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27/01/2012

Insomnie

Peter eut beaucoup de mal à regagner Bayswater Road. Des tourbillons de neige arrivaient de toutes parts. Le vent, qui s'était levé d'un seul coup, balayait tout sur son passage. Peter avait du mal à avancer et distinguait à peine le trottoir malgré la lumière des réverbères. L'hiver s'installait. Les pelouses de Kensington n'étaient pas près de reverdir.

Victoria mit un certain temps à venir ouvrir la porte. Elle était sous la douche et n'avait pas entendu tout de suite la sonnette. Elle était en peignoir. Ses cheveux étaient encore plein de mousse. Après avoir embrassé furtivement Peter elle fila dans la salle de bain rincer le shampoing. Quand elle revint dans le living room, elle avait passé un jean et un vieux t-shirt. Ses cheveux étaient peignés en arrière. 

Pendant ce temps-là Peter avait pressé un pamplemousse. Il pensait qu'un peu de vitamines ne ferait pas de mal à Victoria. Non seulement elle n'avait plus de voix, mais depuis quelques jours elle était sujette aux insomnies. Elle ne trouvait pas le sommeil avant au moins 4 heures du matin et quand elle parvenait à s'endormir ce n'était jamais guère que pour quelques minutes. Les cernes sous ses yeux s'agrandissaient et de jour en jour son teint devenait plus pâle. 

Après avoir avalé le jus de pamplemousse Victoria alla se blottir contre Peter qui s'était installé sur le canapé. Il la serra très fort contre lui. La radio diffusait Lady Marmelade. Peter sentit le feu lui monter aux joues. Cette proximité avec Victoria réveilla son désir. La douceur de sa peau éveilla tous ses sens mais Victoria s'était assoupie. Peter essaya d'attraper le plaid d'une main pour couvrir ses épaules. Il n'avait pas envie qu'elle ait froid. C'était un bonheur de veiller sur elle.

Le lendemain matin Victoria était fraîche comme une rose. Sa voix n'était pas revenue mais elle se décida à aller à la rédaction pour voir comment se débrouillaient les chefs de rubriques et Pierre, le stagiaire de l'ESJ qu'elle trouvait un peu niais. C'est avec un regard plein de désespoir que Daniel, son adjoint, et la secrétaire l'accueillirent. Victoria ne se sentait pas irremplaçable mais visiblement tout ne s'était pas passé comme prévu pendant son absence. Un jeune journaliste avait été pris à partie lors d'une manifestation contre la réforme de la tarification du gaz. Il avait été blessé au bras et avait dû se rendre à l'hôpital. Puis il y avait des rumeurs de mensonge au plus haut sommet du gouvernement. David Cameron et Nick Clegg devaient tenir une conférence de presse en fin de matinée pour éclaircir l'affaire.

Victoria trouva un bouquet de pivoines sur son bureau. D'après sa secrétaire elles avaient été livrées la veille. C'était l'inspecteur Philip Perterson qui lui souhaitait sans artifices un prompt rétablissement. Il voulait l'inviter à prendre le petit déjeuner un jour prochain. Il avait quelques nouvelles qui pouvaient l'intéresser. Avant d'aller chez un collectionneur de perroquets, elle mangea deux choux à la crème qui traînaient dans le réfrigérateur de la cafétéria et but un Earl grey bien fort.

Victoria sortit de la rédaction peu avant 11h30 et se dirigea vers Lugsmoor Lane. Sur Pall Mall la circulation était fluide mais lorsqu'elle arriva sur Marlborough Road les voitures n'avançaient pas. Le carrefour était complètement bouché. Elle entendit les passants - une vamp, un sexagénaire et deux hommes d'affaires - dire qu'ils avaient vu un molosse trousser un chat et que c'est ce qui vait provoqué l'encombrement.  Une voiture avait pilé pour les éviter et celles de derrière étaient venues s'encastrer dedans.

Le collectionneur de perroquets avait été assez ennuyeux. En revenant à Bayswater Road Victoria trouva un exemplaire de l'Astragale d'Annie Sarrazin dans sa boîte à lettres. David, le frère de Peter, avait promis de lui en donner un. Graphiste pour les éditions Golden Blaze, il avait été chargé de réaliser la couverture de la version anglaise. Le visage de l'auteure y apparaissait dans une sorte d'hologramme. C'était vraiment chou de sa part.

Elle trouva également deux places pour aller écouter le choeur de Brompton Oratory le 20 février. Elle aimait beaucoup cette église, et tout particulièrement l'abside qui comprenait de très beaux bas reliefs.   

Ce texte a été rédigé pour l'édition 53 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il y avait 29 mots imposés. Ce texte n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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20/01/2012

Réception diplomatique

Peter ne pensait pas avoir un énorme succès en France mais il était très heureux d'avoir été sélectionné. Comme lui, trois autres écrivains anglais avaient été choisis pour être traduits dans la langue de Molière. Le conseiller culturel avait fait un discours sans fausse note, en évoquant de façon concise les particularités des candidats. Il avait parlé de "belles découvertes" dans les ouvrages retenus. Angie Smith avait été choisie pour un essai sur les auteurs de la Pléiade, Adam Potter pour un roman relatant une sombre histoire de maîtresse délaissée contrainte à vivre dans une caravane, et Charles Scott pour un roman policier aux accents rustiques se déroulant dans un coin reculé d'Angleterre.

Le livre qui valait à Peter d'être parmi les candidats avait été primé plusieurs fois. Il s'agissait de son deuxième roman, "La nostalgie de l'amour", dans lequel il avait mis en scène une trentenaire errant dans le carnaval de Venise après la disparition de son compagnon. Peter s'était attardé sur la période qui s'écoule entre la perte de l'être aimé et le moment où la jeune femme commence à reprendre sa vie en main.

Une fois les auteurs présentés, le conseiller culturel avait invité l'assistance à prendre part au cocktail dînatoire. Après avoir serré la main au ministre plénipotentiaire, qu'il avait croisé lors d'une précédente manifestation, Peter se dirigea lui aussi vers le buffet. C'était jour de fête à l'Institut français. Les flûtes étaient sorties, le champagne coulait à flot. L'heure était au raffinement.

Peter picorait dans les plats quand trois pintades, grimpées sur des stilettos, lui mirent le grappin dessus. Elles voulaient tout savoir sur ses habitudes d'écriture: ce qui l'inspirait, à quelle heure il écrivait, quel serait le sujet de son prochain livre... Elles criaillaient sans interruption et leur babillage devint vite insupportable. Peter songeait à s'éclipser. L'heure tournait. Il ne savait pas trop comment s'en débarrasser quand il aperçu dans le fond de la salle, adossé à une statue représentant une divinité romaine, Paul Mulberry, éditeur raté et fieffé menteur connu de tous les gens de lettres. Il avait essayé de faire croire à plusieurs personnes qu'il avait remonté le Nil sur une felouque avant de se rendre près des pyramides à dos de dromadaire. Personne, bien sûr, ne l'avait cru. Tout le monde savait que c'était un couard et que jamais il n'aurait osé mettre un pied dans le désert, et certainement pas s'arrêter dans une oasis.

Mais bien entendu, au lieu d'aller saluer Mulberry, seul prétexte qu'il avait trouvé pour s'arracher des griffes des gallinacés, Peter avait filé par la galerie séparée de la salle par un moucharabieh. Les réceptions mondaines n'étaient pas son truc. Il ne prenait aucun plaisir à festoyer de la sorte. Il faudrait cependant qu'il revienne à l'Institut pour l'inscription au rallye auquel il avait promis de participer. Victoria ayant un sens de l'orientation presque inné ils avaient des chances de gagner.

Avant de rentrer à Bayswater Road il s'arrêta dans une pharmacie pour acheter une préparation au propolis, des tisanes à l'huile de thym  et des pastilles au miel de pin. Victoria n'avait plus de voix depuis deux jours. Elle n'avait pas bougé de son appartement et se gavait de médicaments plus inefficaces les uns que les autres. Peter espérait qu'elle n'avait pas attrapé un mauvais virus et que ces quelques remèdes de grand-mère feraient leur effet.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 52 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il y avait 25 mots imposés. Ce texte n'est pas libre de droits.

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12/01/2012

Accident ou malveillance?

Victoria n'avait pas eu une minute à elle depuis son retour. A peine rentrée elle était partie en catastrophe à Bristol. Bernard Chestterfield, un éminent professeur de l'université d'Oxford était mort lors d'un "bungee jump" et tout le campus était sous le choc. Son corps s'était écrasé sur les rochers. Victoria avait réussi à accéder à la nacelle installée sur le pont Clifton grâce au concours de l'inspecteur Peterson qui avait fait jouer ses relations. Puis elle avait interviewé le doyen de la faculté de Physique pour en savoir un peu plus sur le professeur. Le doyen, vêtu d'une blouse à la couleur délavée, n'avait pas tari d'éloges sur Chestterfield, tout comme les élèves qui suivaient ses cours. Il était l'auteur de plusieurs théories. Celle qui l'avait fait connaître, l'orthodromie - ce qu'on appelle "la distance à vol d'oiseau" - était une pépite. De même son essai sur les graphes lui avait valu plusieurs récompenses.

La famille avait donné son assentiment pour la publication de photos du défunt. Tout semblait dire qu'il s'agissait d'un accident mais une enquête avait été ouverte. Un personnage aussi éminent suscitait peut-être quelques jalousies à l'université. Scotland Yard ne négligeait aucun indice. Bien que vérifiés régulièrement, l'élastique, ainsi que les harnais, avaient été saisis pour examens approfondis en laboratoire.

Victoria était revenue à Londres le surlendemain, complètement exténuée. Elle avait pris un train de nuit après avoir avalé une galette dans un pub de la gare Temple Meads. Mais elle n'avait pas dormi, scrutant successivement l'obscurité et les lumières des bourgades que la locomotive traversait. C'était une nuit sans brouillard. Des milliers d'étoiles illuminaient le ciel. Elle retrouva dans son sac, outre les clés de son appartement et le guide sur la ville de Bristol, le dernier livre de Peter avec cette belle dédicace qu'elle aimait relire: "Les saisons passent mais à tes côtés mon coeur ne connaît que l'été." 

Après ce reportage mené tambour battant, Victoria avait trouvé un peu de réconfort auprès de Peter. Il l'avait emmenée au zoo après la relève de la garde à Buckingham qui s'était déroulée dans un joyeux tintamarre. Ils avaient passé un long moment à observer les éléphants et avaient pensé que ces pauvres bêtes seraient peut-être plus à l'aise dans leur milieu naturel. Puis ils avaient pensé aux braconniers et s'était dit que les pachydermes étaient sûrement plus en sécurité dans ce zoo...

Le soir ils étaient allés au Curzon Mayfair Cinema en passant par l'extrème est du Serpentine pour jeter un oeil aux aménagements effectués près de la cascade. Victoria avait reçu à la rédaction deux places pour "The iron Lady", un film sur la vie et la carrière de Margaret Thatcher. Un film intéressant mais qui n'était pas du goût de tous les britanniques, choqués qu'on puisse montrer les faiblesses de l'âge.

La nuit avait été câline. Peter était un amant exceptionnel. Victoria aimait sa sensualité. L'ivresse de ses baisers lui faisait oublier ceux qui l'avaient tenue un jour dans leurs bras. Elle se dit qu'ils devraient se retrouver plus souvent entre des draps. Cela faisait partie des résolutions à prendre pour cette nouvelle année. Cette histoire relevait du conte de fées. Un bonheur impensable qu'elle avait peur de voir s'envoler...

Ce texte a été rédigé pour l'édition 51 du jeu Des mots, une histoire, initié par Olivia. 22 mots imposés. Ce texte n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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12/12/2011

All you need is... love!

6 janvier

Je ne quitte plus le pull en cachemire que Victoria m'a offert à Noël. Elle l'avait déposé sous le sapin juste à côté de la crèche avec ses santons rapportés de Provence. Elle avait un regard lumineux de petite fille lorsque j'ai ouvert mon cadeau; elle guettait chacune de mes réactions. On a pris un peu d'avance sur le calendrier pour célébrer Noël car elle avait prévu de rentrer en France pour passer les fêtes en famille. Elle partait en Eurostar le 23 décembre alors le 21 je lui ai concocté un petit dîner romantique dans un restaurant de Knightsbridge. Après le repas nous avons marché au hasard des rues illuminées de guirlandes de toutes les couleurs. Une vraie féerie. Sur le chemin du retour Victoria, qui devait être un peu pompette, a tenu absolument à chanter des chants de Noël mais aussi des standards anglais parmis lesquels All you need is love: "There's nothing you can do that can't be done / Nothing you can sing that can't be sung..."

12 janvier

La neige n'est pas près de fondre. Il en est retombé 20 centimètres cette nuit. Le manteau blanc qui recouvre Londres n'a rien d'éphémère. Habituellement on a tout juste quelques frimas. Cette année la ville semble enveloppée de silence. La neige assourdit les bruits. L'aube a quelque chose de mystérieux.

Je n'ai fait qu'hiberner depuis que Victoria est partie pour le continent. J'erre comme un vieil ours dans l'appartement. Je n'ai pas envie d'écrire et les larmes me viennent aux yeux pour un oui ou un non. Mon âme a été entaillée par une lame invisible. Seule Victoria peut panser cette plaie béante. Je me languis d'elle bien qu'elle me donne régulièrement de ses nouvelles. Son sourire espiègle et ses jolis yeux de fée me manquent. J'espère qu'elle pourra se libérer au printemps pour un petit voyage en Hollande. Nous irons nous perdre dans les champs de tulipes rouges, roses, jaunes...

16 janvier

Victoria est rentrée il y a trois jours et je ne l'ai pratiquement pas vue depuis son retour. Elle m'a raconté qu'elle s'est faite malmener à la gare de Saint Pancras juste avant de prendre le métro pour Bayswater Road. Quelques individus imbibés d'alcool ont essayé de lui arracher ses possessions. Elle a hurlé et s'est débattue comme un tigresse pour les faire fuir. Les agents de sécurité ont réussi à la sortir de ce mauvais pas et ont saisi les gredins qui ont été placés en cellules de dégrisement au Yard. Elle a été bien secouée mais n'a heureusement pas été blessée.

Le relèvement des prix a provoqué une multiplication des vols à la tire. Une situation qui ne devrait pas aller en s'améliorant après les dernières déclarations de Cameron.

24 janvier

Le week-end dernier j'ai emmené Victoria au zoo après la relève de la garde à Buckingham qu'elle tenait absolument à aller voir. Nous avons passé un temps fou à observer les éléphants. Nous guettions le moment où le soigneur viendrait déposer la ration d'aliments dans le réceptable qui leur sert de mangeoire. Pauvres bêtes privées de liberté pour assouvir le voyeurisme des humains. Une forme d'esclavagisme moderne...   

Ce texte a été rédigé pour l'édition 49 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il y avait 24 mots imposés. Ce texte n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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27/11/2011

Romance

Peter et Victoria étaient arrivés au restaurant avec une faim de loup après leur petite randonnée dans Kensington Gardens. Ils avaient choisi une pizzeria de James Street renommée pour son pizzaïolo, un as qui faisait virevolter la pâte sur le bout de ses doigts. L'établissement était aussi connu pour la cuisson au four traditionnel. Victoria avait commandé avec enthousiasme une quatro formaggi et Peter une Margherita. Au dessert le patron leur avait conseillé un Tiramisu, leur péché mignon.

Ce début de romance plaisait beaucoup à Victoria. Elle entretenait l'espoir d'une longue histoire avec l'écrivain et se demandait s'il existait une méthode pour le grand amour. Elle se disait aussi que l'amour rend parfois aveugle. Intérieurement elle essayait de lister les petits défauts de Peter: sa mine agacée quand quelqu'un l'ennuyait, son ton dramatique quand il évoquait la crise qui secouait la planète... Bien qu'elle se creusât la tête, elle n'en trouva que très peu et préférait en fait lister ce qui lui plaisait chez lui: la douceur de son regard, l'amplitude de ses gestes, sa peau fraîche, sa chevelure brune... Elle aimait les traits réguliers du visage de Peter. A tel point qu'elle en avait réalisé une esquisse qu'elle avait accrochée dans son salon, juste au dessus du petit secrétaire à l'armature en bois qu'elle avait déniché à Portobello quelque temps après son installation à Londres.

Le déjeuner avait été fort agréable et Victoria ne songeait pas du tout au retour à Bayswater Road. Elle savait cependant qu'elle avait accumulé beaucoup de retard dans l'élaboration de la Une pour le lundi et finit par dire à Peter qu'elle devait aller à la rédaction pour voir où en étaient les sujets et relire les articles de fond. Avec une moue un brin boudeuse il la salua avec respect et la laissa s'échapper bien qu'il eut la tentation de la retenir quelques heures encore. Il ressentait déjà le vide abyssal de son absence et n'avait qu'une envie: la revoir au plus vite.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'édition 47 du jeu Des mots, une histoire, initié par Olivia. Il y avait 22 mots imposés. Ce texte n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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20/11/2011

Indécent

Il est minuit. Cette journée m'a épuisée. Je n'ai eu que des soucis à la rédaction. Le petit mot que vous avez glissé dans ma boîte aux lettres fut donc un réel réconfort. Il m'a réchauffé le coeur.

A l'heure qu'il est, peu probable que cet e-mail vous trouve éveillé... Vous le lirez demain matin avec autant de plaisir, je l'espère, que j'ai eu à lire votre doux billet. Aussi doux que la chaleur de vos bras autour de mes épaules.

Aurez-vous une heure ou deux samedi matin pour une balade? J'ai aimé, pour ne pas dire adoré, celle de la semaine dernière en votre compagnie. Flâner dans les allées de Kensington Gardens à votre bras fut un moment délicieux. Peut-être pourrions-nous prolonger cette promenade par un déjeuner en terrasse... Le soleil est là pour quelque temps. Et s'il nous faisait faux bond, je sais que j'en trouverai très certainement un peu dans vos yeux.

A très vite, mon cher Peter. Je vous embrasse de la façon indécente qui, je m'en souviens, vous plaît.  

Victoria

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture de Skriban. Le début et la fin (en mauve) étaient imposés. Ce texte n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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30/09/2011

La petite musique de Victoria

Le soleil avait fait son retour avec les premiers jours du printemps. Les fleurs commençaient à sortir de terre, Kensington se colorait d'un tendre vert et les Londoniens flânaient dans les rues. Toute la ville souriait à nouveau.

Victoria était ravie de l'arrivée des beaux jours. L'hiver avait été particulièrement froid et avait semblé ne jamais vouloir finir. Depuis mi-mars elle allait chaque samedi à Brompton Oratory à pied. Elle traversait le parc pour rejoindre Exhibition Road en saluant Peter Pan d'un petit geste de la main avant de remonter en longeant le Serpentine. Juste avant d'arriver au lac, elle entendait toujours quelqu'un jouer du violon. Le musicien jouait un morceau léger et mystérieux qui l'envoûtait. Cette petite musique tournait dans sa tête toute la journée et parfois tout le week-end.

Un samedi matin elle décida de ne pas aller jusqu'à Brompton Oratory. Elle voulait trouver ce violoniste qui chaque semaine l'envoûtait. Ce jour-là elle jeta à peine un coup d'oeil à la statue de Peter Pan et se dirigea vers le lac comme à l'accoutumée mais au lieu de continuer vers la colline, elle tourna à droite pour s'installer sur une pelouse. Elle s'assit sur un plaid qu'elle avait emporté ainsi qu'un livre. Au bout d'une trentaine de minutes, la petite musique résonna non loin de son point de chute. Elle remarqua un clochard installé sur un banc. Tout en faisant mine de lire, elle épiait son voisin. Il semblait être familier du lieu; chacune de ses possessions avait visiblement sa place. Il était pieds nus. Victoria en déduisit qu'il profitait du soleil pour réchauffer sa vieille carcasse. Ses cheveux étaient blancs, sa barbe épaisse et plutôt longue, ses mains noueuses et gonflées. Elle avait remarqué qu'il portait des lunettes mais elle était trop loin pour voir la couleur de ses yeux.

Ce qui intriguait le plus Victoria c'était l'incroyable talent du clochard pour faire vibrer les cordes de son violon. Elle pensa qu'il avait très certainement donné des concerts à une époque. Un musicien aussi doué avait dû tourner dans le monde entier et elle se demanda comment s'était produit ce revers de fortune.

Au bout d'une heure la musique cessa et Victoria se plongea sérieusement dans sa lecture. De ce fait elle ne remarqua pas que le clochard l'observait à son tour. Il avait un journal à la main qu'il avait ajusté devant son visage de façon à ce qu'elle le croit en train de lire. Au lieu de cela ses yeux erraient sur les cheveux châtains de la jeune femme, ses joues rosées et la moue de ses lèvres lorsqu'elle était concentrée sur son livre. Il la vit sourire à plusieurs reprises et se demanda quelle était sa lecture. Il aurait aimé aller lui parler mais il avait peur de l'effrayer et de ne pas la revoir car il l'attendait chaque samedi matin. Il guettait sa silhouette et ses cheveux bercés par la cadence de ses pas.

Ce texte n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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