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04/09/2026

Ecriture créative #7

La photo de la femme au manteau de loutre accrochée dans l'entrée me fit vaciller. Cette femme ressemblait trait pour trait à l'inconnue du quai de Javel croisée quelques jours plus tôt alors que je rentrais chez moi. Etait-ce mon imagination qui me jouait des tours? A moi le prof de lettres à la vie bien rangée? On dit que la solitude des professeurs est infinie. Oui, c'est vrai. Mais dans mon cas c'est une solitude choisie. 

Cependant je m'interrogeai sur cette coïncidence. Qu'est-ce que l'univers essayait de me dire? Cherchait-il à bousculer mon célibat? J'étais bien obligé d'avouer que cette femme était très jolie. Et elle avait éveillé en moi un certain désir. Désir enfoui depuis des décennies. Un désir que j'avais volontairement chassé pour ne plus avoir à souffrir. Les années qui avaient suivi mon divorce avaient été difficiles, pensant à l'époque que je ne m'en remettrais jamais. A chaque occasion, autour d'un café avec des amis, je faisais la chronique d'un royaume perdu. La chronique de cette vie maritale que j'avais idéalisée et chérie.

Et puis le temps avait passé... J'avais enfoui l'idée de rencontrer quelqu'un, de tout recommencer. J'étais heureux de ma vie. Heureux jusqu'à ce que je croise cette femme. On ne mesure jamais la force de ceux qui nous frappent. Et elle, elle m'avait frappé en plein coeur, en pleine tête, en pleine poitrine. Ce n'était pourtant pas la première jolie femme que je croisais depuis toutes ces années. Il y avait sans doute eu plusieurs alertes auxquelles je n'avais pas prêté attention. Un peu comme lorsqu'on entend quelqu'un siffler un matin. On n'y fait pas attention. Puis, un peu plus tard dans la journée une deuxième personne se met à siffler. Et ainsi de suite. Et ce n'est qu'au moment où l'on entend le septième siffleur que notre cerveau réagit. Et le mien a réagi à cette belle inconnue. 

Proposition 324 du site Ecriture créative tenu par Nanou: logorallye de rentrée; placer dans le texte ces six titres de la rentrée littéraire Le septième siffleur, La solitude des professeurs est infinie, Ceux qui nous frappent, Chronique d'un royaume perdu, La femme au manteau de loutre, L'inconnue du quai de Javel

14/08/2026

La machine à écrire #32

Je me souviens de son rire. Le rire irrépressible d'un homme heureux; d'un homme amoureux. D'autres que moi auraient pu le confondre avec un rire bête. Mais moi je savais. Parce que j'étais dans le même état. Cet état d'ivresse douce qui me faisait rire et sourire à n'importe quoi. Une sensation de bien-être inexplicable. Ou si. Expliquée par la libération de dopamine et d'ocytocine. 

Nous étions ivres de bonheur et sur un nuage. Mais nous n'en avons rien dit. Je ne lui en ai rien dit. Les autres seulement me trouvaient bien joyeuse. 

L'amour ne rend pas bête. L'amour rend joyeux. 

Exercice tiré du n°9 de la Machine à Ecrire et légèrement modifié: écrire pour rire et pour faire rire. 

07/08/2026

La machine à écrire #31

Je suis... curieuse, tenace, espiègle, juste, honnête, créative, écrivaine, de mars, à l'écoute, parfois impatiente, gourmet, trop gentille, libre, toujours parfumée, débrouillarde, aquarelliste.

Je ne suis pas... extravertie, à la mode, mariée, du sud, sportive, urbaine.

Exercice tiré du n°9 de la Machine à Ecrire: la listographie ou l'art de se raconter en faisant des listes.

17/07/2026

Ecriture créative #6

La montée des eaux apporte trésors et vieilles reliques sur la plage. Des objets divers et variés. Récemment j'ai trouvé des livres putréfiés, un casque de moto, un saxophone tout rouillé et un beau spécimen de bois flotté. Il est en forme de "s". D'où provient-il? De quel continent s'est-il détaché? Il est lisse, poncé par la salive des marées. A-t-il beaucoup voyagé? Quels courants l'ont poussé? Je me suis demandé ce qu'il avait enduré avant de s'échouer. 

Bercé par les flots, secoué par des tempêtes, durci par des températures extrêmes... Quelle vie a-t-il mené avant de se retrouver sur ma plage? Peut-être a-t-il connu la vie de château, chambranle d'une porte dans un donjon, ou bien potence au milieu des fortifications.

Combien de saison a-t-il passé dans l'eau, brûlé par le soleil, asséché par le vent, pied-à-terre de quelques oiseaux? Il a dû croiser bien des chemins, bien des marins et de bateaux, trimarans et cargos. Balloté de mers en océans... Quel voyage!

Comme lui j'ai parcouru des mille marins à en avoir la tête retournée. J'ai largué les amarres à 17 ans et je n'ai jamais cessé de naviguer jusqu'à me retrouver sur cette côte qui m'a émerveillée. J'ai trouvé mon port et je ne veux plus le quitter. J'ai couru le monde et c'est maintenant lui qui vient me visiter.

J'ai emporté le morceau de bois flotté. Nous faisons connaissance. Il a bien des histoires à me raconter.

Proposition 321 su site Ecriture créative tenu par Nanou: le souffle du bois flotté.

03/07/2026

La machine à écrire #29

Le meurtrier pourrait être un de ces trois là. La bonne réputation de la parfumerie ne met pas le patron au-dessus de tout soupçon. Au dire des autres employés il couvait du regard la jeune femme et était toujours prêt à la raccompagner si elle terminait plus tard. Peut-être lui a-t-il fait des avances répétées et, lasse, elle a fini par se laisser amadouer par cet homme patient et aux bonnes manières? Bien sûr cela n'explique pas sa disparition d'il y a quelques mois. L'aurait-il séquestrée? Ou bien aurait-elle accepté ses avances et, honteuse de s'être comportée si frivolement, elle avait eu honte de revenir à la parfumerie? Parfumerie qu'elle avait finalement accepté de réintégrer suite aux supplications du patron lui-même parce qu'elle était une de ses meilleures vendeuses?

J'ai appris que son collègue Marcel n'appréciait pas le jeune homme qui la courtisait. Un dénommé François Duchamp. Peut-être Marcel était-il jaloux? Le jeune garçon est fleuriste aux Halles et habite le même immeuble qu'elle. Il venait régulièrement l'attendre devant la parfumerie à l'heure de la fermeture. Un type honnête ce Duchamp d'après sa logeuse et ses collègues. Travailleur et ponctuel. Le dimanche ils allaient se promener au jardin des Tuileries nous a dit un de leurs voisins. Ils ne se cachaient pas. Pourquoi aurait-il voulu la supprimer? Aurait-elle mis fin à leur histoire, douchant les espoirs d'un avenir commun formulé par le jeune homme? Ou bien avait-il eu des soupçons sur la sincérité de la jeune femme? Avait-il eu vent du comportement de son patron?

Marcel a lui aussi un mobile. La jalousie fait parfois faire des choses insensées. À la boutique il s'occupe principalement des messieurs mais il aide régulièrement au rayon des femmes. Plusieurs employés ont remarqué qu'il tournait autour de la jeune femme. Il se dit qu'il en pinçait pour elle. A-t-il fait des avances à la jeune et jolie vendeuse? L'a-t-elle éconduit? Qui sait si pour se venger il ne l'a pas retenue prisonnière quelque part avant de se rendre compte que ce n'était pas en la forçant qu'il obtiendrait ce qu'il voulait d'elle? Et comment a-t-il pu acheter son silence? À combien s'élevait-il? Le faisait-elle chanter?

Je vais convoquer à nouveau le patron et l'employé. Nous verrons bien s'ils nous livrent toujours la même version.

Exercice tiré du n°7 de La Machine à Ecrire et légèrement modifié: en 1881, une jeune femme très belle, employée dans une parfumerie parisienne du Palais Royal disparaît quelques jours avant de réapparaître sans donner aucune explication. Elle s'évapore une seconde fois près de cinq mois plus tard. Cette fois-ci elle retrouvée morte dans la Seine. En s'inspirant de la nouvelle d'E. A. Poe Le mystère de Marie Roget, inventer trois personnages susceptibles d'être le meurtrier de la jeune femme. 

24/03/2026

La machine à écrire #28

Une goutte, puis deux, et bientôt des milliers. Seule, la goutte est insignifiante. Mais par milliers - par milliards - elles créent une autre entité. Unies, elles ont cette capacité à modeler leur apparence, leur forme. Elles déplient sur l'horizon un voile plus ou moins dense. Un voile qui bouge au gré des vents et des courants atmosphériques. 

Alors le paysage s'humidifie, luit de nouveaux reflets, absorbe le liquide à petite ou grande vitesse. Tantôt fines, tantôt énormes, parfois semblables à des hallebardes, elles enveloppent et défont, font grossir et déborder, et martèlent les terres asséchées. Pendant des jours, des semaines, des mois, elles nourrissent, remplissent, abreuvent - et parfois noient - jusqu'à ce que les cieux aient fini de pleurer. 

Exercice tiré du n° 7 de La Machine à Ecrire: écrivez à partir d'une image fluide: pluie, rivière, mer, brouillard... 

10/03/2026

Ecriture créative #4

Il y a quelque chose qui me tient debout, et ce n'est pas ce que l'on croit. Plusieurs fois ils m'ont demandé. Ils voulaient savoir ce qui me faisait venir chaque jour, ce qui me motivait à pousser la porte de la mairie tous les matins. J'ai souri. Après tout, qu'ils pensent ce qu'ils veulent: que c'est parce que je m'ennuie, parce que je veux ma part de célébrité, ou parce que je souhaite imprimer mon empreinte sur la vie du village. Certains - moins nombreux sans doute et sûrement plus proches de la vérité - diront que c'est par goût de la chose publique, de l'engagement et du service. Ce n'est pas faux. Cependant ils sont loin du compte.

Ce qui me tient debout lorsque je suis à la mairie - ce qui me tient debout dans ma fonction de premier édile, malgré les difficultés liées à celle-ci -, c'est le cadre posé en évidence sur mon bureau. Aucune décision n'est facile à prendre et lorsque je doute, lorsque j'hésite, je regarde le cadre, et surtout la photo qu'il contient, les personnes qui y figurent. 

Les projets et les actions sont débattus - et votés pour la plupart - mais lorsque je prends un arrêté interdisant l'accès à une portion du chemin côtier, lorsque  j'autorise une construction, lorsque j'avance des solutions pour protéger la nature, c'est moi qui suis responsable. C'est mon nom qui figure au bas des documents. Et à chaque fois je pense à eux. 

Parfois les décisions que nous prenons vont dans une direction qui ne nous est pas familière, que nous découvrons au fur et à mesure. Parce que nous devons agir dans l'intérêt du plus grand nombre, choisir pour le bien commun et délibérer pour se conformer à la loi. Je ne suis pas seul à prendre toutes ces décisions mais si un problème survient c'est moi que l'on montre du doigt. Soldat de première ligne. Un soldat qui sent le regard exigeant des personnes figées sous le cadre de verre. Des personnes exigeantes mais qui sont aussi son meilleur soutien. 

Je ne veux pas les décevoir. J'agis pour qu'ils soient fiers de moi, pour que dans quelques années - quand je ne serai plus - ils n'aient pas à rougir de mon action au sein de cette commune où ils ont accumulé tant de souvenirs. Qu'ils n'aient pas honte de ma conduite. Je veux qu'on les arrête dans la rue pour leur parler de ce que j'ai fait pour le village et des valeurs qui m'ont animé. J'aimerais qu'on leur dise que j'étais un homme équitable, honnête, et en qui on pouvait avoir confiance. Un homme sans ambition mais avec de vraies convictions. 

Proposition 314 du site Ecriture créative tenu par Nanou: ce qui me tient debout.