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19/04/2013

L'enfant qui en savait trop

L'agitation de la ville est lointaine maintenant. Le pandémonium n'est plus qu'un vague souvenir pour Joshua. L'enfant se demande pourquoi on l'a amené là et attend avec une certaine impatience qu'on vienne s'occuper de lui.

Cela fait maintenant cinq heures et trente-neuf minutes qu'il se trouve dans cette salle gigantesque en espérant que quelque chose se passe. Mais l'espoir commence à s'émousser et la frustration s'ancre en lui aussi sûrement que l'angoisse. Il est déçu de n'avoir pu assister au départ de ses parents, et angoissé de se prendre à nouveau une gifle. Le type qui l'a enfermé là a de larges paluches et il ne fait pas dans la demi mesure. Il aurait dû considérer le désir du bonhomme comme un ordre.

Puis, Joshua entend un bruit de galop se rapprocher. Il ne peut cacher sa stupeur quand le méchant type crie dans son téléphone portable qu'il va "se dabarrasser au plus vite du gamin".

Ce texte a été rédigé pour les Plumes à thème n°7 initées par Asphodèle. Elle a compliqué les consignes cette semaine. Il fallait rédiger une quatrième de couverture en 500 signes (que j'ai largement dépassés) et trouver un titre. Ce texte n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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12/04/2013

Tramway n°12

Les neige collée aux chaussures des passagers se détachait par petits paquets et s'étalait dans toutes les rames. Des flaques un peu partout. On pataugeait dans le tramway les matins d'hiver. Tobias était résigné. Il savait qu'il n'y avait rien à faire sinon attendre patiemment le printemps et sa débauche de couleurs. La blancheur laisserait place au vert et aux couleurs chaudes de la végétation. Avec le temps la neige et le gel disparaîtraient. 

Chaque jour Tobias prenait le tramway n°12 en direction de Moillesulaz et chaque jour il comptait les arrêts. Il le prenait Place de Neuve et descendait à Grange-Canal. Huit arrêts en tout pour rejoindre l'Ecole internationale située route de Chêne en une trentaine de minutes. Genève avait un réseau de transports en commun très développé et la voiture n'était pas nécessaire quand on y habitait. D'ailleurs Tobias n'en avait pas. Il préférait de loin les trams et les bus, voire la marche à pied.

Face à lui ce matin-là, une jeune fille qu'il avait déjà croisée dans l'enceinte de l'école. Elle devait vraisemblablement être scolarisée en primaire. Elle avait un air angélique de jeune demoiselle bien élevée. Mais, il le savait, les élèves bien élevés pouvaient parfois se transformer en diablotins pour tester leurs professeurs. La naïveté et la pureté de l'enfance n'étaient plus ce qu'elles étaient. Les enfants ne croyaient plus en rien. Ils étaient par ailleurs beaucoup moins craintifs aujourd'hui qu'à l'époque où lui-même était élève. Les mensonges, même les plus gros, ne leur faisaient pas peur.

La jeune fille s'était mise à fredonner une chanson de Bastian Baker. Tobias l'avait reconnue tout de suite. Le chanteur était le chouchou de ces dames. Vingt-deux ans et déjà adulé. Tobias pensa que la célébrité facilitait bien la vie, lui qui se sentait noyé dans la masse, homme au physique commun, réservé et auquel on accordait peu d'importance. Il ne voulait accuser personne mais la vie était injuste se disait-il. Il n'avait rien de méchant, rien d'antipathique mais visiblement on ne l'aimait pas. Il avait l'impression que ses collègues féminines le fuyaient et que les femmes détournaient les yeux dans la rue. Sa mère avait tenté de l'apaiser, de lui dire qu'il valait bien les autres hommes, mais ses doutes sur son pouvoir de séduction ne l'avaient pas lâché. Ils s'étaient même multipliés. 

Il était perdu dans ses pensées quand la jeune fille se leva, lui rappelant qu'il devait descendre. Il passa par le fastueux bâtiment de la Grande Boissière avant d'aller faire cours. Même les secrétaires ne faisaient pas attention à lui. Peu étaient ceux qui lui adressaient la parole. Sa solitude n'était plus uniquement physique, elle devenait psychique. 

Ce texte a été rédigé pour les Plumes à thème n°6 initiées par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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09/02/2013

Le brouhaha des onomatopées

Tiberio attendait la fin de la semaine avec impatience. Il se sentait de plus en plus fatigué. Le surmenage des dernières semaines y était sans doute pour quelque chose. Bien qu'il n'eût pas dépassé la cinquantaine sa jeunesse était loin. Il n'avait plus la même énergie. Puis, il avait mis quelque temps à prendre ses marques dans ce nouvel environnement. Il avait aussi davantage de responsabilités.

Les nouvelles politiques sur la restructuration des universités avaient nécessité de multiples réorganisations des services au sein de la faculté. Un surplus de travail auquel il avait également fallu faire face sans broncher au risque sinon de se faire virer comme un malpropre. Le doyen n'était pas réputé pour être conciliant. A force de patience et de persévérance Tiberio avait malgré tout réussi à rendre le climat moins tendu avec la tête chenue. Il avait même pu lancer une grande enquête sur les habitudes de restauration des étudiants et analyser leurs besoins afin de réduire les coûts du restaurant universitaire.

Mais il était aussi impatient que la semaine se termine pour emmener Flavio et Marcella à Fiumicino. La ville maritime accueillait pendant une semaine un rassemblement de vieux gréements, messagers d'un autre temps... et d'autres moeurs. Il avait réservé une chambre dans une pension de famille de la via Porto Romano d'où ils pourraient rejoindre les quais à pied. Il entendait déjà le brouhaha des onomatopées accueillant les bateaux.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 91 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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02/02/2013

Elle avait débarqué dans sa vie bizarrement

Berghetti marchait de mieux en mieux. Sa jambe ne le faisait quasiment plus souffrir. L'oraison ne serait pas pour tout de suite. Mais il se demandait jusqu'où les gardiens de Saint-Pierre étaient prêts à aller pour le dissuader de continuer ses recherches. 

Le professeur n'était cependant pas du genre à abandonner la partie, quitte à livrer une guerre, fût-elle inégale. Il cherchait toujours un moyen de s'infiltrer dans le palais pontifical, et surtout la personne qui pourrait s'y introduire sans éveiller les soupçons. 

Chaque vendredi Francesco Berghetti se rendait à la piscine pour une séance de rééducation. Marcella avait accepté de l'y conduire et l'attendait à la cafétéria. Elle lui avait rendu de multiples services depuis leur première rencontre dans la via di Santa Dorotea. Elle avait par ailleurs réveillé sa sensibilité. Les années à arpenter l'université l'avait blazé de pas mal de choses et ses jugements envers ses pairs étaient devenus implacables au fil du temps. Beaucoup de ses collègues le snobaient bien qu'il jouît d'une belle réputation dans toute l'Italie et même au-delà des frontières du pays. Marcella ne s'était pas échappée dès que l'opération avait été terminée. Elle se sentait concernée par le sort du professeur et elle avait réussi à l'apprivoiser. Un lien s'était créé entre eux. Un lien auquel il s'accrochait chaque jour un peu plus.

La jeune femme avait débarqué dans sa vie bizarrement, dans une circonstance inattendue. Il remerciait tous les jours Sainte Rita de l'avoir placée sur son chemin. Son aide avait été providentielle. Marcella l'avait convaincu d'expérimenter de nouveaux traitements contre la douleur et ceux-ci s'étaient révélés très efficaces. Pourquoi avait-il suivi son conseil lui qui d'ordinaire accordait peu de crédit à ce que disait son entourage? Pourquoi avait-il envie de croire en elle? Il repensait souvent au Pygmalion de Bernard Shaw et au mythe du vieux professeur qui tombe amoureux de son élève. Une pensée qu'il s'empressait de chasser d'un clignement furtif des paupières.

- "Madame, puis-je avoir l'addition s'il vous plaît?"

La serveuse, au cou de laquelle pendait une chaîne avec un pendentif en forme de serpent, revint quelques minutes plus tard avec le compte. Son repas s'élevait à 15,40 euros. Il trouva que c'était un peu cher pour des pâtes à la carbonara et des tranches de cornichons aigre-doux. De plus l'établissement était bruyant. Il n'y reviendrait sûrement pas.

Ce texte a été rédigé pour les éditions 89 et 90 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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18/01/2013

Ne pas laisser faire le diable

Midi venait de sonner à l'église Santa Dorotea et le père Paulo commença à se préparer pour se rendre à Saint-Pierre. Cela ne servait plus à rien d'attendre l'appel du père Stefano. Si l'opération avait échoué il l'aurait su. Il espérait que Berghetti avait bien eu la frousse. Quel mécréant! Prouver mathématiquement l'existence de Dieu... Pour qui ce professeur se prenait-il? S'il l'avait eu devant lui il l'aurait châtré de ses propres mains.

Il avait écouté attentivement le père Stefano décrire les tenants et les aboutissants de l'affaire et n'avait pu qu'adhérer au projet. Il n'était pas question de laisser faire le diable. Il fallait agir et au plus vite. Comme lui, trois autres prêtres de la cité romaine avaient été choisis pour accomplir cette délicate tâche. Le souverain pontife n'était pas du genre à s'en laisser conter mais ils seraient persuasifs. Alors qu'il quittait l'église, le père Paulo aperçut une jeune femme soutenant un homme qui semblait avoir du mal à marcher. En approchant il reconnut le professeur Berghetti mais se demanda qui pouvait bien être celle qui l'accompagnait. Il dépassa l'étal de l'épicier sans se retourner malgré l'envie de voir dans quelle direction se dirigeaient le blessé et son aide. La femme avait l'air toute chose, comme perdue au milieu de l'océan, le regard rivé sur l'homme qu'elle portait.

Paulo eut à peine un regard pour les pauvres ères toujours affalés près du pont Sisto. Il bifurqua vers le Longotovere della Farnesina en direction de Saint-Pierre. Le rendez-vous était à 15h. Il irait à pied. Il avait largement le temps.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 88 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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10/01/2013

Victime d'une conspiration

Francesco Berghetti était tiré d'affaire. Il lui faudrait un peu de temps avant de pouvoir remarcher correctement mais l'opération, qui avait duré deux heures, s'était bien passée. Sa jambe avait été soignée au mieux par son frère. Francesco était un gars fort au caractère bien trempé. Il lui suffirait d'être patient pour retrouver toutes ses capacités et de prendre régulièrement les comprimés prescrits par Pasquale. Sa volonté était sans commune mesure et il était bien décidé à retrouver les participants de cette conspiration. Car il s'agissait sans aucun doute d'une conspiration.

Il pensait que les vieux gardiens de Saint-Pierre étaient derrière tout ça. Francesco était le seul à avoir recensé les théories méthématiques cherchant à démontrer l'existence de Dieu. Ses autres travaux ne posaient pas de problèmes existentiels, en tout cas pas au point de susciter la colère de quelques radicaux qui craindraient qu'on scie la branche sur laquelle ils sont assis.

Après le départ de l'infirmière il avait appelé l'un de ses collègues pour le mettre au courant de l'affaire en lui précisant de ne surtout rien dire au doyen. Pour le personnel de la faculté, Francesco avait eu un accident et serait absent un certain temps. Le collègue avait pour mission de faire circuler cette info. Rien d'autre.

Quand il eut raccroché le combiné, il compulsa l'annuaire du Vatican pour trouver un numéro. Il fallait qu'il parvienne à joindre l'un de ses anciens étudiants qui était entré dans la garde suisse. Il feuilleta l'annuaire pendant plusieurs minutes puis replaça d'un geste souple une mèche de cheveux qui lui tombait sur les yeux. Il n'avait pas trouvé le numéro. Il réfléchit alors au moyen le plus sûr d'infiltrer le Vatican pour savoir ce qu'il se tramait derrière les murs du palais pontifical.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 87 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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17/12/2012

Quelque chose cloche?...

"Un sentiment d'abattement s'est emparé de moi ce matin. J'ai 36000 choses à faire mais je n'ai pas envie de m'y mettre. Je traîne, je bouquine, je fais un tour sur le Web... Bref, je fais tout sauf ce qu'il faudrait que je fasse avant que le soleil ne se couche.

J'ai juste pensé à mettre deux machines en route et à faire mon lit. Il faudrait que je range la table de la salle, mon bureau, les placards... Il faudrait aussi que je rédige mes articles, que je révise pour le concours... et surtout ne penser à rien d'autre! Mais le petit vélo dans ma tête ne s'arrête jamais. Il tourne sans cesse.

Je me sens inutile et nulle. Toutes les démarches que j'ai entreprises pour trouver un meilleur job n'ont pas pas abouties. Alors maintenant je me dis que ça ne sert à rien de se décarcasser pour trouver un emploi. Je me dis que je n'ai aucune chance.

Quand je dois rédiger de longs articles j'ai une boule au ventre. Je retarde toujours le moment de la rédaction, persuadée que ce que je vais écrire ne sera pas bien. En fait je ne crois pas en moi, je ne crois pas en mes chances de réussir dans la vie. J'ai eu tellement de déconvenues que je ne crois plus en rien.

Le pire, c'est ma vie sentimentale. Je n'ai tellement pas envie de me tromper que je n'ose pas me lancer. Et puis j'ai horreur de prendre des risques, de me mettre en danger. Les autres, c'est l'inconnu. Et l'inconnu est trop souvent décevant. J'ai par ailleurs beaucoup de mal à supporter les autres. En même temps, j'ai l'impression d'être transparente pour eux.

Aucun homme ne m'aborde. J'en viens à me demander ce qui cloche chez moi. Pourquoi je ne plais pas aux hommes? Est-ce que je leur fais peur? Ou bien ont-ils peur de ne pas être à la hauteur?"

Violette Jeudi 13 décembre 2012