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18/03/2017

Vacances à Brindisi

Clélia suivait de près son cousin sur le chemin du glacier. Les enfants zigzaguaient entre les serviettes de bain et les châteaux de sable. Tous les après-midi, pendant que duraient les vacances, ils allaient se rafraîchir le palais chez Aldo. Ils le connaissaient bien. Il était toujours là, fidèle au rendez-vous chaque été avec son scooter aménagé, sa grosse moustache, son énorme cigare et ses chemises à fleurs. Ils n'avaient jamais vu de glacier comme lui. En juillet et août c'était le roi de Torre Santa Sabina, petite bourgade au nord de Brindisi où les plages se remplissaient de monde à mesure que le soleil prenait des forces.

Clélia et Flavio arpentaient cette plage depuis qu'ils savaient marcher. Ils avaient leurs habitudes et retrouvaient beaucoup de copains qu'ils s'étaient fait au fil des années. Tous les étés leurs parents se retrouvaient dans la maison de famille. Après le décès de son épouse Tiberio avait hésité à revenir. Il avait eu peur des souvenirs mais avait-il le droit de priver Flavio de ces vacances qu'il affectionnait tant? Et puis Fabiano, son frère, lui avait dit que ça pourrait lui faire du bien et que cela vaudrait sans doute mieux que rester enfermé à Venise. Son déménagement pour Rome avait été une excellente décision. Il y avait retrouvé l'amour. Depuis deux ans il venait à Brindisi accompagné de Marcella. Elle lui avait redonné le sourire et elle s'entendait merveilleusement bien avec Flavio. Elle ne remplacerait certes pas sa mère mais le gamin l'avait adoptée en quelque sorte.

Tiberio et Fabiano avaient demandé aux enfants de leur rapporter des glaces. Ils les regardaient s'éloigner vers le scooter d'Aldo. La plage était assez longue et elle était divisée en plusieurs sections, chacune marquée par un panneau un peu spécial. Ils ressemblaient à des dessins d'enfants. Sur l'un était représenté une maison aux traits simples et aux couleurs vives. Un peu plus loin un bateau. Il y en avait environ une dizaine, tous différents, pour permettre aux touristes, et plus particulièrement aux enfants, de se repérer plus facilement. Tiberio et Fabiano optaient toujours pour le même coin de plage afin de ne pas brouiller les repères des enfants. Ils s'installaient toujours près du panneau représentant la maison.

Clélia faisait de grandes enjambées pour ne pas perdre de terrain sur Flavio. Son cousin avait de grandes jambes. Elle avait souvent un peu de mal à le suivre. Il lui arrivait même de courir après lui. Mais elle se dépêchait aussi pour atteindre plus vite la boîte à délices d'Aldo. Le choix de glaces était impressionnant et elle avait envie de goûter à tout. Elle en choisissait une nouvelle chaque jour...

Textes précédents: ..., N°1, N°2, N°3, N°4, N°5

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°258 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Fred Hedin, n'est pas libre de droits non plus.

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09/08/2014

A l'ombre de la cathédrale

C'est dans un état de lassitude que Marcella et Tiberio avaient quitté Rome pour quelques jours de repos à Sienne. Des vacances bien méritées car depuis plusieurs mois ils n'avaient cessé de courir l'un et l'autre pour aider Berghetti. Et les affaires étaient loin d'être terminées.

Mais dans leur pension à l'ombre de la cathédrale, ils avaient tout de suite fait le vide. Le Duomo, majestueux, à l'architecture mêlant le roman et le gothique, semblait les protéger. C'est le premier monument qu'ils avaient visité dans la ville. La cathédrale était réputée pour son Pavimento, un carrelage dans le cœur racontant l'histoire du peuple juif. Il avait été commencé au Trecento. Cette beauté, visible de fin août à fin octobre, n'était pas la seule richesse de la ville. Le baptistère situé en contrebas de la cathédrale, qui retraçait la vie de Saint Jean-Baptiste, était une autre merveille. Un cercle de cordons délimitait d'ailleurs la zone accessible tout autour afin que les visiteurs n'aillent pas tripatouiller les sculptures et les détériorer. Le baptistère avait été construit au XIVè siècle dans la continuité du Duomo. L'endroit était couvert de magnifiques polychromes où se mêlaient la Passion du Christ et sa douleur sur la croix ainsi qu'une kyrielle d'anges qui volait ici et là. Mais ce n'était pas encore le plus bel endroit.

C'est dans la bibliothèque Piccolomini que Tiberio et Marcella avaient été réellement émerveillés. Les murs offraient au regard des fresques du Pinturicchio exceptionnellement bien conservées.  Les fresques n'étaient pas éclairées par des lucarnes mais par de grands vitraux qui coulaient jusqu'au sol. Tous les visiteurs restaient bouche bée. La splendeur du lieu les laissait sans voix. Tout comme les théologiens scholastiques venus faire des recherches à Sienne que Tiberio et Marcella avaient croisés. Les étudiants se déplaçaient beaucoup à travers l'Italie et l'Europe pour trouver matière à insérer dans leur mémoire de fin d'études et passaient tous par Sienne.

En sortant du Duomo Marcella et Tiberio s'étaient installés à une terrasse de la Piazza del Campo où ils avaient commandé un Crodino. Le serveur leur avait apporté le soda dans des grands verres décorés d'une fine tranche de citron. Mais le réconfort que leur avait procuré la boisson avait été de courte durée. En quelques secondes à peine le ciel était devenu tout noir et ils durent courir pour se réfugier à l'intérieur du bar. La pluie battante résonnait sur toutes les façades. Le pavé rouge de la place, surnommée le coquillage pour sa ressemblance avec la Saint-Jacques, luisait sous l'eau ruisselante et les éclairs de l'orage. Marcella avait cherché quand elle avait assisté à un tel déluge à Rome mais en vain. Elle ne s'en rappelait pas. Un oubli qui l'avait contrariée car elle avait d'habitude une bonne mémoire. Les sollicitations de Berghetti ces derniers mois, qui lui avaient pompé la moelle comme un vampire aurait sucé jusqu'à sa dernière goutte de sang, l'avaient affaiblie. Elle avait maigri et elle n'était pas allée chez le coiffeur depuis des semaines. Ses cheveux étaient de toutes les longueurs. Sa coupe avait besoin d'être rafraîchie.

Après l'orage Tiberio et Marcella étaient allés à la Torre del Mangia. L'édifice, construit dans la première moitié du XIVè siècle, mesurait 102 mètres de haut. Ils avaient pris le chemin de la tour comme beaucoup d'autres touristes. Des touristes qui étaient légion à cette époque de l'année. Malgré l'heure tardive beaucoup d'entre eux s'y étaient arrêtés. On disait que sous les quatre angles de la tour des pierres portant des inscriptions latines et hébraïques avaient été déposées. Ceci conduisait la majorité des visiteurs à poser les mains sur les quatre angles de la tour. L'immortalité des légendes favorisait les pratiques les plus curieuses mais pas seulement sur ce site.

Au Museo Civico, qu'ils avaient visité quelques jours plus tard, les Italiens se signaient devant la Vierge à l'enfant de Simone Martini dans la Sala del Mappamondo. C'était la plus grande salle du musée, située au premier étage du Palazzo Pubblico, et de loin la plus belle. Marcella était restée en admiration devant les fresques pendant au moins une demi-heure. A l'entrée du musée, délimitée par une grosse corde ressemblant à une liane, elle avait récupéré une brochure pour comprendre toutes les subtilités du lieu et avait suivi consciencieusement la visite.

Tiberio et Marcella s'étaient beaucoup promené à pied dans la ville. Ils avaient arpenté les ruelles et avaient musardé dans les quartiers les plus éloignés de la pension où ils avaient réservé. Main dans la main ils s'étaient imprégnés de l'ambiance de Sienne.

Même s'ils vivaient dans le péché, aux yeux des passants ils avaient l'air d'un couple marié depuis des années. De leurs deux identités ils avaient réussi à n'en faire qu'une. Les épreuves des dernières semaines n'y étaient sans doute pas pour rien.

Ce texte a été rédigé pour l'édition n°33 des Plumes d'Asphodèle. Il n'est pas libre de droit, la photo non plus.

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16/09/2013

Elle était devenue un joli papillon

Marcella avait une grâce extraordinaire et des yeux à faire fondre la terre entière. Divine! C'est ce que pensait Tiberio. Elle était la perfection incarnée; jolie, mais aussi douée d'un esprit logique d'une rare subtilité.

Elle n'avait pas des goûts de luxe et n'était pas obnubilée par le fric. Elle avait juste un foulard en soie que ses parents lui avaient offert à un Noël. Les yachts et les petits avions privés ne la faisaient pas rêver. Vraiment, elle détestait le clinquant, le bling-bling, enfin, tous les signes extérieurs de richesse. Il ne lui serait jamais venu à l'idée de mettre les pieds dans un casino ou d'envisager une destination paradisiaque pour ses vacances. Elle ne rêvait pas non plus de montres Cartier ou de bagues Repossi. Elle aimait la fantaisie et achetait des bijoux bon marché. Des boucles d'oreilles et des colliers de pacotille que les marchands glissaient dans des paquets en papier kraft. Elle s'était faite arnaquée une fois dans un magasin près du supermarché mais elle n'avait pas pour autant cessé d'acheté ce genre de bijoux.

Ses parents étaient des petits bourgeois de province avec des manies et des idées de petits bourgeois. Elle aurait pu s'habituer au luxe. Mais non. Au fil des années elle était devenue la rebelle de la famille, décidant un beau jour de quitter la maison familiale pour aller travailler à Rome et subvenir toute seule à ses besoins. Elle voulait voler de ses propres ailes. La jeune fille, prise dans une chrysalide immaculée, s'était transformée en un joli papillon. La métamorphose avait été extraordinaire. Un changement qu'aujourd'hui encore elle ne regrettait pas. Elle avait fait de fabuleuses rencontres à Rome depuis qu'elle s'y était installée et elle était devenue femme. 

Marcella était la conception que Tiberio se faisait de la femme avec laquelle il voulait faire sa vie. Elle était parfois un peu tempétueuse et il y avait bien quelques bourrasques entre eux mais quel couple ne connaît pas des tourments? Il envoyait dans les cordes ceux qui disaient que leur histoire ne tiendrait pas. Foutaises! pensait-il.

D'ailleurs, il avait prévu de fêter le premier anniversaire de leur rencontre. Une célébration qu'il voulait intimiste, juste elle et lui. Il savait qu'elle avait horreur des cotillons et qu'elle n'apprécierait pas une grande fête avec des amis. Pour cet anniversaire ils s'envoleraient vers Madère. Marcella avait parlé de cette île à plusieurs reprises et Tiberio était certain que cela lui plairait de visiter Funchal.

Ce texte a été rédigé pour les éditions 109 et 110 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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29/08/2013

Ils n'avaient cessé de regarder la mer

En faisant les cartons pour le déménagement Tiberio avait retrouvé une boîte qu'il avait héritée de son père. Elle contenait des photos et une coupure de journal faisant l'éloge d'un arrière-grand-père à la fois coureur des mers, diplomate et écrivain. Il avait parcouru la terre sous toutes les latitudes, avait sillonné les océans du nord au sud et croisé sous les tropiques et les parallèles. Il revenait en Italie pour mieux repartir vers d'autres contrées, d'autres découvertes.

Cette passion des voyages était née à Brindisi. De la maison familiale, ses frères et lui n'avaient cessé de regarder la mer qui s'étendait à leurs pieds et ça leur avait donné des idées. L'Adriatique était une porte sur des cultures nouvelles, sur des gens aux univers bien différents du leur et surtout, elle offrait le départ pour de magnifiques aventures extra-terrestre.

Cet arrière-grand-père, qui se prénommait Alessandro, n'avait rien d'un va-t-en-guerre. Il déplorait même le néant auquel certains territoires avaient été réduits sous le joug d'envahisseurs qui étaient arrivés un jour par bateau alors que leur premier objectif était de faire le tour du monde. Des colonisateurs qui se repéraient à des cartes astrales et qui faisaient souvent fausse route, mettant le pied là où on ne les attendait pas.

Alessandro, lui, voulait juste mesurer la grandeur du monde, visiter les pays qu'il voyait sur sa mappemonde. Une mappemonde en couleurs que Tiberio avait récupérée. Son arrière-grand-père était un sacré animal. Il avait rêvé d'un futur pluriel, de vies entrelacées où le bonheur et le partage s'égrèneraient au fil des vents. Mais après avoir baroudé pendant vingt ans, il était revenu s'établir à Brindisi, une ville macrocéphale qu'il avait eu peine à reconnaître.

La fin du voyage avait été peu glorieuse. Il avait dû emprunter de l'argent à ses frères pour survivre. Puis, il s'était vu proposer un poste de diplomate en Suisse après avoir raconté dans les soirées de la bonne société ses voyages au long cour. Passé maître dans l'art de promouvoir la culture italienne, on lui avait alors suggéré de postuler dans des cercles littéraires. Mais comme beaucoup d'hommes il avait négligé de répondre et avait continué sa route vers Venise. Il y rencontra Aurelia Medici, une jolie jeune femme fortunée qu'il ne tarda pas à épouser et qui lui donna trois enfants.

Texte original rédigé pour les Plumes à thème n°14 initiées par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus. Le thème de cette édition était le"monde".

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27/08/2013

The August Break 2013 #7

Something old

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Buste en marbre d'Octave Auguste (27 avt J.C. - 14 après J.C.), fondateur de l'Empire romain. Sculpture réalisée en Italie vers 25 avt J.C. Oeuvre exposée au Louvre-Lens.

22/08/2013

Un continent à elle seule

La ville de Rome était un continent à elle seule. Le père Paolo le savait bien. Il serait difficile de mettre la main sur Francesco Berghetti. Le professeur avait le don pour brouiller les pistes. De plus, il n'était pas malhabile, sachant se diriger dans le sens du vent tel un amiral de frégate, trouvant la meilleure route pour faire glisser son bateau entre les icebergs et, bien sûr, ne laissant aucun indice dans son sillage.

Le prêtre sortit la bouteille de liqueur de myrte qu'il rangeait dans la crédence à côté du vin de messe. Il espérait qu'un peu de liqueur lui viendrait en aide ou du moins lui éclaircirait les idées. Il avait déambulé dans l'église pendant un bon moment, cherchant une solution, mais il ne parvenait pas à franchir la muraille que Berghetti avait construite pour se protéger. Une muraille qui ressemblait fort à celle entourant la cité du Vatican. Il n'arrivait pas à trouver la faille du professeur. Elle devait cependant exister. Puis, comme une révélation divine, la solution se présenta à lui. Il fallait toucher son point faible et, d'après le père Stefano, le point faible de Berghetti s'appelait Marcella Bianchi. La jeune femme était devenue une intime du professeur depuis qu'elle l'avait secouru dans la via di Santa Dorotea. Le père Paolo le soupçonnait depuis le début d'avoir des sentiments pour elle.

Le curé se baladait dans la sacristie le verre de liqueur à la main. Une odeur d'encens froid flottait dans l'air. Il pensa que la meilleure chose à faire était d'appeler le père Stefano pour lui faire part de son idée. S'ils arrivaient à kidnapper cette Marcella, ils mettraient à coup sûr la main sur Francesco Berghetti. La sachant en perdition il accourrait sans se poser de question. Il mettrait le cap vers sa protégée, braverait les flots déchaînés. Une chose était certaine, Berghetti débarquerait rapidement pour la sauver et ils en finiraient avec lui.

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Pendant ce temps-là, quelque part dans la via dei Pettinari, le père Stefano ouvrait une enveloppe. Il s'agissait de tests génétiques. Des tests qu'il avait réussi à faire avec la complicité d'un homme de main. Son coeur battait vite, ses doigts tremblaient. Il redoutait que les résultats soient positifs.

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Ce texte a été rédigé pour les Plumes à thème n° 13 initiées par Asphodèle. Cette semaine les mots tournaient autour de la "dérive". Et Aspho a ajouté trois mots commençant par la lettre "M". Ce texte n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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16/08/2013

"Il est grand le mystère de la foi"

Francesco Berghetti avait l'air d'un hibou dans le miroir. Il avait mal dormi et perdu l'habitude de se lever d'aussi bonne heure. Quelle idée de lui donner rendez-vous à 8h15 dans une église. Il aurait préféré faire la grasse matinée, tout particulièrement le vendredi saint. Dehors la brume s'étendait sur la ville. L'aube était maussade, pas prête à livrer ses secrets, il en était certain.

Il faisait frais dans la chambre. Berghetti passa un pull et tenta d'ordonner ses cheveux avant d'aller dans la cuisine faire du café et préparer des oeufs brouillés. Puis, il alluma la radio-CD et inséra un disque de Chopin. Il aimait écouter des mazurkas quand il prenait son petit déjeuner, et en particulier la mazurka opus 17 n°4 qu'il lui arrivait parfois de passer en boucle.

Il alla ensuite se doucher. Il espérait que l'eau finirait de le réveiller et fairait disparaître la boule qui commençait à lui comprimer la poitrine. Il s'habilla vite et ferma l'appartement mais arrivé au rez-de-chaussée de l'immeuble il se rendit compte qu'il avait oublié ses clés de voiture. Son trousseau était resté sur le bahut de l'entrée. Il remonta les marches quatre à quatre pour le récupérer. Les minutes étaient comptées. Il ne savait pas combien de temps il mettrait pour effectuer le trajet entre la via di San Domenico et la via della Conciliazione. Lorsque le trafic était fluide il fallait une trentaine de minutes pour parcourir les 6 kilomètres qui séparaient son domicile des portes du Vatican. Or, c'était l'heure de pointe et il redoutait les embouteillages.

Le professeur avait donné rendez-vous à Marcella à 8h sur le parvis de l'église Santa Maria in Transpontina située à deux pas de l'ambassade de Slovénie auprès du Saint-Siège. Marcella avait insisté pour venir avec lui bien qu'il pensât que cette mission pouvait s'avérer dangeureuse.

Caché derrière un lampadaire de l'autre côté de la rue il lui sembla la voir arriver. Elle jetait constamment un regard par-dessus son épaule comme si elle avait le sentiment d'être suivie. 

Aucune des silhouettes qui allaient et venaient ne ressemblait un tant soit peu au professeur Berghetti. Marcella craignait qu'il ne lui arrive quelque chose avant qu'il n'ait le temps de résoudre l'intrigue qui lui avait été soumise. 

Elle jeta un oeil à sa montre. Il était 7h48. Encore douze minutes à patienter dans le froid. Elle grelottait et se sentait un peu faible. Elle n'avait rien pu manger avant de partir. Le dessert de la veille lui était resté sur l'estomac. Elle avait juste bu un thé qui la barbouillait déjà.

La via della Conciliazione était baignée de brume. Les lanternes disposées de part et d'autre de l'église n'éclairaient rien. Le paysage était fantômatique et oppressant. Un décor parfait pour tourner un film ésotérique ou effectuer un incroyable tour de magie. Un peu trop parfait d'ailleurs. Ca n'avait rien de rassurant.

Francesco retrouva Marcella à 7h57. Quand ils entrèrent l'église était plongée dans la pénombre. Seule la lampe du Saint Sacrement luisait à gauche de l'autel. Un silence monacal régnait dans l'édifice. 

Puis, ils aperçurent de la lumière dans la chapelle dédiée à Sant'Angelo, martyr à Licata. Marcella et le professeur approchèrent sur la pointe des pieds pour ne pas attirer l'attention. Les bancs installés pour la célébration étaient pleins, occupés surtout par des religieux. Le reste de l'église semblait déserté. 

 "Il est grand le mystère de la foi". Le curé en était à l'anamnèse. Dans quelques minutes se serait la communion. L'unité divine du Père, du Fils et du Saint Esprit consacrée dans un petit disque qui enlèverait les péchés de chacun. Francesco Berghetti se demandait si la personne qui lui avait donné rendez-vous dans ce lieu était déjà là.

Les gestes du prêtre étaient empreints d'une certaine langueur. Puis, alors qu'il s'apprêtait à donner la communion aux fidèles, ses gestes furent comme suspendus dans l'air... Le ciboire se fracassa sur le sol et les hosties se dispersèrent. Le prêtre chuta sur le marbre. Un point rouge était apparu sur son front. Les fidèles, qui ne réalisèrent pas tout de suite ce qui s'était passé, mirent quelques minutes à lui porter secours. Pendant que les uns appelèrent une ambulance de la Policlinique universitaire Gemelli, les autres scrutèrent la pénombre pour tenter de distinguer le tireur. Mais ils ne virent rien. Ils entendirent simplement la porte de l'église se refermer dans un bruit sourd.

Marcella et le professeur Berghetti s'étaient quant à eux réfugiés derrière une colonne. Ils attendaient le moment propice pour rejoindre la sacristie. Francesco ne voulait pas être retardé par la police. Après avoir traversé de nombreuses pièces et des couloirs ils se retrouvèrent dans le vicolo del Campanile. Il n'y avait pas grand monde. Sans même se concerter ils prirent la direction de la basilique Saint-Pierre. Le ciel était toujours aussi gris. Marcella aurait aimé avoir une gomme pour effacer la brume.

Mais ce jour-là le ciel ne s'éclaircit pas. Il devint même plus sombre à mesure que le temps s'écoulait.

Texte original rédigé pour les Plumes à thème n°12 initiées par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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