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05/03/2017

Drôle de rêve

Cela commençait toujours de la même façon: une petite fille aux traits asiatiques et une biche qui lui léchait les doigts. Sarah l'avait rêvé cent fois. Elle appréhendait de plus en plus le moment de se mettre au lit. Elle avait peur d'être réveillée par les cris. Ses propres hurlements en fait.

La scène se déroulait au milieu d'une clairière. L'enfant, assise sur une grosse pierre, semblait avoir apprivoisé l'animal. Puis, arrivait d'autres biches, des cerfs, et par un inexplicable enchantement de gigantesques incisives poussaient sur les mâchoires des bêtes. La petite fille était dévorée après avoir été déchiquetée comme une vulgaire poupée de chiffon. Sarah se débattait dans son lit en hurlant pour essayer d'empêcher le massacre. Elle se réveillait à bout de forces et en sueur.

Ses nuits étaient agitées et elle ne cessait d'y penser durant la journée. Sarah ne savait pas quelle signification donner à ce rêve. Elle avait cherché des explications. Son dictionnaire des rêves et des symboles donnaient quelques informations. Selon les auteurs la biche était un symbole mystique caractérisant l'union sexuelle du Ciel et de la Terre. Elle n'était pas vraiment avancée avec ça... Elle était par ailleurs persuadée qu'elle ne s'en débarrasserait pas tant qu'elle ne comprendrait pas le message qui y était dissimulé.

Elle était tellement épuisée par ses nuits qu'elle piquait du nez l'après-midi. Ses paupières étaient lourdes. Pas moyen de les maintenir ouvertes. Elle s'endormait sur sa chaise, juste après le déjeuner. C'était généralement Toby qui la réveillait une heure plus tard. Il aboyait pour aller dans le jardin.

La maison qu'elle avait rachetée était un peu isolée mais Sarah ne craignait pas d'être attaquée. Elle pouvait compter sur son chien pour la protéger. Elle avait aussi changé toutes les serrures quand elle avait emménagé. Il n'y avait certes pas de clôture autour du chalet mais il était difficile d'y accéder sans emprunter le chemin. De la fenêtre de la cuisine elle voyait très bien si une voiture ou quelqu'un s'y engageait.

Cependant, ce jour-là, elle ne vit personne approcher. Ce furent les aboiements de Toby qui l'alertèrent. Le chien tournait autour d'un homme qui marchait vers la maison...

Textes précédents: N°1, N°2, N°3, N°4, N°5 

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°256 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Vincent Héquet, n'est pas libre non plus.

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19/02/2017

Les dimanches poétiques (194)

"A Moustiers, sous le commandement de la  chapelle d'Entre-Roches, rivée à sa falaise, je bus un double café noir et tombai sur le quotidien La Provence. Oh! la tristesse des titres! Et que je massacre les adorateurs du soleil en Irak, et que je détruise un temple grec, et que je foute du pétrole dans la mer profonde et bleue que barattent les baleines en sautant bizarrement. L'homme manquait de tenue. L'évolution avait accouché d'un être mal élevé et le monde était dans un désordre pas croyable."

Sylvain TESSON Sur les chemins noirs

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18/02/2017

Qu'est-ce qui lui avait pris?

C'était la première fois qu'il franchissait la frontière depuis sa disparition, trente ans plus tôt. Il s'était pourtant promis de ne jamais succomber à la tentation de revoir les siens, ne serait-ce qu'une fois. Qu'est-ce qui lui avait pris? Qu'espérait-il en remettant les pieds à Combloux? Il était mort et on ne croyait pas beaucoup aux revenants dans la région. Au mieux son retour susciterait l'incompréhension. Si, toutefois, quelqu'un arrivait à le reconnaître... Il avait bien changé. Sa silhouette avait épaissi. Ses cheveux avaient tellement foncé que personne ne le croyait quand il disait qu'il avait été blond petit. Il portait maintenant des lunettes ainsi que des verres de contact de couleur verte. Même pas sûr que son père le reconnaisse.

Envoyer ces cartes avaient été une folie, une lubie. Des lettres jetées au vent. Il n'avait donné ni mention du lieu où il vivait, ni de détails sur sa vie. Quel intérêt d'écrire à un père qui l'avait enterré? A quoi bon remuer le passé? Il se demandait cependant si son demi-frère était au courant pour les cartes. Baptiste n'avait que sept ans quand il était parti. Il avait dû vivre les heures affreuses où on avait annoncé à son père que son fils aîné ne reviendrait pas. Ou si, mais entre quatre planches bien scellées.

Le trajet de Courmayeur à Chamonix avait duré une vingtaine de minutes. Il lui fallait maintenant aller à la gare ferroviaire et attraper le train pour Sallanches qui le déposerait à Saint-Gervais-les-Bains. Il aimait ces petites gares de montagne. Rien à voir avec les grandes gares romaines, impersonnelles et où tout le monde courrait. Il avait un vague souvenir de Chamonix. Beaucoup de magasins s'étaient ouverts et ceux qui existaient déjà à son époque avaient subi de nombreuses modifications. Il eut du mal à reconnaître le bourg. Les hôtels avaient fleuri et la clientèle semblait plutôt aisée. Son cœur se serra quand il imprima son billet de train. Seulement trente kilomètres le séparaient de Combloux.

Simon Vittoz dormirait ce soir tout près des siens. Du moins le pensait-il...

Textes précédents: N°1, N°2, N°3, N°4

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n° 254 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Julien Ribot, n'est pas libre de droits non plus.

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12/02/2017

Son regard vagabondait sur la ligne d'horizon

Baptiste Vittoz s'était attardé près du lac après sa partie de squash. Les derniers rayons du soleil se dispersaient en milliers de perles sur l'eau et se reflétaient sur les cygnes qui barbotaient non loin des berges. L'un de ces majestueux volatiles s'avança vers lui. Il s'assit sur le quai pour se mettre à la portée de l'oiseau. L'air était enveloppant. Son regard vagabonda sur la ligne d'horizon luminescente.

Cette fin de journée offrait un spectacle magique. Le coucher de soleil promettait d'être magnifique. Le ciel et l'eau semblaient se caresser dans un corps à corps sensuel et plein de tension à la fois. Baptiste ne regrettait pas d'avoir fait un détour par le lac. Il y venait souvent ces derniers temps, notamment depuis qu'il avait fait du tri chez son père pour mettre la maison en vente. 

Ca n'avait pas été simple de tout vider. Son épouse n'avait pas voulu l'aider, lui précisant qu'il était hors de question qu'elle passe ses week-ends à Combloux. Il avait commencé par le garage puis, s'était attaqué aux différentes pièces du chalet. Il n'avait gardé que de rares objets et quelques courriers administratifs. Il avait terminé par la cuisine. C'est en vidant le vaisselier qu'il était tombé sur ce qui occupait son esprit depuis maintenant plusieurs mois. Ces cartes, cette écriture... Il ne la connaissait que trop bien. Mais lorsqu'il avait vu les dates auxquelles ces courriers avaient été envoyés il s'était dit que tout cela n'était qu'une plaisanterie, que quelqu'un se jouait de lui. Comment une personne décédée depuis trente ans aurait pu les expédier? Cela était impensable et défiait la raison. Baptiste avait l'impression de devenir fou. D'ailleurs ses proches trouvaient qu'il n'était plus le même depuis quelque temps. Il semblait absent. Absent du présent et il errait souvent du côté du passé...

Textes précédents: N°1, N°2, N°3

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture n°253 Une photo, quelques mots initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Julien Ribot, n'est pas libre de droits non plus.

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05/02/2017

Un paquet enveloppé de papier Kraft

Sarah déplaça l'escabeau jusqu'à la table de berger. Elle voulait jeter un œil de suite au paquet qui avait été oublié. Elle prit son temps pour monter les trois marches et savourer le moment comme si elle allait tomber sur un trésor. Il ne s'agissait en fait ni d'un livre, ni d'une pochette mais d'un paquet de format A5 enveloppé de papier kraft, lequel était retenu par une solide ficelle. Le tout était assez lourd. Elle s'empara du paquet et redescendit les trois marches.

Aucune inscription ne figurait sur le papier Kraft mais une photo avait été glissée sous la ficelle. Le cliché semblait avoir été découpé. On y voyait le corps de deux personnes pratiquant le iaïdo. Elle se souvenait avoir lu quelque part qu'il s'agissait d'un art martial japonais qui consistait à dégainer un sabre et à couper dans le même mouvement. Elle se demanda ce que pouvait bien faire une telle photo sur la table de berger du père Vittoz. Si son fils l'avait vue, il l'aurait sans doute emportée. L'avait-il oubliée? Ou alors il l'avait sciemment laissée là, sachant pertinemment à quoi elle faisait référence...

Sarah se rappela le paquet et alla chercher un ciseau pour couper la ficelle qui entourait le papier kraft. Son contenu la laissa perplexe. Il s'agissait d'une liasse de cartes postales et de cartes de vœux toutes signées du prénom Simon. Elles étaient apparemment classées chronologiquement. L'enveloppe de la dernière, qui n'avait pas été ouverte, indiquait qu'elle avait été postée en juillet, soit deux mois après le décès de Pierre Vittoz. Pourquoi le fils ne l'avait pas lue? Sarah se fit la réflexion que c'était donc lui qui avait posé le paquet tout en haut de la table. Il avait décidé de ne pas les emporter mais pour quelle raison?

Elle se prépara un café et emporta toutes les cartes dans le salon. Elle en sortit une au hasard.

Noël 1989

Joyeux Noël et meilleurs vœux pour la nouvelle année.

Simon

Aucune enveloppe n'avait été conservée. Il n'y avait que la dernière qui indiquait dans quel pays elle avait été postée. Elle était partie d'Italie, Courmayeur. Seulement, l'expéditeur n'avait pas indiqué son adresse au dos. Sarah aurait dû s'attaquer depuis un moment à la rédaction du cinquième chapitre de son roman mais ces cartes occupaient trop son esprit. Elle ne pourrait reprendre l'écriture que quand elle saurait pourquoi Baptiste Vittoz ne les avait pas emportées et surtout  qui avait bien pu les envoyer...

 

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture n°252 Une photo, quelques mots initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo d'Emma Jane Browne n'est pas libre de droits non plus.

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29/01/2017

Les dimanches poétiques (193)

"Ho, mon gars! Réveille-toi! C'est la crise! Et alors! écoute les infos au lieu d'apprendre un métier, tu perdras moins ton temps!

De quoi? Tu ne comprends pas? Attends, bouge pas, chaton, on va te résumer la situation:

Tu es jeune, tu es Européen et tu es gentil? Eh bien, tu vas prendre cher, mon ami!

On te ressasse à longueur d'ondes que la dette de ton pays s'élève à cent mille milliards de dollars, que ta monnaie ne vaudra bientôt plus rien, que si tu ne sais pas parler le chinois, ce n'est même pas la peine d'essayer, que le Qatar est en train de tous nous racheter, que l'Europe, c'est fini, que l'Occident, c'est fichu et que la planète, c'est foutu."

Anna GAVALDA La vie en mieux

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20/01/2017

L'étrangère des Edelweiss

Le soleil semblait comme emprisonné dans la brume mais cela donnait un aspect magique au paysage. Sarah s'était arrêtée pour contempler l'horizon. La vallée était bouchée mais à Combloux le ciel était étonnamment clair. Il devait donc faire beau à Megève. A l'automne les touristes étaient peu nombreux et cela plaisait à Sarah. Elle pouvait profiter pleinement des chemins de randonnée et descendre faire ses courses à pied sans manquer se faire renverser par un gros 4X4.

Elle appela Toby et l'enferma dans la cuisine avant de fermer la porte d'entrée à clé. Puis, elle se dirigea vers le cœur du village, situé en contre-bas. Elle descendait environ deux fois par semaine. Une fois à pied, pour acheter les produits frais qui lui manquaient. Et une fois en voiture, pour faire un gros plein et rapporter tout ce qui était volumineux et qu'elle ne pouvait pas remonter à bout de bras. Aller à pied au village lui permettait aussi de faire un peu d'exercice. Quand elle avait un roman en chantier, elle faisait moins de balades avec son chien même si ces escapades lui insufflaient bien souvent des idées pour avancer dans la rédaction de sa prose.

Elle mit une demi-heure pour atteindre le centre. Elle ne s'était pas pressée, s'arrêtant régulièrement pour admirer les montagnes environnantes et faire quelques photos avec son mobile. L'air était frais mais il n'avait pas gelé. L'herbe était gorgée de rosée. Les arbres, dénudés, faisaient peine à voir. Seules quelques feuilles tenaient encore par miracle sur les branches mais elles seraient emportées à coup sûr par le premier coup de vent.

Lorsqu'elle entra chez le crémier Sarah sentit les regards se poser sur elle. Le patron et les deux clients qui se trouvaient dans la boutique la dévisagèrent de la tête aux pieds. Elle se pencha pour scruter la vitrine, faisant mine de ne pas avoir remarqué les regards insistants. Elle se sentait comme une étrangère dans le village. Cela faisait tout juste trois mois qu'elle habitait Combloux et elle ne connaissait pas grand monde. C'était la basse saison. A chaque fois qu'elle franchissait la porte d'un magasin, on la regardait bizarrement. Elle sentait qu'elle n'avait pas encore été acceptée par les habitants. De plus, son accent traînant ne faisait aucun doute sur ses origines. Beaucoup se demandait ce qu'était venue chercher une jeune femme Suisse en Haute-Savoie. Puis, le crémier ayant terminé avec les deux autres clients, il s'enquit de ce qu'elle voulait acheter.

- Vous désirez?

- Un morceau d'abondance, s'il vous plaît.  

- Vous habitez le village?... Ce n'est pas la première fois qu'on vous voie... 

- Oui. Depuis trois mois, répondit Sarah, surprise qu'un commerçant entame la conversation avec elle. Ils étaient plutôt du genre taiseux dans la coin et à mener leur petite enquête en douce.  

- Vous habitez dans le centre?

- Non, dans un chalet un peu excentré.

- Ah! c'est pas vous qu'avez racheté la bicoque à Pierrot? Les Edelweiss?

- Oui, oui, c'est ça.

- Un brave bonhomme le Pierrot. C'était à se douter que son fils garderait pas le chalet. Sa femme l'a jamais aimé. Elle le trouvait trop loin du centre. Madame est habituée à avoir tout sous la main à Annecy et préfère pavaner à Megève.

- Effectivement, j'ai racheté le chalet à Baptiste Vittoz, lança Sarah en espérant obtenir plus d'infos sur la vie passée du chalet et de ses habitants.  

- Un brave garçon, comme son père. Il vient nous rendre visite de temps en temps quand sa femme fait les boutiques chez les riches.

Sarah n'avait jamais vu la femme du fils, mais elle sentait qu'elle n'était pas appréciée des villageois. Et elle avait comme l'impression que Baptiste Vittoz avait été contraint par son épouse à vendre le chalet...

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°250 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo est de Valentine Goby et n'est pas libre de droits non plus.

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