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28/03/2020

Dans l'esprit et dans le coeur

Sarah glissa la cassette dans l'auto-radio. La bande grésillait un peu. Puis, après quelques secondes, la voix des Bee Gees emplit l'habitacle de la voiture: I know your eyes in the morning sun, I feel you touch me in the pouring rain... 

La-dite cassette était arrivée dans une grande enveloppe avec un dossier épais d'une dizaine de pages. L'ensemble avait été posté au Japon trois semaines plus tôt. Quand Sarah avait vu la provenance du courrier son coeur s'était emballé. C'était Alexandre. Oui, c'était bien lui. Après huit mois de silence il lui donnait des nouvelles. Il était maintenant installé à Nagoya. Il visitait la ville et les environs. L'Europe lui manquait, l'Italie lui manquait, son passé lui manquait mais il n'envisageait pas de rentrer. C'était encore trop tôt.

Dans la lettre qui accompagnait la cassette et le récit, il avait expliqué les raisons de son départ. Il disait aussi pourquoi il lui avait envoyé cette cassette. Celle-ci, vestige de son passé à Combloux, l'avait accompagnée sa vie durant. Il n'y avait dessus que des titres des années 70 et 80, ses titres préférés de l'époque. Ces chansons étaient un lien avec les siens, du temps où il vivait encore avec eux. A chaque fois qu'il les écoutait il pensait aux moments qu'ils avaient passé ensemble. Cette cassette était une façon de ne pas les oublier. Il espérait à présent que grâce à cette cassette Sarah ne l'oublierait pas.

Comme le disait si justement Kundera "Il faut arroser les souvenirs comme des fleurs en pot". Cette cassette serait l'eau qui raviverait l'image d'Alexandre dans l'esprit de Sarah. Dans l'esprit et dans le coeur. Il lui avait aussi demandé d'être patiente.

Texte précédent:

Mettre de la distance avec le passé

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier L'écriture aux temps du corona jour 7. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Tobias Tullius, n'est pas libre de droits non plus. La phrase imposée à insérer au texte est tirée d'une oeuvre de Milan Kundera: "Il faut arroser les souvenirs comme des fleurs en pot".

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23/02/2020

Châtiment divin

Marcella s'était amusée plein de fois à imaginer ce qu'ils feraient quand ils seraient vieux. Elle s'était aussi demandé à quoi ils ressembleraient avec Tiberio. Auraient-ils beaucoup de cheveux blancs? Pourraient-ils voyager malgré les douleurs d'arthrose? Ils rêvaient tous les deux de faire une croisière sur le Danube...

Mais aujourd'hui elle se disait qu'ils n'auraient peut-être pas le temps de vieillir. Les autorités leur avaient ordonné, à eux et à toute la population, de rester confinés chez eux pour éviter d'être infectés. Ils étaient enfermés depuis maintenant quinze jours. La maladie se propageait de façon exponentielle. Les médias rapportaient des dizaines de morts chaque jour, du nord au sud de l'Italie. L'Etat était dépassé. Quant à l'Eglise, elle voyait là un châtiment divin. L'Homme devait expier ses fautes. Pour  Marcella, c'était surtout la faute aux Chinois, et elle leur en voulait de mettre ainsi son avenir en péril et, plus largement, l'avenir de toute l'Humanité. 

Texte rédigé pour l'atelier d'écriture n°361 de BricàBook. Il n'est pas libre de droit. La photo, de Sean Thoman, n'est pas libre de droit non plus.

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20/05/2018

Une odeur âcre de papier froid et froissé

Baptiste regarda une deuxième fois dans le bac pour être bien sûr qu'il n'avait pas eu la berlue. Il y avait là toutes sortes de papiers: des livres de poche, des magazines, des brochures, de vieux annuaires, des carnets de notes... Tous jetés pêle-mêle dans ce container entreposé dans le garage. Baptiste n'y avait jamais vraiment porté attention. D'ailleurs il ne se rendait pas souvent dans le garage quand il venait à Combloux.

Pourquoi son père avait mis tout ça dans ce bac? C'aurait été plus simple de s'en débarrasser au fur et à mesure. S'en servait-il pour allumer le feu? Son paternel se fichait pas mal de la littérature et les bouquins ne l'intéressaient pas. Frison-Roche et Stendhal avaient peut-être crépité ensemble dans l'âtre...

Simon, pendant ses deux années d'études post-bac, avait entassé des centaines de bouquins dans sa chambre.  Lorsqu'il était décédé le père Vittoz avait décidé de tout garder puis, il en avait eu assez de vivre dans le passé. Les livres de Simon avaient disparu. Baptiste pensait que les ouvrages de son frère avaient été donnés.

Il se dégageait du container une odeur âcre de papier froid et froissé, d'encre en décomposition. Ca piquait les narines. Baptiste se détourna et rabaissa le couvercle.

S'il voulait vendre la maison rapidement il devait se dépêcher de la vider. Une armée de souris ne viendrait sûrement pas à bout de toutes ces pages. Il fallait trouver une solution plus efficace. Baptiste entreprit de tout brûler.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°304 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits.

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08/05/2018

Comment était-ce possible?

Le vent fouettait la terre sans ménagement. La terre et son visage. Il avait du sable et de la poussière plein la bouche. Ses yeux étaient boursouflés, secs. Ils les ouvraient à grand peine. L'horizon lui apparaissait flou. Il n'aurait su dire dans quelle direction il allait. Etait-ce le Nord? Le Sud? Il avançait péniblement. Ses vêtements blancs étaient maintenant ocre.

Puis, un piquet, auquel on avait attaché un chiffon, se dressa devant lui. Il distingua d'autres bâtons du même acabit plantés plus loin. L'ensemble semblait délimiter une zone. Un terrain de jeu? Une piste d'atterrissage? Il cherchait des yeux une cabane, un semblant de vie, mais il n'y avait rien. Comment était-ce possible? Quelqu'un avait bien mis ces piquets en terre, attaché ces bouts de tissu... Il tomba à genoux, désespéré. Sa gourde était vide et il ne sentait plus ses poumons.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°303 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Vincent Hequet, n'est pas libre de droits non plus.

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15/04/2018

Son endroit préféré

Sarah aimait s'installer près de la grande baie vitrée pour bouquiner. C'était son endroit préféré. Le salon était pourtant confortable mais il ne possédait pas cette clarté. Lorsqu'elle avait acheté le chalet cette fenêtre n'existait pas. Pas plus que la bibliothèque d'ailleurs. C'était alors un grand cagibi dans lequel le père Vittoz rangeait ses conserves et qui lui servait aussi de débarras. Sarah avait jugé qu'il y avait assez de place dans le garage pour y stocker quelques provisions et tous ses produits ménagers. Elle avait donc décidé de le transformer. Elle voulait en faire une bibliothèque. Une petite alcôve entre la cuisine et la pièce à vivre.

Quand elle n'y ouvrait pas un livre elle aimait à s'y poster pour observer l'œuvre des saisons. En hiver elle aimait à regarder la neige redessiner les contours du paysage. Au printemps, Sarah guettait l'apparition des insectes et les premiers bourgeons. L'été, elle ouvrait la fenêtre. L'air projetait à l'intérieur du chalet une odeur d'herbe et de fleurs séchées. L'automne teintait l'horizon de marron. Chaque saison apportait de nouvelles sensations, la course des oiseaux, le ballet des papillons, le frémissement des fleurs les soirées d'été, une pluie drue de flocons...

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°300 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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18/03/2018

Sauter l'obstacle

Darren essayait d'accélérer mais ses poumons refusaient de lui fournir davantage d'oxygène pour un effort supplémentaire. La barrière en bas de la prairie se rapprochait et elle semblait de plus en plus haute à mesure qu'il avançait. L'animal était toujours sur ses talons. Il semblait même gagner en vitesse. Il était énorme, puissant, les muscles tendus, prêt à écraser l'homme qu'il poursuivait. Darren n'osait pas se retourner. La sueur coulait le long de son dos, imprégnant toutes les couches de vêtements qu'il avait enfilés.

Quelle idée de vouloir couper à travers champs pour rentrer chez lui?! La maison du vieux McLeod n'était qu'à deux kilomètres par la route. Non, franchement, quelle idée! Pourquoi n'avait-il pas emprunté le même chemin qu'à l'aller? Deux kilomètres, ce n'était rien du tout, et les routes par ici n'étaient pas trop fréquentées. Il se rendait compte maintenant que ç'aurait été moins dangereux que le champ.

Plus que vingt mètres...

A présent la barrière lui paraissait énorme. Il essaya de se souvenir comment il sautait par-dessus la petite barrière de bois de la maison de ses parents quand il était enfant. La petite barrière de bois que son père fermait toujours à clé pour l'empêcher d'aller se balader.

Les sabots du taureau martelaient le sol et faisaient vibrer la terre. Darren ressentait les vibrations dans ses mollets. Il était à bout de souffle et pensait s'écrouler avant de pouvoir franchir l'obstacle. Son cœur tapait si fort sous ses côtes...

Cinq mètres...

Le tout était de prendre de l'élan au bon moment. Prendre un bon appui, mettre les jambes à l'horizontale... L'obstacle franchi Darren continua à courir. L'animal avançait à une telle vitesse qu'il n'allait pas arrêter sa course comme ça. Il  était bien capable de voler lui aussi par-dessus la barrière. Mais après avoir parcouru dix mètres Darren entendit un grand fracas. Le taureau s'était encastré dans la barrière. La bête, écumante, beuglait de douleur et de rage. Darren ne se retourna pas. Il ne voulait pas voir l'ampleur des dégâts et continua à courir jusque chez lui.

Quelques semaines plus tard, alors qu'il lui rendait visite, le vieux McLeod lui raconta toute l'histoire de son plus beau taureau mort de folie. Il pensait que l'animal avait couru sans raison pendant des heures puis s'était encastré dans la barrière au bas de la prairie. Il l'avait découvert le lendemain matin, sans vie, avec des morceaux de bois fichés dans les chairs. Darren n'avait pas démenti les propos de son ami.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°298 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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10/02/2018

Il rêvassait devant la vitrine

Francesco se rappela la bibliothèque du collège de Rome où il avait été scolarisé. Elle ne laissait pas aux élèves la possibilité de s'évader; longue comme un réfectoire la lumière du jour s'y diffusait par de hautes fenêtres arrondies dans leur partie supérieure. Elle avait quelque chose de monastique. Les tables étaient en bois massif sans aucun artifice, les chaises, peu confortables, vous rappelait que l'apprentissage était un parcours vers un sommet qui se méritait.

Les étagères regorgeaient de toutes sortes d'ouvrages. Des manuels scolaires, des encyclopédies, des livres sur l'astronomie, quelques atlas, et des romans. Mais uniquement des romans inscrits au programme d'italien et des quelques langues étrangères enseignées. Son père avait tenu absolument à ce qu'il apprenne le français, lui répétant matin et soir que s'il n'arrivait pas à se faire une place au sein de la société italienne il pourrait toujours tenter sa chance en France. 

Il y avait notamment ce roman de Steinbeck Des souris et des hommes qu'ils avaient étudié pendant leur année de 3ème avec le professeur Stoletti. Francesco se souvint s'être pris d'affection pour les deux héros du bouquin, George et Lennie, jetés sur la route par la Grande Crise et louant leurs bras dans des ranchs. Deux amis d'enfance auxquels la vie n'avait pas fait de cadeaux. Berghetti se souvenait notamment de la fin du livre, et ce terrible moment où George tue Lennie pour qu'il ne tombe pas dans les mains du fils d'un patron qui s'est juré de l'abattre parce qu'il a accidentellement tué sa femme. Une sale histoire...

Francesco rêvassait devant la vitrine de la librairie. Il était sorti faire quelques emplettes pendant que Marcella se reposait. Elle n'avait pas eu le courage de ressortir pour acheter quelques vêtements et un nécessaire de toilette. Elle s'était allongée sur le lit et s'était endormie immédiatement.

Le jour déclinait. Berghetti entra dans la boutique et demanda s'ils avaient le livre de Steinbeck. Une vendeuse alla lui chercher le roman. Il craignait les insomnies, notamment quand il n'était pas chez lui. Le bouquin l'occuperait un moment. De plus, il n'avait pas demandé à Marcella si elle acceptait de partager le lit.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°294 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

Textes précédents:

Il n'en croyait pas ses yeux

Persistance rétinienne

Entre Bari et Barletta

Soleil brûlant

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