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11/09/2017

Transie jusqu'aux os

Quand Victoria avait quitté Fort Augustus le ciel était clair. Il n'y avait pas l'ombre d'un cumulus. Rien que l'azur et la douceur des rayons du soleil. Quelques habitants avaient même sorti des chaises sur le pas de leur porte.

Arrivée au lieu-dit, quelques nuages avaient fait leur apparition, mais rien d'inquiétant. Victoria était partie sur la lande confiante, vêtue d'un jean, d'un polo et d'une veste de coton. Elle n'avait même pas emporté le chapeau qu'elle laissait dans la voiture au cas où elle se ferait surprendre par la pluie. Elle était à mi-parcours lorsque les nuages s'étaient amoncelés dans le ciel, les uns après les autres, toujours plus gros et toujours plus sombres.

Elle était à quelques mètres de l'arbre quand la pluie avait commencé à tomber. D'abord de fines gouttes puis, de plus grosses, toujours plus nombreuses, jusqu'à ce que la lande soit lavée à grande eau. Elle était transie jusqu'aux os en arrivant à la voiture et avait transformé l'habitacle en piscine. Ses vêtements lui collaient à la peau, elle reniflait, son maquillage était complètement délavé.

Texte original rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°275 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Romaric Cazaux, n'est pas libre de droits non plus.

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13/01/2016

Le chant syncopé de la tempête

Tout le jour le ciel, tel une serpillière, s'était tordu en averses de neige drue. Cécilia n'avait vu personne. Pas une seule visite. Personne ne s'était risqué à sortir par ce temps. Elle-même n'avait pas osé mettre un pied dehors. Elle avait juste reçu un appel de Stanislas. Plaisir minuscule au milieu de ce brouillard aveuglant. Pour le coup les nuages ne s'étaient pas montrés dilettantes et ils n'avaient pas plaidé coupables en laissant place aux rayons du soleil quelques instants. Il n'y avait eu aucune éclaircie sur le village. C'avait été une journée blanche.  

Cécilia ressentait l'agacement de la bâtisse face aux assauts du vent. La maison craquait de partout et le chant syncopé de la tempête ne l'incitait pas à se mettre sous la couette. Elle savait qu'une nuit d'insomnie se profilait. Installée dans le canapé près de la cheminée elle contemplait l'éparpillement de livres et de vieux almanachs qui s'étendait à ses pieds.  Quelques recueils de poésie étaient également entreposés par terre. Elle avait prévu de quoi tenir jusqu'aux petites heures du matin.

L'âtre lui renvoyait une chaleur douce. De petites bûches se consumaient sur les chenets en fer hérités de ses grands-parents. Les flammes, tantôt sveltes, tantôt dodues, exécutaient une farandole mélancolique. Cécilia était comme hypnotisée et ne vit pas le sommeil pointer son nez.

Elle se réveilla vers 6 heures et entendit le vent respirer doucement. Il s'était apaisé comme un enfant qui s'endort épuisé d'avoir trop crié. Le feu était éteint mais elle n'avait pas froid. Un plaid avait été déposé sur ses épaules. Son cerveau vu rouge. Avait-elle oublié de verrouiller la porte d'entrée? Ou celle du garage? Elle bloqua sa respiration dans l'espoir de capter un bruit. Mais rien. La maison lui renvoya un grand silence. Son cœur s'affola. Quelqu'un était vraisemblablement entré chez elle avec un passe-partout. Et quelles que soient ses motivations, ce n'était certainement pas par gentillesse qu'il l'avait couverte d'un plaid. Elle n'osait pas bouger, pensant que l'intrus était peut-être tapi dans l'ombre en train de l'observer.

Ce texte a été rédigé pour les Plumes n°48 organisées par Asphodèle. Il n'est pas libre de droit, et la photo non plus.

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15/02/2015

Elle ne l'avait pas entendu approcher

Le professeur Berghetti était arrivé derrière Marcella sans qu'elle ne l'entende approcher. Habituellement elle reconnaissait son pas rapide et sa façon de faire claquer ses talons quand il s'immobilisait. Occupée à photocopier des documents sur la machine installée dans le couloir, elle n'avait pas remarqué sa présence et s'était retrouvée tout contre lui en ouvrant un tiroir qu'elle voulait recharger en feuilles blanches. Elle avait senti un tissu plier sous son dos, juste entre l'angle inférieur de la scapula et le processus transverse de la huitième vertèbre dorsale. Elle avait également senti comme un bouton mais ne pouvait affirmer que c'en était un. Il n'avait pas bougé. C'est elle qui s'était avancée pour le laisser passer, rentrant son ventre et ses fesses et se collant à la photocopieuse.

Repensant à la scène un peu plus tard Marcella se rappelait qu'il n'y avait personne dans le couloir et qu'il avait largement la place de passer sans entrer dans son espace intime. Sa tasse à café à la main il s'en allait jusqu'à la salle de pause où se trouvait la cafetière. Comme un félin il s'était approché à pas feutrés. Cependant Marcella aurait dû sentir sa présence. Hypersensible aux sons, aux odeurs et aux mouvements, elle aurait dû remarquer qu'il était près d'elle et s'était étonnée de cette situation étrange. Comment réussissait-il (car ce n'était pas la première fois qu'il lui faisait le coup) à se faire oublier de la sorte? Il était certes un petit peu plus petit qu'elle mais il n'était pas du genre à passer inaperçu. Il avait une façon unique de déplacer l'air en marchant.

Habituellement Marcella évitait de se trouver trop près de lui. Elle évitait comme elle pouvait les contacts corporels car elle craignait de s'embraser. Francesco Berghetti était incandescent. Quand il s'approchait trop elle ne pouvait plus bouger, sentant son corps défaillir. Elle n'osait pas imaginer ce qu'il se passerait s'ils se retrouvaient face à face, à quelques centimètres l'un de l'autre...

Ce texte n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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17/11/2014

Regard complice

La neige commençait à nacrer les rues de Rome et la matinée s'annonçait glissante. Marcella décida donc de prendre le bus pour se rendre au travail. Bonnet bien enfoncé sur la tête et emmitouflée dans un long manteau noir elle marcha d'un pas rapide pour rejoindre l'arrêt. Le vent, ce grand nomade, traversait la ville à une allure effrayante et fouettait sans ménagement le visage des passants. Marcella avait les joues rougies et avait hâte de monter dans le bus qui l'emmènerait jusqu'au consulat. Ce temps était inhabituel à Rome pour un mois de novembre. 

******

Marcella avait eu du mal à quitter son lit, drap et couverture remontés jusqu'aux yeux. Tiberio, levé avant elle, avait essayé de la découvrir doucement mais elle avait froid et s'était dépêchée de remonter le tout sur ses épaules. Son regard, plein des secrets de la nuit et de connivence, avait incité Tiberio à se recoucher. Ils étaient toujours prêts pour quelques folies, quelques bêtises d'amoureux. Deux vrais larrons, prêts pour le meilleur et le pire. Et au lit ils ne s'ennuyaient pas. Ils s'étaient levés avec des yeux brillants d'amants, un peu en retard mais ravis d'être restés plus longtemps que d'habitude ensemble avant d'aller travailler.

Ce soir Marcellla en aurait des choses à relater à son confident qu'elle rangeait dans le tiroir de sa table de nuit. Des choses qu'elle ne pouvait ni ne voulait partager avec personne si ce n'est son carnet. Elle avait quelques amis proches dont faisait désormais partie le professeur Berghetti mais elle ne leur parlait jamais de ses affaires intimes. Elle aurait préféré se laisser couper la main plutôt que de leur révéler ce qui se tramait dans son cœur.

Tiberio en savait bien sûr plus que les autres mais ne savait pourtant pas tout. Pendant un temps il avait considéré Berghetti comme un rival mais il avait appris à le connaître et ils étaient maintenant amis. Il avait même de l'empathie pour le professeur qui faisait toujours l'objet d'attaques.

Texte original rédigé pour l'édition n°35 des Plumes d'Asphodèle dont le thème était la complicité. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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13/12/2012

Des âmes vertueuses en soutanes noires

Par un curieux hasard Tiberio se retrouva sur le parvis de la basilique Saint-Pierre. Ses pieds l'avaient guidé jusque-là il ne sut pas comment. Il hésita à franchir les portes  décorées de somptueuses ferronneries. Il y était entré quelques jours plus tôt, avec Flavio, et l'édifice lui avait fait forte impression. Son fils avait lui aussi été ébahi par la richesse des décorations. Il y régnait une atmosphère mystérieuse. En déambulant dans les travées ils avaient aperçu quelques âmes vertueuses en soutanes noires, à la fois muettes et évanescentes. La basilique était gigantesque. Elle pouvait intimider les visiteurs, voire leur faire peur.

Ils étaient descendus dans la crypte où reposaient les papes. L'endroit ressemblait à un abîme de galeries avec des alcôves de part et d'autre. Pas de héros ici. Simplement des hommes plus ou moins charismatiques qui avaient servi un Dieu auprès duquel leur âme s'était réfugiée et que les fidèles attendaient encore. En ressortant de la crypte ils s'étaient assis sur un banc en bois de tilleul pour admirer la coupole et prier un moment. Tout était grandiose. Ils avaient du mal à détacher leur regard des fresques. Les chapelles étaient plus belles les unes que les autres.

Tiberio était perdu dans ses pensées. Après avoir admiré la façade de la basilique il tourna les talons et se décida à rentrer chez lui. La journée avait été éprouvante. Pour se remonter le moral il prévoyait déjà d'emmener Flavio manger une grosse pizza en espérant que le chef ne la laisserait pas racornir dans le four comme la dernière fois. Alors qu'il désserrait le noeud de sa cravate rouge à pois, il entendit son téléphone portable sonner. C'était Marcella qui l'appelait pour lui dire qu'elle l'invitait à dîner avec Flavio. Elle prévoyait de leur concocter quelques antipastis. Un prélude à une pizza au Gorgonzola. Finalement, la soirée s'annonçait bien meilleure qu'il ne l'avait imaginé.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 85 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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07/12/2012

A la conquête des chiffres...

Tiberio venait de recompter deux fois le montant des inscriptions mais il ne trouvait pas la même chose que sa secrétaire. Il tenta de localiser le problème. Il n'allait quand même pas passer trois jours là-dessus. Heureusement, les notes de frais du doyen de la fac tombaient juste. Mais il lui restait encore à vérifier les factures des fluides et les recettes du restaurant universitaire. 

L'erreur de calcul se tranforma peu à peu en cauchemar. Plus il recomptait, moins il s'approchait du montant trouvé par la secrétaire. Voyant qu'il n'arriverait à rien il décida d'aller s'aérer les méninges et se dirigea vers le distributeur. Il commanda à la machine un thé glacé. Les touches, reliées à un invisible mécanisme, lui jouèrent un mauvais tour. Au lieu d'un thé glacé, il obtint un yaourt aromatisé au citron. Cela aurait provoqué habituellement une certaine hilarité chez lui mais ce jour-là, il n'était pas d'humeur à rire. Il se dit qu'un yaourt ne lui donnerait pas  plus que du thé la solution du problème. Il l'aiderait au mieux à passer l'après-midi sans avoir trop faim. La diète qu'il suivait depuis deux semaines était difficile. Une période dont il se serait bien passé si le médecin ne l'avait exigé.

La mort dans l'âme il repartit à la conquête des chiffres qui depuis quelques heures étaient l'unique objet de ses pensées. Avait-il additionné deux fois le même nombre ou bien avait-il multiplié un montant par inadvertance?

Ce texte a été rédigé pour l'édition 84 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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