec la littérature tchèque est très particulier. Je dis tchèque, parce que Prague se trouve aujourd'hui en République tchèque. Peut-être devrais-je parler ici de littérature tchécoslovaque puisque lorsque Bohumil Hrabal a écrit ce livre Tchéquie et Slovaquie ne faisaient qu'un même pays. Mais passons, disons que c'est de la littérature tchèque.

Quand je parle de lien "très particulier", c'est que j'ai découvert cette littérature lors d'un séjour de trois mois à Prague en 2004. (Je vous passe les détails de ce séjour, qui n'est pas le sujet de ce post.) Outre le fait d'avoir appris quelques rudiments de tchèque (langue tout de même assez proche du polonais et du russe même si l'alphabet est différent) je me suis intéressée à la littérature du pays. J'ai donc lu l'incontournable Franz Kafka, le moins connu mais non moins intéressant Ivan Klima et, bien sûr, le plus français des écrivains tchèques, Milan Kundera.

Mais quand on aime, on ne compte pas. J'ai commencé il y a de cela plusieurs années Les lettres à Olga de Vaclav Havel. Lettres écrites à son épouse lorsqu'il était emprisonné. Puis, de passage en librairie il y a quelques semaines, mes yeux se sont portés sur Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal, auteur dont j'avais entendu parler mais duquel je n'avais rien lu. Et quelle bonne idée j'ai eue d'acheter ce livre. C'est un merveilleux bouquin. Vraiment un réel coup de cœur.

Sur un ton à la fois grave et poétique, Bohumil Hrabal nous conte l'histoire de Hanta, un ouvrier quasi invisible, terré dans une cave à presser livres interdits et papiers divers jetés au rebut. Son boulot n'est pas très ragoûtant, l'endroit non plus, situé quelque part entre la surface de la terre et les égouts. Mais Hanta ne comprend pas toujours pourquoi certains livres sont pilonnés. Notamment ces beaux livres sur la peinture, ces ouvrages de Goethe ou de Kant. Il en a d'ailleurs récupéré, ou peut-être devrais-je dire, il en a sauvé, et par la même occasion s'est instruit au fil des ans. Il en a rempli son appartement. Même les WC sont pleins à craquer. Cependant à faire ainsi le tri, il perd du temps. Il est toujours en retard sur la tâche à accomplir, ce qui n'est pas forcément du goût de son patron, qui le sermonne régulièrement. Hanta et sa presse ne sont pas très rentables. Bientôt font leur apparition de bien plus grosses machines, automatisées, qui pilonnent dix fois plus de papier.

Au fil des pages une autre histoire se dévoile en filigrane. Outre l'histoire de Hanta, c'est le joug communiste qui est pointé du doigt, le rejet de la culture, les élites réduites à occuper des postes d'ouvriers ou à étudier des sujets complètement ridicules. Une fable triste et émouvante qui plaira à tous les amoureux des livres, à n'en pas douter.

Une trop bruyante solitude, publié en 1976 à Prague, a été adapté au cinéma en 2011 par Vera Caïs avec Philippe Noiret dans le rôle principal.

Une trop bruyante solitude - Bohumil HRABAL - Ed. Robert Laffont - 2015

 

24/10/2017

Les jours enfuis - J. McINERNEY

livres,lecture,romans,littérature,littérature américaine,jay mcinerney,actu,actualitéTout était là, mais Jack en disait trop dans sa première mouture, il doutait trop de la qualité de son matériau alors qu'en fait, il avait déjà tout mis en place et fourni chaque détail dont le lecteur avait besoin. Russell lui avait montré ce qui s'y trouvait déjà et comment dépasser sa crainte de ne pas être assez explicite, citant l'éternel cliché qui veut que "moins c'est plus".

J'ai découvert Jay McInernay dans la Grande Librairie il y a quelques mois. Il était interviewé chez lui, à New York, à l'occasion de la sortie de son dernier livre, Les jours enfuis. Ce roman fait partie d'une trilogie dont le premier volet a été publié en 1993 sous le titre Trente ans et des poussières. L'auteur y auscultait sans compromis les années folles de la finance dans les années 80. La suite, intitulée La Belle vie, a paru en 1997. Les protagonistes étaient projetés au cœur de l'après 11 septembre. Dans la dernière partie, on plonge dans l'année précédant l'investiture d'Obama à la tête des Démocrates pour la course à la Présidentielle américaine.

Russell et Corinne Calloway, la cinquantaine, vivent à New-York dans le très chic quartier de TriBeCa et passent leurs vacances dans les Hamptons. Ils ont des jumeaux, Storey et Jeremy, âgés de onze ans. Lui est directeur d'une maison d'édition, elle s'occupe d'une association caritative. Ils sortent  beaucoup: vernissages, lancements de livres, galas de charité dans la haute société new-yorkaise... La vie est belle. Mais - parce qu'il y a un mais - quand on pénètre leur intimité, on voit que leur vie n'est peut-être pas si belle que l'on croyait.

Tous les couples ont leurs hauts et leurs bas, et là, pour le coup, il y a plus de bas que de hauts. Outre la maison d'édition de Russell menacée de faillite, refait surface un ancien amant de Corinne. Elle est elle-même étonnée qu'il l'attire toujours autant. Et elle succombe de nouveau à son charme, prétextant un week-end avec une amie pour aller le retrouver.

Jay McInernay peint une société new-yorkaise où l'argent coule à flot (même si la crise financière est là) et où tromper sa femme (ou son mari) semble presque normal. En tout cas ça semble normal pour la plupart des personnages masculins. Et pour quelques personnages féminins. J'avoue que ça m'a un peu dérangée.

Il y a bien sûr des chapitres qui s'attardent sur l'opposition entre l'Amérique profonde et le microcosme new-yorkais, sur le fait de savoir si les Américains sont prêts à élire un noir à la Maison blanche, mais tout de même, ce n'est pas ce qui fait la majorité du roman. Et j'ai donc beaucoup de mal à dire si j'ai aimé ce livre ou pas.

Les jours enfuis - Jay McINERNAY - Ed. de l'Olivier - 2017

22/10/2017

Les dimanches poétiques (210)

"Je me suis d'ailleurs mis à ressembler aux rats, depuis trente-cinq ans que je vis dans les caves, je n'aime plus guère me baigner, bien qu'il y ait une salle de bains juste derrière le bureau du chef. Si je prenais un bain, j'en tomberais malade, je dois y aller tout doucement avec l'hygiène; comme je travaille avec mes mains, sans gants, je me les lave tous les soirs, mais je connais ça, moi! Si je me les lavais plusieurs fois par jour, j'aurais la peau toute gercée. Parfois, pourtant, quand l'idéal grec de beauté m'envahit, je me lave un pied ou même le cou, la semaine suivante l'autre pied ou un bras, et, quand vient l'époque des grandes fêtes religieuses, je me nettoie le torse et les jambes, mais c'est prévu d'avance et je prends de l'antigrippine contre le rhume des foins que j'attrape même quand il tombe de la neige, et je connais ça, moi!"

Bohumil HRABAL Une trop bruyante solitude 

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08/10/2017

Les dimanches poétiques (209)

"C'est le problème avec la vie, a pensé Antoine. La nôtre est toujours trop étriquée, et celle à laquelle on voudrait prétendre est trop grande pour simplement se la figurer. La somme des possibles, c'est l'infini qui revient à zéro. Au final, ça passe. Ca finit toujours par passer."

Olivier ADAM Peine perdue

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