21/06/2026
Les dimanches poétiques (400)
"Être attentive à ses pensées, aux ricochets de ses désirs. Accepter de se perdre avec la certitude qu'on se retrouvera, grâce à la petite veilleuse de l'instinct qui ne peut pas s'éteindre, car elle fait partie d'un plus grand foyer au loin."
Laure MORALI in Les géantes (Ed. dépaysage - 2026 - p. 24)

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14/06/2026
Les dimanches poétiques (399)
"- Ne m'en veuillez pas, Yann, mais j'évite les derniers verres avec les messieurs.
- Je ne pensais pas à...
- Bien sûr que si, vous y pensiez. Vous êtes un homme, je suis une femme et je vous plais. Ce sont des choses qui arrivent.
Sa franchise m'a désarçonné et j'ai béni l'obscurité qui dissimulait mon trouble. Jamais une femme ne m'avait parlé aussi directement. Mais Rebecca agissait comme quelqu'un qui avait depuis longtemps passé les conventions et les hypocrisies par-dessus bord."
Hélène GESTERN in Cézembre (Ed. Grasset - 2024 - p. 429)

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24/09/2023
Les dimanches poétiques (320)
Nous ne pouvons résoudre les problèmes difficiles que nous rencontrons en demeurant au niveau de réflexion où nous nous trouvions lorsque nous les avons créés.
Albert EINSTEIN

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02/03/2023
Le vagabond de Kensington Gardens
6 janvier
Je fais toujours des plans sur la comète bien que je n'en sache pas beaucoup plus sur la vie de Victoria. Elle ne dit rien d'elle; elle est secrète. Pourtant son métier consiste à communiquer. Des infos sur le monde, certes, mais communiquer tout de même.
Je n'ai pas osé lui déclarer ma flamme lorsque je l'ai invitée à boire un verre avant les fêtes. Ses yeux brillaient comme deux étoiles ce soir-là. J'aurais peut-être dû me lancer avant qu'un Apollon ne vienne me couper l'herbe sous le pied. Les occasions de rencontrer quelqu'un ne manquent pas dans sa profession.
Je vais écrire une charade ce soir avec ma vieille plume sergent-major et je la glisserai dans sa boîte à lettres demain matin en allant acheter le pain. Pourvu qu'elle ne trouve pas cela farfelu et démodé. Il me vient de ces idées parfois!
20 janvier
J'ai croisé un vagabond ce matin dans Kensington Gardens qui m'a proposé des partitions pour violon. Il m'a expliqué qu'il n'avait plus la force de jouer et que ce qui l'importait actuellement c'était de manger à sa faim. Il m'a aussi proposé un vieux jeu de tarot pour 50 livres. Cela m'a paru bien en-deçà de la valeur d'un exemplaire datant de 1883. Je lui ai dit que je reviendrai samedi prochain car je n'avais pas la somme sur moi. Je vais mettre cette semaine à profit pour me renseigner sur la valeur exacte d'un tel jeu. Quelle histoire que je ne trouve pas dans tout Londres un antiquaire spécialiste des cartes pour une estimation.
27 janvier
Lorsque je suis allé à Kensington Gardens ce matin j'ai trouvé Jamie endormi sur son banc. Une bouteille de scotch bon marché était couchée sur le sol. Elle était vide. Mon bonhomme avait dû réussir à vendre quelques papiers dans la semaine pour s'acheter de quoi s'hydrater le gosier. Je l'ai laissé dormir.
Pendant ce temps-là j'ai inspecté ses affaires. Il y avait éparpillé autour du banc une pipe et un paquet de tabac entamé aux 2/3, un bâton d'une trentaine de centimètres qu'il a vraisemblablement taillé en pointe pour fouiller les poubelles et la terre, une paire de chaussettes qui n'a plus de couleur, un blouson blanc qui devait être à la mode dans les années 60 et une grande houppelande en laine qui a dû un jour être grise. Parmi les objets étranges une sarbacane en bois, un chapeau haut de forme noir et une canne épée au pommeau en argent. Son étui à violon ainsi que les partitions et les cartes étaient sous le banc, dissimulés sous un morceau de tissu.
Il s'est réveillé deux heures après mon arrivée mais avec ce qu'il avait ingurgité il aurait très bien pu se réveiller qu'à l'équinoxe de printemps. Il a eu un peu de mal à se remémorer notre conversation de la semaine passée puis il m'a demandé si le prix me convenait toujours. Je lui ai donné l'enveloppe que j'avais apportée avec la somme que m'avait indiqué un antiquaire de Portobello Road, à savoir 130 livres. Une petite fortune pour Jamie qui pourra peut-être garder quelques partitions s'il souhaite se remettre au violon.
Ce texte a été rédigé dans le cadre de la 38ème édition du jeu "Des mots, une histoire" initié par Olivia du blog Désir d'Histoires. Il n'est pas libre de droits. La photo non plus.

Kensington Gardens
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31/05/2021
Elle écouta un instant le silence
A peine Victoria eut-elle jeté les carottes dans le fond de la poêle que la sonnerie du téléphone se mit à retentir. Habituellement lorsque quelqu'un appelait vers 20h elle ne répondait pas, jugeant qu'elle avait mérité un peu de repos. Elle voulait aussi profiter de son appartement de Bayswater Road donnant sur Kensington Gardens dans lequel elle avait emménagé quelques mois plus tôt.
Mais ce soir-là elle fut comme attirée par la sonnerie. Elle s'essuya les mains et se dirigea vers le bureau où elle avait installé le téléphone. La sonnerie se faisait de plus en plus nette et stridente. Elle décrocha le combiné avec une pointe d'agacement et comme d'habitude, accueillit son interlocuteur par un "oui, bonsoir" qu'elle avait essayé de prononcer sur le ton le plus cordial possible après une journée harassante.
Ses mots tombèrent dans le vide. Aucun écho, aucune voix ne se fît entendre. Et pourtant il y avait quelqu'un à l'autre bout du fil. Elle essaya un "allô" mais pas de réponse. Le souffle coupé, elle écouta un instant le silence. L'autre ne parlait pas et finit par raccrocher.
Toutes les hypothèses se bousculèrent dans sa tête. Une erreur? Quelqu'un qui voulait savoir si elle était chez elle? Ce genre de situation ne lui était encore jamais arrivée. Se pouvait-il que ce soit Adrien qui ait essayé de la joindre depuis Paris? Il avait assez mal encaissé l'idée de Victoria de s'installer à Londres mais il ne lui avait rien proposé et elle se sentait libre. Voulait-il lui parler?
Elle échaffaudait les scénarios les plus fous. Et si c'était un détraqué qui habitait dans son immeuble? Ou un collègue qui était sous le charme de ses yeux verts? Plein de noms lui venaient à l'esprit.
Puis, ses yeux se portèrent sur le calendrier. Nous étions le 9 août. En France, le jour de la Saint Amour. D'un seul coup les noms auxquels elle avait pensé dans un premier temps diminuèrent. N'en restaient que quatre ou cinq.
Si seulement elle avait eu un téléphone dernier cri, elle aurait peut-être pu savoir à qui appartenait le numéro. Au lieu de ça elle avait un vieux coucou que quelqu'un de la rédaction avait bien voulu lui prêter.
Perdue dans ses pensées, Victoria retourna dans la cuisine d'un pas traînant et remua les carottes qui commençaient à attacher dans le fond de la poêle. Elle remua les légumes sans vraiment faire attention à ce qu'elle faisait. Elle avait l'esprit ailleurs.
Ce texte n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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04/01/2020
Une année de lecture
Je fais habituellement un bilan de mes lectures s'étalant du 1er août d'une année au 31 juillet de l'année n+1 mais en 2019 je n'ai rien rédigé. Premièrement le mois d'août a été chargé et deuxièmement je n'avais pas le goût à la rédaction d'articles l'été dernier (et plus largement l'année dernière). Une autre raison qui pourrait expliquer cette absence de bilan lectures en août est le constat que ce bilan était très mauvais...
En effet, du 1er août 2018 au 31 juillet 2019 je n'ai lu que vingt-quatre livres contre trente-neuf l'année précédente. C'est quand même quinze livres de moins... Fatigue et panne lecture n'ont sans doute pas aidé et expliquent en partie ce bilan catastrophique. Peut-être aussi quelques mauvais choix de livres, dont les histoires ne m'ont pas emballée, mal construites à mon goût. En tout cas très peu de "page-turner" cette année.
Le montant total de mes lectures s'élève donc sur un an à 346,50 euros mais je n'ai réellement dépensé que 167 euros car beaucoup de livres m'ont été prêtés par des amis et certains livres lus résultaient de partenariats.
Malgré ce mauvais bilan, quelques ouvrages sont quand même à retenir. Tout d'abord Madame Pilynska et le secret de Chopin d'Éric-Emmanuel Schmidt. C'est à la fois fort et léger. Un roman qui ne laisse pas indifférent. J'ai aussi beaucoup aimé Les huit montagnes de Paolo Cognetti. Une sorte de roman initiatique. Le chemin des fugues de Philippe Lacoche, roman de terroir d'une causticité délectable, m'a bien plu. La Révolte de Clara Dupont-Monod, récit historique romancé mettant en scène Aliénor d'Aquitaine, m'a emmenée sur des terres inconnues et m'a contée la vie d'une femme au destin peu ordinaire. Avec Le suspendu de Conakry de Jean-Christophe Rufin j'ai fait connaissance avec un consul qui a tout de l'anti-héros mais qui néanmoins a de vraies qualités d'enquêteur. Enfin, je suis partie dans l'archipel des Orcades avec L'écart d'Amy Liptrot. L'histoire d'une descente aux enfers et d'une renaissance. Un roman très minéral, où le vent déplace tout sur son passage, où les embruns bouffent la pierre et les visages.
Même si ce bilan est moins bon que le précédent, il n'y a eu aucun abandon. Je vais essayer de faire mieux cette année. Et si je compte un livre de plus au compteur, ce sera déjà une petite victoire.

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26/03/2018
Les buveurs de lumière - J. FAGAN
- Gunn me disait qu'il y avait une île près de la Norvège, mais qui fait encore partie de l'archipel des Orcades, où vivait un groupe de moines qu'on appelait les pèlerins buveurs de lumière. Ils n'avaient rien d'autre à manger que des fous de Bassan et une année ils ont tous perdu la raison, alors ils se sont jetés du haut des falaises, ils étaient environ soixante-dix. Personne ne sait ce qui les y a poussés, mais ils étaient totalement isolés du continent et, même s'ils avaient un bateau, ils ne pouvaient pas aller chercher de l'aide avant le printemps. Ils sont tous morts, sauf un. On l'a retrouvé nu au sommet de la montagne, assis en lotus, en train de boire la lumière - de l'orange au gris.
Ce roman de Jenni Fagan fait partie de la sélection du Prix des lecteurs de l'Armitière. Je ne savais pas trop ce que j'allais découvrir en l'ouvrant, n'ayant lu aucune critique dessus et entendu aucune chronique. J'ai à peine regardé la quatrième de couverture en le choisissant. C'est une fois rentrée chez moi que je m'y suis intéressée de plus près. On m'annonçait des températures basses, très basses même, un hiver comme les habitants de Clachan Fells, situé au nord de l'Ecosse, n'en ont jamais connu. Et pour cause. L'histoire se déroule pendant l'hiver 2020-2021. Toute la planète est touchée par le phénomène. Il neige à Jérusalem, les blizzards et les vents paralysent l'Europe... Bref! On entre dans l'ère glaciaire. On atteint des records de températures négatives.
Et c'est à travers trois personnages que l'on vit cet hiver dans le parc à caravanes de Clachan Fells. Il y a tout d'abord Constance, bricoleuse de génie qui fait des provisions de bois et de nourriture pour tenir plusieurs semaines. Puis il y a sa fille, Stella - qui était encore il y a peu un petit garçon -, rejetée par ses camarades de classe et qui vit un véritable cataclysme hormonal. Enfin, il y a Dylan, un Londonien qui emménage dans une caravane reçue en héritage. Ces trois-là ont été cabossés par la vie. De différentes façons. Mais ils ont quelque chose en commun. Et ils vont s'apprivoiser.
Je lis très peu de romans d'anticipation et le début du livre ne m'emballait pas, notamment lorsque l'on suit Dylan dans ses derniers instants à Londres. Puis, j'ai continué à lire. Et le miracle a eu lieu. Les paysages décrits sont grandioses, les destins des personnages sont invraisemblables, et malgré le côté catastrophique de la situation, il y a une humanité qui se dégage de ce roman, une certaine sagesse, une vraie beauté. Ce fut une jolie lecture et qui pose beaucoup de questions.
Les buveurs de lumière - Jenni FAGAN - Ed. Métailié - 2017
23:30 Publié dans Livres | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : livres, romans, les buveurs de lumière, jenni fagan, actu, actualité, roman d'anticipation |
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