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10/02/2018

Il rêvassait devant la vitrine

Francesco se rappela la bibliothèque du collège de Rome où il avait été scolarisé. Elle ne laissait pas aux élèves la possibilité de s'évader; longue comme un réfectoire la lumière du jour s'y diffusait par de hautes fenêtres arrondies dans leur partie supérieure. Elle avait quelque chose de monastique. Les tables étaient en bois massif sans aucun artifice, les chaises, peu confortables, vous rappelait que l'apprentissage était un parcours vers un sommet qui se méritait.

Les étagères regorgeaient de toutes sortes d'ouvrages. Des manuels scolaires, des encyclopédies, des livres sur l'astronomie, quelques atlas, et des romans. Mais uniquement des romans inscrits au programme d'italien et des quelques langues étrangères enseignées. Son père avait tenu absolument à ce qu'il apprenne le français, lui répétant matin et soir que s'il n'arrivait pas à se faire une place au sein de la société italienne il pourrait toujours tenter sa chance en France. 

Il y avait notamment ce roman de Steinbeck Des souris et des hommes qu'ils avaient étudié pendant leur année de 3ème avec le professeur Stoletti. Francesco se souvint s'être pris d'affection pour les deux héros du bouquin, George et Lennie, jetés sur la route par la Grande Crise et louant leurs bras dans des ranchs. Deux amis d'enfance auxquels la vie n'avait pas fait de cadeaux. Berghetti se souvenait notamment de la fin du livre, et ce terrible moment où George tue Lennie pour qu'il ne tombe pas dans les mains du fils d'un patron qui s'est juré de l'abattre parce qu'il a accidentellement tué sa femme. Une sale histoire...

Francesco rêvassait devant la vitrine de la librairie. Il était sorti faire quelques emplettes pendant que Marcella se reposait. Elle n'avait pas eu le courage de ressortir pour acheter quelques vêtements et un nécessaire de toilette. Elle s'était allongée sur le lit et s'était endormie immédiatement.

Le jour déclinait. Berghetti entra dans la boutique et demanda s'ils avaient le livre de Steinbeck. Une vendeuse alla lui chercher le roman. Il craignait les insomnies, notamment quand il n'était pas chez lui. Le bouquin l'occuperait un moment. De plus, il n'avait pas demandé à Marcella si elle acceptait de partager le lit.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°294 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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Il n'en croyait pas ses yeux

Persistance rétinienne

Entre Bari et Barletta

Soleil brûlant

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27/01/2018

Soleil brûlant

Après s'être rafraîchis les pieds à Prima Cala, Francesco et Marcella prirent la direction du centre historique de Molfetta. Ils visitèrent le Duomo di San Corrado et flânèrent un moment dans les jardins jouxtant la cathédrale. Il n'y avait pas grand monde à cette heure de la journée. Le soleil était brûlant. Les bateaux amarrés dans le port semblaient eux aussi souffrir de la chaleur. C'était insupportable. Francesco entraîna Marcella au Musée de la mer situé dans la via San Domenico. L'endroit était pour ainsi dire désert. Ils profitèrent de la quiétude du lieu et de la fraîcheur pendant près de deux heures puis décidèrent de chercher un endroit pour passer la nuit.

Ils ne voulaient pas d'un hôtel. Ils se mirent donc en quête d'une chambre d'hôtes. Les cinq premières familles qu'ils sollicitèrent avaient déjà loué toutes leurs chambres. La sixième avait encore une chambre libre mais avec un lit double. Francesco interrogea Marcella du regard pour savoir ce qu'elle en pensait. Elle était exténuée et n'avait pas envie d'aller plus loin pour trouver une hypothétique chambre avec des lits jumeaux. Ils devaient encore aller acheter un nécessaire de toilette et quelques vêtements et cette perspective ne l'enchantait guère. Elle avait juste envie de se laisser tomber sur le lit et de s'abandonner aux bras de Morphée.

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Il n'en croyait pas ses yeux

Persistance rétinienne

Entre Bari et Barletta

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°292 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Caroline Morant, n'est pas libre de droits non plus.

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21/01/2018

Entre Bari et Barletta

Berghetti avait conduit une bonne partie de la nuit. Il avait fait un premier arrêt pour remplir le réservoir puis, il s'était arrêté vers 2h du matin pour se reposer. Marcella, exténuée, ne s'était pas réveillée. Elle s'était endormie peu de temps après leur départ de Rome. C'est lui qui l'avait installée sur le fauteuil passager. Elle tenait à peine debout quand il l'avait récupérée en échange du CODE. Pietro l'avait bien aidé. Il n'aurait jamais pu déchiffrer seul le texte que le camerlingue lui avait donné. C'était le Saint Père lui-même qui avait ordonné qu'on lui remît le document. Sa Sainteté savait que plusieurs vies étaient en jeu, dont celle de Berghetti. Mais Francesco n'avait pensé qu'à Marcella. Il ne pouvait pas la laisser tomber. Elle qui l'avait secouru dans la via di Santa Dorotea lorsqu'il s'était fait attaquer à l'université. Sans son aide il n'aurait probablement jamais réussi à atteindre le cabinet médical de son frère.

Il avait dormi trois heures et était reparti, mettant le cap sur Molfetta, petite localité située sur la mer Adriatique, entre Bari et Barletta. Il avait appelé Tiberio pour lui indiquer que Marcella était sauve mais qu'il était nécessaire de l'éloigner de Rome. Elle n'y était plus en sécurité et il ne voulait pas courir le risque qu'elle se fasse kidnapper une seconde fois. Francesco savait que les types qui l'avaient enlevée n'hésiteraient pas à s'en servir à nouveau comme monnaie d'échange. Ils lui avaient aussi demandé de stopper ses recherches sur ces fous qui voulaient prouver l'existence de Dieu par des formules mathématiques, et que s'il continuait, ils se chargeraient de lui faire passer l'envie. Il devait aussi cesser ses conférences sur le sujet et ne rien en dire à ses étudiants. Francesco n'arrivait pas à s'y résoudre. Il ne voulait pas céder. Et il y aurait toujours bien un étudiant pour l'interroger sur cette question. Devrait-il alors occulter la vérité?

Francesco gara la voiture non loin du bain public de Prima Cala en fin de matinée. Le soleil jetait des perles irisées à la surface de l'onde. En ville les habitants cherchaient déjà l'ombre des murs, assis paresseusement sur des bancs. Francesco baissa sa vitre pour laisser entrer un léger vent. Marcella sentit le doux souffle lui caresser les joues. Elle resta ainsi un moment, à goûter l'air qui se répandait dans l'habitacle.

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Il n'en croyait pas ses yeux

Persistance rétinienne

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°291 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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13/01/2018

Persistance rétinienne

Oui, elle l'avait vu apparaître à la surface de son bol de soupe à la tomate mais Marcella ne savait pas du tout à quoi renvoyait ce CODE. Pourquoi était-ce si important? Elle ne comprenait rien à ce que lui racontait ce petit bonhomme ventripotent à la tonsure de moine. Il allait d'un mur à l'autre, les mains dans le dos, posant toujours les mêmes questions. Et Marcella faisait toujours la même réponse. Elle ne savait pas. L'interrogatoire ressemblait à ceux réalisés à l'époque par le KGB. Il n'avait juste pas encore commencé à la torturer.

Ce CODE pouvait être n'importe quoi. Un mot sur un papier, un rébus à déchiffrer, un air de musique, un assemblage de lettres... Elle essayait de se souvenir, de se rappeler ce que lui avait dit Berghetti, s'il n'y avait pas un sens caché dans ses dernières paroles lorsqu'ils s'étaient quittés en ressortant du palais pontifical. Rien. Marcella avait juste remarqué une ombre passer furtivement dans son regard, comme s'il était préoccupé. Puis, il l'avait embrassée sur les deux joues et était parti de son côté, visiblement pressé. Marcella, quant à elle, n'avait pas eu le temps d'atteindre l'arrêt de bus pour rentrer. Deux types aux corps bodybuildés, costumes et lunettes noires, s'étaient placés à ses côtés et l'avait entraînée dans une rue perpendiculaire à la Via della Conciliazione. Elle espérait que deux autres types n'étaient pas en embuscade attendant de mettre la main sur Berghetti.

La pièce était très sombre et Marcella avait beaucoup de mal à distinguer les traits du type qui l'interrogeait. Il lui demanda à nouveau ce qu'était le CODE. Elle fouilla une fois de plus sa mémoire sans succès jusqu'au moment où elle se remémora cette persistance rétinienne d'un papier aux drôles de caractères qui dépassait de la poche intérieure de la veste de Francesco. Un papier que Marcella n'avait pas remarqué auparavant, du moins pas avant qu'ils ne soient reçus par un conseiller du Saint Père. Qui lui avait donné? Pourquoi ne lui en avait-il pas parlé? Plus elle y pensait et plus elle se disait que ce papier était la clé, que le CODE y était caché. Et Marcella se mit à prier pour que Berghetti trouve quelqu'un pour le déchiffrer rapidement. Elle n'avait aucunement envie que son geôlier se serve des outils entreposés sur la table placée dans un coin de la pièce...

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Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°290 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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26/11/2017

Une seule et même personne

chère Sarah,

J'aurais dû vous appeler mais je ne voulais pas vous déranger. Vous avez assez à faire avec la rédaction de votre roman en ce moment. J'espère que Toby va bien. Vous lui donnerez une caresse supplémentaire de ma part.

J'ai fait un détour par Gênes. La carte postale donne un bel aperçu du port. Je dois reprendre le travail lundi mais je ne suis plus si sûr de vouloir rentrer. Il y a un cargo qui part après-demain pour Osaka. Je pourrai peut-être me perfectionner dans l'art du Iaido...

Affectueusement

Alexandre

 

Sarah lu et relu la carte postale. Cette écriture ne lui était pas inconnue. Sans chercher à comprendre ce qu'elle faisait, guidée par une sorte d'intuition, elle alla chercher le paquet de lettres laissées par Baptiste Vittoz au-dessus de la table de berger. Elle les étala sur la table et compara l'écriture. Son cerveau assembla en une fraction de secondes les pièces du puzzle. Elle comprenait mieux les réactions d'Alexandre lorsqu'ils s'étaient rencontrés la première fois. Il connaissait bien mieux les Edelweiss que ce qu'il lui avait laissé croire. Et pour cause, il y avait habité. Elle en était maintenant persuadée. Il avait le même regard que le fils Vittoz et, même si elle ne pouvait l'expliquer, elle était certaine qu'ils avaient un lien de parenté. Certes les lettres retrouvées étaient signées Simon, mais la similitude entre les deux écritures ne laissait aucun doute. Simon Vittoz et Alexandre Perrazzi n'étaient qu'une seule et même personne.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°285 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, prise par Leiloona, n'est pas libre de droits non plus.

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21/11/2017

Il avait la mine grise

La brume tapissait le canal. Le phénomène était fréquent en automne. Simon était toujours émerveillé par cette écharpe vaporeuse qui s'étirait au fil de l'eau comme une bande de ouate. Le paysage était silencieux. Les oiseaux de nuit s'étaient tu. Le jour, tout comme Simon, se leva dans un long soupir. Il avait la mine grise, le teint d'une couleur de cendres à vous fiche le bourdon.

Depuis qu'il avait revu son frère, Simon ne dormait quasiment plus. Les quelques heures qu'il avait arrachées à Morphée cette nuit-là ne lui avaient pas permis de payer toutes ses dettes de sommeil. Il titubait de fatigue. La veille il avait fait un écart sur la berge et il avait bien failli se retrouver dans l'eau. Il s'en était fallu de peu.

Qui l'aurait entendu tomber? Il n'y avait personne pour s'aventurer par ici à la nuit. Le canal n'était pas éclairé. Les pêcheurs ne s'attardaient pas. L'endroit était rendu aux animaux.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°284 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, d'Emma Jane Browne, n'est pas libre de droits non plus.

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07/11/2017

Piégée à l'intérieur

Une fois de plus Sarah fut aspirée par cette grande bouche de pierre. Sa forme était bizarre. L'avait-elle déjà vue quelque part ou bien n'était-elle que le fruit de son imagination? Elle revenait sans cesse dans ses rêves, sculptée et monstrueuse, ouverte sur un trou noir. A chaque fois Sarah se rapprochait d'elle sans le vouloir et immanquablement elle se retrouvait piégée à l'intérieur, un peu comme Jonas dans le ventre de la baleine. Elle ne voyait rien et l'odeur devenait peu à peu désagréable. Comment pouvait-elle avoir une  hallucination olfactive alors qu'elle errait entre sommeil et éveil?

Puis, l'odeur se faisant plus forte, elle se réveillait. Les effluves nauséabonds disparaissaient instantanément. Elle ne sentait plus rien. C'était la première fois qu'une odeur s'immisçait dans ses rêves. Bien souvent elle se retrouvait coincée dans une course-poursuite avec de dangereux types, mais aucun parfum, aucun son ne lui parvenait. Uniquement des images qui défilaient et elle qui essayait de se cacher pour échapper aux méchants.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°282 initié par Leiloona qui, cette semaine, a publié l'une de ses propres photos. Celle-ci, tout comme le texte, n'est pas libre de droits.

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