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28/02/2012

Complètement abasourdie

jeu-7[1].jpegPhilip Peterson avait donné rendez-vous à Victoria dans un bar de Soho. Un endroit assez éloigné de son bureau pour être sûr de ne pas rencontrer une connaissance. Un endroit également éloigné du bureau de Victoria. Elle non plus ne souhaitait pas être vue en compagnie de l'inspecteur.

C'était la première fois qu'elle mettait les pieds au Flat White. Le lieu faisait également office de galerie d'art. Des photographies très stylisées recouvraient les murs.

Elle trouva Peterson attablé devant un verre de blanc sec malgré l'heure matinale. Un signe qui lui laissa penser que ce qu'il avait à lui dire était important parce qu'habituellement il était plutôt du genre à prendre un café crème. Après lui avoir donné une cordiale et franche poignée de main elle s'installa sur la banquette à côté de lui. 

Ne sachant comment lui dévoiler le résultat de ses recherches il parla du temps, des températures plus clémentes, de l'arrivée du printemps puis, il lui demanda ce qu'elle souhaitait commander. Victoria choisit un café latte et des oeufs sur le plat avec du bacon. Son estomac était au niveau de ses talons. Elle avait juste avalé un thé sucré au miel avant de partir. L'inspecteur commanda la même chose mais préféra accommoder ses oeufs avec du saumon fumé.

Quand les assiettes furent posées sur la table Victoria - qui n'en pouvait plus d'attendre - lui demanda de but en blanc:

- "Alors inspecteur, des infos qui peuvent faire couler de l'encre?"

- "Euh... oui... enfin non... Disons, que c'est à propos de ce que vous m'avez demandé il y a six mois..."

- "Et? Vos recherches ont abouti?", articula-t-elle en avalant un morceau de bacon.

- "Bah... disons que oui... mais je sais pas si ça va vous plaire..."

- "Et bien, dites toujours. Je verrai si ça me plaît ou pas."

Quand Peterson eut fini de parler Victoria fut incapable de prononcer le moindre son. Elle ne voulait pas croire au récit qu'elle venait d'entendre et se demanda si l'inspecteur - secrètement amoureux d'elle - n'en avait pas rajouté. Il venait de lui révéler d'où provenaient les appels anonymes et elle était complètement abasourdie.

Ce texe a été rédigé pour le jeu n°7 du Blog à mille mains et la photo appartient à Gabrielle. Il n'est pas libre de droits.

24/02/2012

De visu

Peter n'avait pas voulu monter dans la nacelle du London eye. Ce nigaud n'avait jamais dit à Victoria qu'il avait une peur incontrôlable du vide. Elle était donc montée sans lui. Le ciel était dégagé au-dessus de la ville, d'un bleu azur, parsemé de tous petits nuages blancs. On aurait cru des morceaux de ouate flottant au-dessus des buildings.

A sa descente de la nacelle, Victoria avait invité Peter à déjeuner dans un petit restaurant chinois. Ils avaient commandé une soupe aux champignons noirs, du porc sauce aigre-douce et des nouilles sautées. En dessert ils avaient choisi un gâteau parfumé à la noix de coco et du nougat. Victoria adorait ça, notamment les petites graines de sésame qui craquaient sous les dents. L'après-midi ils étaient allés à pied à la National Gallery. En traversant le pont pour rejoindre White Hall Victoria s'était demandé quel taux de nitrates pouvait charier la Tamise.

Au musée ils avaient pris leur temps pour admirer les oeuvres de Claude Monet et tout particulièrement les Nymphéas. Ils avaient également passé beaucoup de temps devant les oeuvres tourmentées de Turner. Pas de couleurs neutres dans ses toiles mais des nuances franches et nobles. Ils en avaient profité pour visiter la nouvelle galerie dédiée à la peinture française du 17ème siècle. 

En ressortant de là, Peter était tombé nez-à-nez avec Angus, un de ses camarades de l'Université d'Edimbourg. Il ne l'avait pas revu depuis 25 ans. Le type était devenu un naufragé de la vie. Après des études brillantes en histoire de l'art et en littérature il avait mené une vie de noctambule, changeant de nana comme de chemise et cherchant des noises à tout le monde. Bien que le voyant de visu Peter eut du mal à admettre que l'un des garçons les plus doués de sa promo soit devenu ce déchet. Angus s'était mis à la boisson. Un poivrot notoire. Installé dès neuf heures du matin au comptoir il buvait pour oublier ses soucis, sa descente aux enfers. Mais dans la cuite, point de nirvana. Juste une cirrhose qui commençait à s'attaquer sérieusement à son foie.

Victoria avait demandé à Peter s'il s'agissait du galleriste dont il lui avait parlé plusieurs fois. "Que nenni, ma cherie!" lui avait-il répondu. Mais cette rencontre avec Angus resterait à jamais gravée dans sa mémoire. Cet instantané, cet instant T reviendrait le hanter régulièrement. Il pensait au fond de lui qu'il aurait pu ressembler à Angus s'il ne s'était pas accroché à l'écriture et s'il n'avait pas réussi à se faire un nom.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 14 du jeu Les Plumes de l'année initié par Asphodèle. Il y avait 21 mots commençant par la lettre "N" à placer. Ce texte n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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17/02/2012

Une plume en apesanteur

Cette chute avait poussé Victoria à retarder son voyage à Paris. Après plusieurs coups de fil elle avait réussi à changer la date. Elle partirait donc le 15 mars. Elle espérait par ailleurs que les conditions climatiques seraient meilleures. La neige était à nouveau tombée en abandonce et le Serpentine était pris par la glace.

C'est à l'angle de Sloane Street et de Knightsbridge que Victoria avait été prise d'un vertige. Pendant quelques secondes son corps avait semblé une plume en apesanteur puis, elle était tombée violemment sur le sol. Peter n'avait pas eu le temps de l'attraper pour lui éviter le choc. Par chance elle était bien couverte ce soir-là et les vêtements avaient amorti la chute. Mais elle avait eu une sacrée peur et s'était mise à sangloter en cherchant désespérément un paquet de mouchoirs au fond de ses poches.

Ils revenaient du Royal Court Theatre où ils avaient vu une représentation du "Chant du cygne" d'Anton Tchekov. Le spectacle avait été à la hauteur de leurs attentes. C'était le jeudi suivant le concert du choeur de Brompton Oratory. Les chants, accompagnés de mélodies "andante", avaient conquis l'assistance. L'architecture de l'église se prêtait parfaitement au chant choral. Il y avait une bonne réverbération des sons.

Victoria était postée derrière la fenêtre. Elle contemplait le manteau blanc qui recouvrait Kensington Gardens. Un corbillard passa à vive allure devant l'immeuble. Un cercueil - "couffin pour les vieux" selon les enfants d'une école de Dewsbury - était placé à l'arrière. Victoria se demanda si quelqu'un reposait à l'intérieur. Quelques instants plus tard elle vit passer un punk à la caroncule rouge promenant un chat en laisse. Incongru dans le contexte. Eberluée, elle s'approcha de la vitre pour mieux voir, si bien qu'elle se cogna le front.

Elle quitta son poste d'observation au bout d'une demi-heure et s'installa sur le canapé pour feuilleter des catalogues de croquis et de barbouillages de pseudo peintres contemporains cherchant la reconnaissance. Ne trouvant aucune esthétique aux oeuvres, elle lacha les catalogues et empoigna un livre de cuisine proposant uniquement des recettes de volailles. La plupart des mets semblaient roboratifs. Chapon de Bresse aux petits oignons, préparations de farces, salade aux allumettes de pintade... Tout paraissait délicieux mais elle avait pris soin de sauter les premières pages du bouquin qui expliquaient comment saigner un poulet avec la lame d'un couteau. Hors de question qu'elle mette fin elle-même à l'existence d'un volatile!

La nuit était tombée. Les haut-parleurs de la chaîne-hifi diffusaient les accords jazzy et cosy du dernier album de Paul McCartney Kisses on the bottom. Victoria se rendit à la cuisine pour préparer quelque chose à grignoter quand tout à coup l'appartement fut plongé dans le noir. Il n'y avait plus de courant. La lumière de la rue avait elle aussi disparue. Il lui fallait trouver des allumettes et des bougies rangées pour les unes dans le confiturier et pour les autres dans le bahut. Rien que l'idée de devoir se déplacer à tâtons dans le noir l'énerva. Elle repensa à une scène de film où Sherlock Holmes demande une allumette à son fidèle complice après avoir échappé à plusieurs attaques des sbires de Moriarty: "Might I have a match, Watson?" Mais là, il n'y avait personne pour lui venir en aide...

Ce texte a été rédigé pour l'édition 56 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il y avait 27 mots mais on pouvait en utiliser que 25. J'ai pour ma part laissé de côté "grillage" et "enfance". Ce texte n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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10/02/2012

Gage de confiance

Victoria se regarda une dernière fois dans la glace avant de sortir. Elle ajusta les épaulettes de son manteau puis positionna son béret sur sa tempe droite. Ses yeux étincelaient sous ses paupières teintées d'un marron irisé. Elle repensait à ce que lui avait dit Peter deux heures plus tôt alors qu'elle était lovée dans ses bras. Avait-elle bien entendu? Elle avait en tout cas ressenti une petite décharge électrique dans le coeur. Mais elle avait réagi avec dérision car elle trouvait le mariage démodé. Il lui semblait par ailleurs que c'était un noeud qui se resserrait chaque jour un peu plus autour du cou. Promettre de chérir une personne le restant de ses jours lui était impossible. Car la vie réserve des surprises. Est-il possible de savoir si cinq ans plus tard on aura toujours la même affection pour la personne qui partage notre vie? 

Mais Peter était très sérieux ce matin-là. Victoria s'en voulait un peu d'avoir accueilli sa proposition avec ironie. Elle ne voulait pas le blesser. Lui demander de l'épouser était un superbe gage d'amour et de confiance de sa part. Comme pour la sauver d'un mauvais rêve le réveil s'était mis à sonner. Une bonne excuse pour se défiler. Elle était quitte pour le moment. 

Le froid était mordant. Un vent glacial giflait les joues. Le gel persistait et le givre recouvrait tout. Dans Kensington Gardens des pies picoraient des graines apportées par les habitants du quartier. Elles se déplaçaient dans une sorte de sarabande sur les pelouses. Victoria se souvint tout à coup que l'oiseau était synonyme de bonne nouvelle dans le folklore chinois. Le parallèle qu'elle fit avec la proposition de Peter l'agaça. Elle ne voulait pas y penser.

Elle se rendit à la rédaction à pied ce qui lui prit pas loin d'une heure. Les trottoirs étaient verglacés et chaque pas était une aventure même dans les rues les plus fréquentées: Park Lane, Piccadilly, St James's street. Lorsqu'elle arriva, très peu de journalistes étaient à leur bureau. La journée s'annonçait difficile. Victoria se demanda comment la pimenter. Elle avait vu un documentaire la veille à la télévision qui présentait un collectionneur de cactus miniatures dans la banlieue de Londres. Cela ferait un bon sujet magazine pour le surlendemain. Pour le lendemain elle envisageait de titrer sur la recrudescence des cas de grippe et de bronchiolite. Elle voulait aussi un sujet sur les otaries du zoo municipal dont le bassin s'était transformé en patinoire. Victoria espérait que cela réveillerait les quelques journalistes présents qui avaient les paupières lourdes d'un excédent de sommeil ou d'une nuit frénétique. Un autre sujet avait retenu son attention ce jour-là: la découverte d'un lac d'eau douce sous la calotte glaciaire du pôle sud.

Daniel arriva dans son bureau vers 11h avec son lot de mauvaises nouvelles. Une dépêche était tombée la veille rapportant qu'un groupe islamiste avait critiqué la religion anglicane dans des termes assez durs. L'archevêque de Cantorbéry, Rowan Williams, avait envoyé un communiqué à toutes les rédactions pour répondre à ce blasphème. Le sujet serait mis dans les dernières minutes. Il y avait aussi un accident tragique en montagne. Deux Britanniques étaient tombés dans un précipice dans les Alpes alors qu'ils faisaient du hors piste. Enfin, les producteurs de fromage du Somerset prévoyaient une grande manifestation pour réagir à l'embargo des Etats-Unis sur l'importation de Cheddar.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 55 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il y avait 24 mots imposés. Il n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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03/02/2012

Un parcours sans faute

Lorsqu'elle entra dans l'appartement Victoria trouva Peter penché sur un livre. Il lisait une étude sur les scolopendres et les mésanges pour la rédaction de son prochain roman. La bibliothèque du quartier lui avait fourni quelques références et il s'était empressé de faire les librairies pour trouver de la matière. Victoria s'approcha doucement de lui et effleura avec tendresse sa joue.

Avant qu'ils ne partent pour le rallye organisé par l'Institut français Victoria réserva un billet de train pour Paris. La compagnie de chemins de fer faisait des promotions sur les lignes à grande vitesse pour tout aller-retour réservé entre le 9 et le 14 février. Elle trouvait bien agréable de pouvoir faire une réservation sans avoir à se déplacer à la gare, surtout qu'il y avait un petit bout entre Bayswater Road et Saint-Pancras.

Le départ du rallye était programmé devant Marble Arch à 13h30. Ils s'y rendirent à pied en observant les agents de la ville installer des pavillons aux couleurs de la France pour la venue du Premier ministre à Londres. David Cameron l'avait invité pour évoquer des décisions européennes importantes.

Les énigmes furent assez difficiles à résoudre mais à aucun moment Peter et Victoria ne donnèrent leur langue au chat. Ils n'avaient pas fait d'erreur. Un parcours sans faute. Beaucoup de participants s'étaient rendus à tort au siège de Scotland Yard dans Victoria Street au lieu d'aller à Baker Street au Sherlock Holmes Museum. Le 6e sens de Victoria et son sens de l'orientation leur avait permis de déjouer tous les pièges. Ils avaient terminé 3/4 d'heure avant les autres bien qu'ils se soient fait accoster à plusieurs reprises par des touristes qui cherchaient leur chemin. Ils avaient remporté le challenge haut la main et s'étaient mis à chanter "We are the champions" en regagnant l'Institut. Plusieurs équipes avaient été désorientées à la 3ème énigme et avaient dû retourner inexorablement à l'étape précédente. Le rallye s'était achevé sur la tombe du soldat inconnu dans l'abbaye de Westminster. Peter et Victoria avaient livré une lutte sans merci pour gagner malgré le froid et la neige qui commençait à se transformer en boue.

Le ciel clair du matin avait laissé place à une masse sombre et basse. La soirée s'annonçait brumeuse et de nouvelles chutes de neige étaient annoncées pour la nuit. Les foyers d'hébergement commençaient à ouvrir leurs portes quand Peter et Victoria prirent le chemin de Bayswater Road. Quelques flocons voltigeaient et venaient frôler leurs yeux. Ils décidèrent de traverser Hyde Park pour rentrer en empruntant le West Carriage Drive. Ils étaient sur le point de traverser le pont lorsque Peter glissa sur une plaque de verglas. Les températures étaient repassées en dessous de zéro. Il n'avait apparemment rien de cassé mais avait un peu mal aux fesses et une petite douleur au thorax qu'il frictionnerait avec de l'Arnigel en rentrant. Cela ne l'empêcherait sûrement pas d'apprécier le dîner, et notamment les tomates farcies préparées avec attention par Victoria.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'édition 54 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il y avait 23 mots imposés. Ce texte n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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27/01/2012

Insomnie

Peter eut beaucoup de mal à regagner Bayswater Road. Des tourbillons de neige arrivaient de toutes parts. Le vent, qui s'était levé d'un seul coup, balayait tout sur son passage. Peter avait du mal à avancer et distinguait à peine le trottoir malgré la lumière des réverbères. L'hiver s'installait. Les pelouses de Kensington n'étaient pas près de reverdir.

Victoria mit un certain temps à venir ouvrir la porte. Elle était sous la douche et n'avait pas entendu tout de suite la sonnette. Elle était en peignoir. Ses cheveux étaient encore plein de mousse. Après avoir embrassé furtivement Peter elle fila dans la salle de bain rincer le shampoing. Quand elle revint dans le living room, elle avait passé un jean et un vieux t-shirt. Ses cheveux étaient peignés en arrière. 

Pendant ce temps-là Peter avait pressé un pamplemousse. Il pensait qu'un peu de vitamines ne ferait pas de mal à Victoria. Non seulement elle n'avait plus de voix, mais depuis quelques jours elle était sujette aux insomnies. Elle ne trouvait pas le sommeil avant au moins 4 heures du matin et quand elle parvenait à s'endormir ce n'était jamais guère que pour quelques minutes. Les cernes sous ses yeux s'agrandissaient et de jour en jour son teint devenait plus pâle. 

Après avoir avalé le jus de pamplemousse Victoria alla se blottir contre Peter qui s'était installé sur le canapé. Il la serra très fort contre lui. La radio diffusait Lady Marmelade. Peter sentit le feu lui monter aux joues. Cette proximité avec Victoria réveilla son désir. La douceur de sa peau éveilla tous ses sens mais Victoria s'était assoupie. Peter essaya d'attraper le plaid d'une main pour couvrir ses épaules. Il n'avait pas envie qu'elle ait froid. C'était un bonheur de veiller sur elle.

Le lendemain matin Victoria était fraîche comme une rose. Sa voix n'était pas revenue mais elle se décida à aller à la rédaction pour voir comment se débrouillaient les chefs de rubriques et Pierre, le stagiaire de l'ESJ qu'elle trouvait un peu niais. C'est avec un regard plein de désespoir que Daniel, son adjoint, et la secrétaire l'accueillirent. Victoria ne se sentait pas irremplaçable mais visiblement tout ne s'était pas passé comme prévu pendant son absence. Un jeune journaliste avait été pris à partie lors d'une manifestation contre la réforme de la tarification du gaz. Il avait été blessé au bras et avait dû se rendre à l'hôpital. Puis il y avait des rumeurs de mensonge au plus haut sommet du gouvernement. David Cameron et Nick Clegg devaient tenir une conférence de presse en fin de matinée pour éclaircir l'affaire.

Victoria trouva un bouquet de pivoines sur son bureau. D'après sa secrétaire elles avaient été livrées la veille. C'était l'inspecteur Philip Perterson qui lui souhaitait sans artifices un prompt rétablissement. Il voulait l'inviter à prendre le petit déjeuner un jour prochain. Il avait quelques nouvelles qui pouvaient l'intéresser. Avant d'aller chez un collectionneur de perroquets, elle mangea deux choux à la crème qui traînaient dans le réfrigérateur de la cafétéria et but un Earl grey bien fort.

Victoria sortit de la rédaction peu avant 11h30 et se dirigea vers Lugsmoor Lane. Sur Pall Mall la circulation était fluide mais lorsqu'elle arriva sur Marlborough Road les voitures n'avançaient pas. Le carrefour était complètement bouché. Elle entendit les passants - une vamp, un sexagénaire et deux hommes d'affaires - dire qu'ils avaient vu un molosse trousser un chat et que c'est ce qui vait provoqué l'encombrement.  Une voiture avait pilé pour les éviter et celles de derrière étaient venues s'encastrer dedans.

Le collectionneur de perroquets avait été assez ennuyeux. En revenant à Bayswater Road Victoria trouva un exemplaire de l'Astragale d'Annie Sarrazin dans sa boîte à lettres. David, le frère de Peter, avait promis de lui en donner un. Graphiste pour les éditions Golden Blaze, il avait été chargé de réaliser la couverture de la version anglaise. Le visage de l'auteure y apparaissait dans une sorte d'hologramme. C'était vraiment chou de sa part.

Elle trouva également deux places pour aller écouter le choeur de Brompton Oratory le 20 février. Elle aimait beaucoup cette église, et tout particulièrement l'abside qui comprenait de très beaux bas reliefs.   

Ce texte a été rédigé pour l'édition 53 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il y avait 29 mots imposés. Ce texte n'est pas libre de droits. La photo non plus.

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20/01/2012

Réception diplomatique

Peter ne pensait pas avoir un énorme succès en France mais il était très heureux d'avoir été sélectionné. Comme lui, trois autres écrivains anglais avaient été choisis pour être traduits dans la langue de Molière. Le conseiller culturel avait fait un discours sans fausse note, en évoquant de façon concise les particularités des candidats. Il avait parlé de "belles découvertes" dans les ouvrages retenus. Angie Smith avait été choisie pour un essai sur les auteurs de la Pléiade, Adam Potter pour un roman relatant une sombre histoire de maîtresse délaissée contrainte à vivre dans une caravane, et Charles Scott pour un roman policier aux accents rustiques se déroulant dans un coin reculé d'Angleterre.

Le livre qui valait à Peter d'être parmi les candidats avait été primé plusieurs fois. Il s'agissait de son deuxième roman, "La nostalgie de l'amour", dans lequel il avait mis en scène une trentenaire errant dans le carnaval de Venise après la disparition de son compagnon. Peter s'était attardé sur la période qui s'écoule entre la perte de l'être aimé et le moment où la jeune femme commence à reprendre sa vie en main.

Une fois les auteurs présentés, le conseiller culturel avait invité l'assistance à prendre part au cocktail dînatoire. Après avoir serré la main au ministre plénipotentiaire, qu'il avait croisé lors d'une précédente manifestation, Peter se dirigea lui aussi vers le buffet. C'était jour de fête à l'Institut français. Les flûtes étaient sorties, le champagne coulait à flot. L'heure était au raffinement.

Peter picorait dans les plats quand trois pintades, grimpées sur des stilettos, lui mirent le grappin dessus. Elles voulaient tout savoir sur ses habitudes d'écriture: ce qui l'inspirait, à quelle heure il écrivait, quel serait le sujet de son prochain livre... Elles criaillaient sans interruption et leur babillage devint vite insupportable. Peter songeait à s'éclipser. L'heure tournait. Il ne savait pas trop comment s'en débarrasser quand il aperçu dans le fond de la salle, adossé à une statue représentant une divinité romaine, Paul Mulberry, éditeur raté et fieffé menteur connu de tous les gens de lettres. Il avait essayé de faire croire à plusieurs personnes qu'il avait remonté le Nil sur une felouque avant de se rendre près des pyramides à dos de dromadaire. Personne, bien sûr, ne l'avait cru. Tout le monde savait que c'était un couard et que jamais il n'aurait osé mettre un pied dans le désert, et certainement pas s'arrêter dans une oasis.

Mais bien entendu, au lieu d'aller saluer Mulberry, seul prétexte qu'il avait trouvé pour s'arracher des griffes des gallinacés, Peter avait filé par la galerie séparée de la salle par un moucharabieh. Les réceptions mondaines n'étaient pas son truc. Il ne prenait aucun plaisir à festoyer de la sorte. Il faudrait cependant qu'il revienne à l'Institut pour l'inscription au rallye auquel il avait promis de participer. Victoria ayant un sens de l'orientation presque inné ils avaient des chances de gagner.

Avant de rentrer à Bayswater Road il s'arrêta dans une pharmacie pour acheter une préparation au propolis, des tisanes à l'huile de thym  et des pastilles au miel de pin. Victoria n'avait plus de voix depuis deux jours. Elle n'avait pas bougé de son appartement et se gavait de médicaments plus inefficaces les uns que les autres. Peter espérait qu'elle n'avait pas attrapé un mauvais virus et que ces quelques remèdes de grand-mère feraient leur effet.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 52 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il y avait 25 mots imposés. Ce texte n'est pas libre de droits.

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