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09/04/2017

Momo les bons tuyaux

- Pas si vite ma jolie!

Sarah fut prise au dépourvu. Elle n'avait pourtant remarqué personne dans le parking souterrain. Elle interrogea son interlocuteur du regard. Il avait une mine patibulaire, une clope aux lèvres, un bonnet vissé sur la tête qui laissait tout juste voir ses yeux.

- ?...

- C'est quoi le paquet que t'as essayé de refiler à ton rencart?

Le bonhomme avait de la pogne. Son bras droit était pris en étau. Il lui faisait mal ce con. La douleur était si vive qu'elle sentait les nausées monter. Elle aurait juré qu'il n'y avait pas âme qui vive quand elle était entrée. D'où pouvait sortir ce type? Il l'avait sans doute suivie. C'est vrai que ce n'était pas courant de se rendre dans un club de sport en tailleur et escarpins. C'avait dû l'intriguer. Il avait dû se planquer derrière un pilier du parking et l'avait observée faire le pied de grue. Si seulement Baptiste Vittoz avait accepté de reprendre les courriers qu'elle avait trouvés... Si elle disait la vérité à cette brute il lui rirait au nez. Lui expliquer toute l'histoire était impensable. Il fallait d'abord qu'elle trouve un moyen de se dégager. Les doigts du gars s'enfonçaient de plus en plus dans son deltoïde.

- C'est quoi votre nom?, demanda-t-elle, pour tenter une diversion et essayer de retrouver une certaine assurance.

- Momo. Momo les bons tuyaux.

- Dites-moi, Momo, qu'est-ce que vous faites à traîner dans un parking privé? Si le patron du club savait ça, à mon avis les flics viendraient faire une petite virée... Vous ne voulez pas d'ennui avec la police? Non, j'imagine. Vous êtes du coin, je me trompe? Vous avez bien une planque?... Le soir, vous dormez où?

Sarah avait vite compris qu'il ne fallait pas qu'il ait l'ascendant et assenait les unes après les autres ses assertions, ne lui laissant aucune chance de répliquer. Au fur et à mesure qu'elle parlait elle sentait les doigts de l'homme se relâcher. Elle attendait le bon moment pour s'éloigner.

- Et pourquoi on vous appelle Momo les bons tuyaux?

- Parce que j'ai du flair pour les affaires... et que je sais négocier.

Cette dernière phrase ne rassurait pas Sarah. Il n'allait pas la lâcher comme ça, le bougre. Puis, sans qu'elle n'ait le temps de s'en rendre compte, Momo se retrouva par terre, les quatre fers en l'air et le nez pissant le sang. Quelqu'un la tirait vers la sortie du parking, la forçant quasiment à courir. C'était un homme, les cheveux courts, aussi grand qu'elle. Sa démarche lui disait quelque chose...

Textes précédents: N°4, N°5, N°6, N°7

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°262 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo est de Kot et n'est pas libre de droits non plus.

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Les dimanches poétiques (197)

"Recevoir ces diapositives m'a rappelé les leçons que m'a enseignées le pôle Sud. Je ne sais toujours pas quel usage faire de cette sagesse. Peut-être en fin de compte n'ai-je rien appris qui puisse m'aider à vivre. Et que sais-je de la mort, alors que celle de ma mère plane constamment en suspens au-dessus de moi telle une ombre menaçante? Depuis l'Antarctique, je n'ai fait qu'attendre. Je n'ai pas eu le courage de vivre, par crainte de nouvelles blessures. Quand la confiance est brisée, difficile de la retrouver."

Karen VIGGERS La mémoire des embruns

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01/04/2017

Rendez-vous au sous-sol

Sarah n'aurait jamais dû accepter ce rendez-vous aussi tardif et qui plus est dans un sous-sol. Lorsqu'elle avait appelé Baptiste Vittoz pour lui parler des courriers qu'elle avait trouvés sur la table de berger il avait paru embêté. Elle avait prétexté une affaire à traiter à Annecy pour pouvoir lui rapporter. De son côté, il avait prétexté une partie de squash pour lui donner rendez-vous dans le sous-sol des salles de sport. L'endroit était peu éclairé. Peu de chances que quelqu'un le reconnaisse avec une femme qui n'était pas la sienne. Si son épouse apprenait qu'il avait passé un moment avec une inconnue, l'ambiance serait pourrie pendant tout le week-end. Déjà qu'en temps ordinaire les échanges n'étaient pas très chaleureux entre eux, pas la peine d'envenimer davantage les choses.

Quelques hommes passèrent près de Sarah, lui jetant un regard en coin, un sourire affamé sur les lèvres. Un frisson lui parcourrut l'échine. Elle ne voulait pas servir de gibier à ces mâles musculeux soucieux d'affirmer leur sex-appeal auprès de leurs congénères. Elle ne se sentait pas bien. Son estomac se tordait dans tous les sens et son diaphragme restait contracté. Toujours pas de Baptiste Vittoz en vue. Combien de temps durait cette fichue partie de squash?! Et sa tenue n'était vraiment pas adaptée à un rendez-vous dans un sous-sol. Un style sportswear aurait été plus approprié. Elle avait pensé un instant s'enfuir mais elle voulait éclaircir le mystère autour de ces cartes signées Simon. Les habitants du village n'avaient pas été très bavards sur le sujet. Sarah était une étrangère et on n'aimait pas à Combloux que les étrangers fouillent le passé...

Textes précédents: N°3, N°4, N°5, N°6

Ce texte a été écrit dans le cadre de l'atelier d'écriture n°261 Une photo, quelques mots initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo est de Kot. Elle n'est pas libre de droits non plus.

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18/03/2017

Vacances à Brindisi

Clélia suivait de près son cousin sur le chemin du glacier. Les enfants zigzaguaient entre les serviettes de bain et les châteaux de sable. Tous les après-midi, pendant que duraient les vacances, ils allaient se rafraîchir le palais chez Aldo. Ils le connaissaient bien. Il était toujours là, fidèle au rendez-vous chaque été avec son scooter aménagé, sa grosse moustache, son énorme cigare et ses chemises à fleurs. Ils n'avaient jamais vu de glacier comme lui. En juillet et août c'était le roi de Torre Santa Sabina, petite bourgade au nord de Brindisi où les plages se remplissaient de monde à mesure que le soleil prenait des forces.

Clélia et Flavio arpentaient cette plage depuis qu'ils savaient marcher. Ils avaient leurs habitudes et retrouvaient beaucoup de copains qu'ils s'étaient fait au fil des années. Tous les étés leurs parents se retrouvaient dans la maison de famille. Après le décès de son épouse Tiberio avait hésité à revenir. Il avait eu peur des souvenirs mais avait-il le droit de priver Flavio de ces vacances qu'il affectionnait tant? Et puis Fabiano, son frère, lui avait dit que ça pourrait lui faire du bien et que cela vaudrait sans doute mieux que rester enfermé à Venise. Son déménagement pour Rome avait été une excellente décision. Il y avait retrouvé l'amour. Depuis deux ans il venait à Brindisi accompagné de Marcella. Elle lui avait redonné le sourire et elle s'entendait merveilleusement bien avec Flavio. Elle ne remplacerait certes pas sa mère mais le gamin l'avait adoptée en quelque sorte.

Tiberio et Fabiano avaient demandé aux enfants de leur rapporter des glaces. Ils les regardaient s'éloigner vers le scooter d'Aldo. La plage était assez longue et elle était divisée en plusieurs sections, chacune marquée par un panneau un peu spécial. Ils ressemblaient à des dessins d'enfants. Sur l'un était représenté une maison aux traits simples et aux couleurs vives. Un peu plus loin un bateau. Il y en avait environ une dizaine, tous différents, pour permettre aux touristes, et plus particulièrement aux enfants, de se repérer plus facilement. Tiberio et Fabiano optaient toujours pour le même coin de plage afin de ne pas brouiller les repères des enfants. Ils s'installaient toujours près du panneau représentant la maison.

Clélia faisait de grandes enjambées pour ne pas perdre de terrain sur Flavio. Son cousin avait de grandes jambes. Elle avait souvent un peu de mal à le suivre. Il lui arrivait même de courir après lui. Mais elle se dépêchait aussi pour atteindre plus vite la boîte à délices d'Aldo. Le choix de glaces était impressionnant et elle avait envie de goûter à tout. Elle en choisissait une nouvelle chaque jour...

Textes précédents: ..., N°1, N°2, N°3, N°4, N°5

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°258 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Fred Hedin, n'est pas libre de droits non plus.

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12/03/2017

Les dimanches poétiques (195)

"La conversation nous ramenait à notre marotte: les chemins noirs. Goisque savait qu'ils se déployaient parfois hors des cartes de géographie et foraient leurs galeries en nous. Il était difficile de faire de soi-même un monastère mais une fois soulevée la trappe de la crypte intérieure, le séjour était fort vivable. Je me passionnais pour toutes les expériences humaines du repli. Les hommes qui se jetaient dans le monde avec l'intention de le changer me subjuguaient, certes, mais quelque chose me retenait: ils finissaient toujours par manifester une satisfaction d'eux-mêmes. Ils faisaient des discours, ils bâtissaient des théories, ils entraînaient des foules: ils choisissaient les chemins de lumière. Quitte à considérer la vie comme un escalier, je préférais les gardiens de phare qui raclaient les marches à pas lents pour regagner leurs tourelles aux danseuses de revue qui les descendaient dans des explosions de plumes afin de moissonner les acclamations."

Sylvain TESSON Sur les chemins noirs

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05/03/2017

Drôle de rêve

Cela commençait toujours de la même façon: une petite fille aux traits asiatiques et une biche qui lui léchait les doigts. Sarah l'avait rêvé cent fois. Elle appréhendait de plus en plus le moment de se mettre au lit. Elle avait peur d'être réveillée par les cris. Ses propres hurlements en fait.

La scène se déroulait au milieu d'une clairière. L'enfant, assise sur une grosse pierre, semblait avoir apprivoisé l'animal. Puis, arrivait d'autres biches, des cerfs, et par un inexplicable enchantement de gigantesques incisives poussaient sur les mâchoires des bêtes. La petite fille était dévorée après avoir été déchiquetée comme une vulgaire poupée de chiffon. Sarah se débattait dans son lit en hurlant pour essayer d'empêcher le massacre. Elle se réveillait à bout de forces et en sueur.

Ses nuits étaient agitées et elle ne cessait d'y penser durant la journée. Sarah ne savait pas quelle signification donner à ce rêve. Elle avait cherché des explications. Son dictionnaire des rêves et des symboles donnaient quelques informations. Selon les auteurs la biche était un symbole mystique caractérisant l'union sexuelle du Ciel et de la Terre. Elle n'était pas vraiment avancée avec ça... Elle était par ailleurs persuadée qu'elle ne s'en débarrasserait pas tant qu'elle ne comprendrait pas le message qui y était dissimulé.

Elle était tellement épuisée par ses nuits qu'elle piquait du nez l'après-midi. Ses paupières étaient lourdes. Pas moyen de les maintenir ouvertes. Elle s'endormait sur sa chaise, juste après le déjeuner. C'était généralement Toby qui la réveillait une heure plus tard. Il aboyait pour aller dans le jardin.

La maison qu'elle avait rachetée était un peu isolée mais Sarah ne craignait pas d'être attaquée. Elle pouvait compter sur son chien pour la protéger. Elle avait aussi changé toutes les serrures quand elle avait emménagé. Il n'y avait certes pas de clôture autour du chalet mais il était difficile d'y accéder sans emprunter le chemin. De la fenêtre de la cuisine elle voyait très bien si une voiture ou quelqu'un s'y engageait.

Cependant, ce jour-là, elle ne vit personne approcher. Ce furent les aboiements de Toby qui l'alertèrent. Le chien tournait autour d'un homme qui marchait vers la maison...

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Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°256 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Vincent Héquet, n'est pas libre non plus.

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19/02/2017

Les dimanches poétiques (194)

"A Moustiers, sous le commandement de la  chapelle d'Entre-Roches, rivée à sa falaise, je bus un double café noir et tombai sur le quotidien La Provence. Oh! la tristesse des titres! Et que je massacre les adorateurs du soleil en Irak, et que je détruise un temple grec, et que je foute du pétrole dans la mer profonde et bleue que barattent les baleines en sautant bizarrement. L'homme manquait de tenue. L'évolution avait accouché d'un être mal élevé et le monde était dans un désordre pas croyable."

Sylvain TESSON Sur les chemins noirs

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