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06/07/2017

En présence de Schopenhauer - M. HOUELLEBECQ

michel houellebecq,en présence de schopenhauer,livres,essais,littérature,philosophie,actu,actualitéUn homme plein d'esprit, jusque dans la solitude la plus profonde, trouvera dans ses propres pensées et ses fantaisies une distraction parfaite, tandis que le changement continuel apporté par la société, les spectacles, les promenades, les fêtes sera incapable de repousser l'ennui qui torture l'imbécile. Un caractère bon, modéré, paisible peut être satisfait dans l'indigence, pendant que toutes les richesses ne sauraient satisfaire un caractère avide, envieux et méchant.

Je n'avais rien lu de Schopenhauer jusqu'à aujourd'hui. Enfin, il se peut que j'aie lu des textes de cet auteur mais je ne m'en rappelle pas. Mes cours de philo sont très loin et pour tout dire cette matière ne m'a jamais vraiment passionnée. L'œuvre de ce brave Arthur est donc tombée dans les oubliettes de ma mémoire. Ceci étant éclairci, ce n'est pas parce que cette matière ne m'a jamais passionnée qu'elle ne m'intéresse pas. Et je me suis dit que l'analyse faite par Houellebecq de certains passages du Monde comme volonté et comme représentation et des Aphorismes sur la sagesse dans la vie était une façon de renouer avec cette discipline.

Ce ne fut pas une lecture facile. Les phrases des extraits choisis sont longues, à tiroirs. On perd vite le fil si l'on n'y prend pas garde. Le sujet n'est pas simple non plus, me direz-vous. Personnellement, j'ai aimé passablement les quatre premiers chapitres (notamment les trois premiers) où il est question du Monde comme volonté et comme représentation. Les chapitres 5 et 6, où Houellebecq commente les Aphorismes sur la sagesse dans la vie, m'ont davantage intéressée. Il y est question de la conduite de la vie à travers ce que nous sommes - des êtres pétris de désir - et ce que l'on a - à savoir une indépendance financière et des forces intellectuelles supérieures, lesquelles, combinées devraient permettre à celui à qui elles échoient de mener à bien des œuvres pour le bien de l'humanité. Et que celui qui ne s'en donnerait pas la peine - celui pourvu de la fortune et de telles capacités - serait, selon Schopenhauer, un "fainéant méprisable".

Une vraie philosophie de vie, en quelque sorte, en mettant l'accent sur le fait que les capacités intellectuelles, selon lui, ne sont pas réparties également parmi les individus; que celui qui a une individualité riche et qui a un esprit supérieur est sans aucun doute plus heureux que celui qui n'a pas un tel don. Plus il possède en lui-même, moins il peut trouver dans les autres hommes et leurs activités une grande satisfaction.

Je ne sais pas si je vous ai donné envie de lire Schopenhauer mais entrouvrir la porte qui me séparait de la philosophie (porte trop longtemps fermée) m'a permis de me questionner un peu plus sur le sens de la vie et des enjeux de celle-ci.

En présence de Schopenhauer - Michel HOUELLEBECQ - Editions de L'Herne - 2017

25/06/2017

Les dimanches poétiques (202)

"Lorsqu'il se retire dans la réflexion, l'homme ressemble à un acteur qui vient de jouer sa scène et qui, en attendant la suivante, va prendre place parmi les spectateurs, d'où il contemple le déroulement de l'action, fût-ce les préparatifs de sa mort, avant de revenir pour agir et souffrir, comme il le doit."

Arthur SCHOPENHAUER Le Monde comme volonté et comme représentation in En présence de Schopenhauer de Michel HOUELLEBECQ

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21/06/2017

Vive les voyages en train!

Je ne vous dis pas mon plaisir de voyager en train. Pas besoin de suivre la route et de contrôler constamment la vitesse de l'engin. Un vrai bonheur. Je peux tout à loisir admirer le paysage et surtout... je peux lire sans culpabiliser. N'emportant jamais mon notebook, et me connectant rarement à Internet avec mon téléphone portable, j'ai tout le loisir de dévorer des pages. Je n'ai rien d'autre à faire. Pas de lessive à étendre, pas de linge à repasser, pas de poussière à éliminer... Si je pouvais je passerais ma vie dans les trains, sillonnant de long en large la France, et même l'Europe, rien que pour m'adonner à la lecture.

Je descends prochainement dans le sud en TGV et je peux vous dire que je me fais une joie de ce voyage (même si le fonctionnement de la SNCF m'a souvent exaspérée!). Deux lectures m'accompagneront: Alabama Song de Gilles Leroy (livre ayant reçu le prix Goncourt en 2007) et les Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, déjà lues mais dont je ne me lasse pas (et aussi pour retrouver l'accent chantant et les couleurs de Provence avant l'heure). J'emporterai également deux numéros du 1Hebdo que je n'ai pas encore eu le temps de parcourir. (Il faut de quoi meubler les cinq heures de voyage...)

Moi je dis, vive le train!

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18/06/2017

Perdue

Elle était perdue. Oui, bel et bien perdue au milieu de nulle part. Il n'y avait que de la végétation à perte de vue. Champs de blé et forêt la narguaient. Et cette route! Des pavés depuis dix kilomètres avec ce même alignement d'arbres. Des platanes qui se succédaient sans fin.

Sarah n'avait croisé personne depuis déjà un bon moment. Même dans les rétroviseurs il ne se passait rien. Pourquoi avait-elle accepté de participer à cet atelier d'écriture organisé pour marquer le début de l'été? Qui plus est dans un trou perdu à plus de cent bornes de chez elle. Si seulement le voisin avait refusé de garder Toby elle aurait eu un prétexte pour annuler. Mais non, le voisin s'était fait une joie de veiller sur son chien. "Ne vous inquiétez pas, tout ira bien. Pas vrai Toby?"

Une fois sortie de Martigny elle s'était fiée à la carte qu'elle avait emportée plus qu'aux panneaux de signalisation mais cela n'avait pas suffi à la mener à bon port. Le plateau suisse était vaste et les routes zigzaguaient entre les ramifications du Rhône. Elle se demandait si Vionnaz n'était pas une localité imaginaire à laquelle on accédait en empruntant un rêve. "Dans trois kilomètres tournez au carrefour de l'imagination." Une belle entrée en matière pour l'atelier qu'elle devait animer et un bon thème de réflexion.

La jauge indiquait que son réservoir commençait à se vider sérieusement. Elle n'aurait jamais dû s'embarquer dans ce périple avec la 4L. La voiture n'était pas confortable et était poussive dans les côtes. Mais Sarah s'était promis de faire un crochet par Montreux chez l'oncle qui lui avait filé la bagnole pour lui montrer qu'elle en prenait soin. Mais pour le moment ce n'était pas sa priorité. Il fallait déjà qu'elle ait assez de carburant pour atteindre Vionnaz...

Textes précédents: N°7, N°8, N°9, N°10

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°272 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits.

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11/06/2017

Les dimanches poétiques (201)

"Si la guerre avait appris quelque chose à la jeune fille, c'était à ne rien tenir pour acquis: il n'était jamais prudent de repousser ce qui vous importait. La vie pouvait vous arracher ce que vous chérissiez, et il n'y avait alors plus aucun moyen de le récupérer. C'est ainsi que grandit en elle un sentiment d'urgence, un besoin de saisir une occasion. Avant tout le monde." 

M. L. STEDMAN Une vie entre deux océans poésie,littérature,lecture,une vie entre deux océans,actu,actualité

09/06/2017

Les romans ont-ils du pouvoir?

Je naviguais sur Instagram il y a quelques jours et j'ai découvert sur un compte la Une du 1Hebdo. Y figurait le Bibliothécaire, portrait anthropomorphe d'Arcimboldo, avec un titre pour le moins insolite: Les romans ont-ils du pouvoir? La question m'a interpellée. Est-ce qu'un livre, qui plus est un roman, peut avoir un impact sur le cours des choses, et plus largement, peut changer le cours du monde? Curieuse de savoir comment le sujet avait été traité, je me suis empressée d'acheter le journal.

Les regards croisés de plusieurs auteurs sont proposés. Ainsi, Kamel Daoud explique que selon lui le roman peut avoir un impact que l'on vive en démocratie ou dans une dictature. Il peut changer un esprit en bien ou en mal. Un roman peut être à double tranchant.

Boualem Sansal est lui aussi dans la nuance, jugeant la littérature à la fois inutile et essentielle, dans le sens où elle ne peut rien (et qu'on gaspille des arbres pour imprimer des livres) mais en mettant en avant la centaine de livres qui a transfiguré le monde comme les textes religieux, les grands textes politiques ou linguistiques, et les grands auteurs tels Dostoïevski, Shakespeare, ou encore Dante. Il se désole par ailleurs de l'état de la littérature contemporaine qui, selon lui, dure (pour les meilleurs romans) une saison mais ne propose pas de réels chefs-d'oeuvre.

Un autre regard intéressant est celui de Michel Houellebecq, rapporté par la journaliste Aude Ancelin. Pour l'auteur de Soumission le "roman est toujours ambigu". D'après lui, si l'auteur est bon, "il est d'accord avec tous ses personnages, il plonge dans une espèce de relativisme généralisé". Houellebecq considère qu'un roman ne peut pas changer le monde contrairement à "des propos idéologiques purs, sans personnages, ni complications de ce genre".

Après lecture de presque la totalité des articles je constate que la question est loin d'être tranchée. Mais, comme Carole Martinez (auteure de trois romans dont l'excellent Du domaine des murmures paru chez Gallimard), j'aurais tendance à penser que le roman n'impose rien. Il nous permet simplement d'explorer des possibles, de vivre d'autres vies, d'éprouver une multitude de sentiments, d'émotions et de sensations. C'est par ailleurs un regard sur notre monde, sur la société à un moment T. Il consigne les évolutions de notre temps. Le roman, quoi qu'on en dise, permet de s'ouvrir à l'autre, de réfléchir. Et imperceptiblement, il nous influence. Pas au point de changer le cours du monde, j'en conviens. Mais tout de même. Plutôt que de dire que les romans ont du pouvoir je dirais plutôt qu'ils ont un certain pouvoir.

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04/06/2017

Les poissons viendront se restaurer

Il me reste encore assez d'oxygène dans les poumons pour distinguer une étoile de mer et un pied de corail lorsque ma tête touche le fond. Je me suis débattue mais personne ne m'a vue. J'ai bu plusieurs fois la tasse et mon corps a été aspiré par la profondeur. Je ne savais pas que les fonds marins pouvaient être aussi beaux. Cette dernière vision c'est ma cigarette de condamnée. Je me suis toujours imaginé que c'était sombre là-dessous et peuplé de créatures plus monstrueuses les unes que les autres.

Il fait froid. Beaucoup plus froid qu'à la surface de la mer. Mes membres s'engourdissent. Mes poumons se remplissent peu à peu d'eau. Le corail est rose poudré. Sa couleur n'a rien à envier aux chamallows que tante Jane a achetés. Mes téguments seront bientôt bleus. Je suis en hypoxie. Dans quelques secondes mon cerveau sera hors service. L'étoile de mer me prendra pour une pierre et les poissons viendront se restaurer.

Ni Peter ni David ne m'a vu trébucher. Ils nageaient plus loin. Je vois le médecin légiste devant mon cadavre, l'air blasé. Son autopsie révélera une cyanose, le développement de spume sur les voies respiratoires, une langue protuse, des yeux exorbités, et une peau ansérine. Il conclura à une mort par noyade.

Un bruit strident arrive à mes oreilles. J'aspire une grande bouffée d'air et j'ouvre les yeux. Je cherche la provenance du bruit. Je me tourne vers lui et vois un signal lumineux. Le réveil vient de me ramener à la vie...

Textes précédents: N°1, N°2

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°270 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo n'est pas libre de droits non plus.

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