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22/08/2025

La machine à écrire #14

Elle ressemble à madame Meillant. Il me semble bien que c'est elle. Et moi qui pensait être tranquille au fin fond du Finistère pour passer quelques jours de vacances! Loin de mon cabinet, loin de mes patients, à savourer quelques moments sans avoir à poser un diagnostic, à prescrire des antibiotiques et à rédiger des certificats de décès. Parce qu'à Médréac j'ai plus de patients âgés que de jeunes gens. Les anciens n'ont pas envie d'être coupés de leur environnement, d'être coupés du lieu qui les a vus naître. Ils veulent rester le plus longtemps possible chez eux; au diable la maison de retraite! Et surtout, ils n'ont pas vraiment les moyens d'y aller à la maison de retraite. Les jeunes, ils s'enfuient à la ville. Médréac, ça ne les fait pas vraiment rêver. 

Elle est en train de se faire malmener par un pêcheur du cru qui semble lui disputer la table où elle s'est installée. Il a l'air d'être un habitué du lieu. Je ne sais pas ce qu'elle lui a dit mais j'entends qu'il la traite de "cruche bornée". Il est tout rouge et on dirait que de la fumée va lui sortir par les oreilles. Pourvu qu'il ne fasse pas une attaque. M'est avis qu'il ne boit pas que de l'eau quand il vient ici. Le patron sort du comptoir et fait remarquer à madame Meillant que la table est réservée. Elle a l'air piqué et semble furieuse. Elle se lève et ramasse ses affaires. Je me planque derrière mon journal. Manquerait plus qu'elle me reconnaisse et vienne faire la causette...

Exercice tiré du n°4 de La Machine à Ecrire: point de vue interne (2ème personnage, secondaire). Faites vivre l'histoire à travers un personnage périphérique. Peut-être un témoin ou un acteur passif de l'événement. 

19/08/2025

La machine à écrire #13

Elle est jolie mais quelle bique!, pense Michel. Elle ressemble à Audrey Hepburn dans je ne sais plus quel film... Elle se croit tout permis avec ses airs de madame: petit tailleur, chignon dont pas un cheveu ne dépasse, petit sac à main de marque, énorme bague de fiançailles juxtaposée à l'alliance. La caillou a dû coûter un bras. Non, il a dû coûter les deux bras, vu sa grosseur. 

Le patron aurait pu lui dire que c'était ma table. Mais il est trop occupé à faire la causette avec Martine; et à mater son décolleté. Il ne peut pas s'empêcher de draguer toutes les filles qui se baladent en mini-jupe et les nibards à l'air.

Mais c'est qu'elle insiste. Et en plus elle me traite de "vieux schnock". Non mais elle se prend pour qui l'aristocrate! Elle va voir un peu qui c'est qu'est maître en son pays: "espèce de cruche bornée!" Si elle n'est pas contente elle n'a qu'à passer ses vacances à Paris. Et le serveur qui ne bouge pas... Il a pourtant bien vu qu'elle s'est assise à ma place. Le patron bouge du comptoir, c'est pas trop tôt! Il lui dit que la table est réservée. Alors, ma petite dame, on fait moins la maline là, se dit-il en la regardant embarquer ses affaires à la va-vite et se ruer dans la rue.

Exercice tiré du n°4 de La Machine à Ecrire: point de vue interne (1er personnage principal): placez-vous dans la tête du personnage directement impliqué dans l'événement. Que ressent-il? Que pense-t-il? Comment perçoit-il les autres? 

03/12/2017

Une douleur au coeur

Le soleil jouait avec les vitres de la serre qui ressemblait à une gaze concave taillée dans le verre et l'acier. La chaleur y était douce en ce début de printemps. Charles s'arrêta un instant. Les paupières closes, le sécateur dans la main droite, une rose dans la gauche, il goûta les rayons de l'astre qui se dispersaient en mille éclats à l'intérieur.

Il revît Hortense près du rosier duquel il avait détaché la fleur, vêtue d'une robe blanche aux dentelles fines et gracieuses.  Elle parlait et souriait à quelqu'un qu'il ne voyait pas. C'était il y a longtemps. Une éternité. De cette journée il avait conservé une douleur au cœur, celle d'une épine de rose, restée fichée dans l'organe qui préside aux sentiments. Et depuis ce jour Charles n'avait plus jamais ressenti cette sensation de battements qui s'accélèrent et résonnent jusque dans les tempes, cet émoi qui l'avait envahi lorsque la belle Hortense était apparue dans le jardin.

Aujourd'hui il était vieux. Le patron le rappellerait sans qu'il n'ait la possibilité de revoir Hortense. Les rosiers, eux, s'épanouissaient en attendant d'accueillir d'autres jeunes gens.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n° 286 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, d'Emma Jane Browne, n'est pas libre de droits non plus.

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