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07/06/2012

Une sacrée bonne idée

jeu-8-by-chouyo[1].jpgRosie ne pouvait pas emporter tous les livres qu'elle avait accumulés pendant tout le temps passé à Lusaka. Elle cherchait comment s'en débarrasser. La solution était de les donner à la bibliothèque de la Communauté Saint Lawrence mais les étagères étaient déjà pleines à craquer et ils en avaient en double. Elle ne pouvait pas décemment consacrer un de ses bagages aux seuls ouvrages. C'était pure folie. Elle n'aurait de toute façon pas la place de les stocker chez elle à Bristol. Son appartement était petit et les livres tapissaient déjà les murs de plusieurs pièces. Ses élèves lui en prendraient peut-être quelques uns mais c'était peu sur la totalité. Elle ne se voyait pas jeter le reste.

Puis, une idée lui vint. Le père de l'un des petits auxquels elle donnait des cours ne savait pas quoi faire de ses journées. Elle allait lui donner du travail. Rosie la bonne fée allait faire cadeau de ses livres à Mumba et lui assurer ainsi un revenu pour nourrir les siens. S'il choisissait un emplacement judicieux au coeur de la ville, il aurait des clients, ça ne faisait aucun doute. Les jeunes étaient avides de connaissances. Ils étaient de plus en plus nombreux à franchir les portes de l'université. Oui, c'était une sacrée bonne idée qu'elle avait là.

Ce texte a été rédigé pour le jeu n°8 du Blog à 1000 mains. Il n'est pas libre de droits, tout comme la photo prise par Chouyo.

02/06/2012

D'un oeil goguenard

Victoria n'avait qu'une envie, se laisser griser par la fête. C'était la première fois qu'elle entrait dans la "forteresse". Pas de sonnette à l'entrée de Buckingham mais il fallait montrer patte blanche. Deux gardes à l'uniforme seillant contrôlaient minutieusement l'identité des invités. Peter avait accepté de l'accompagner à cette réception donnée à l'occasion du Jubilé de diamant de la souveraine.

Pendant trois semaines il avait cherché comment s'habiller. Malgré deux armoires pleines de vêtements, il n'avait rien trouvé de correct à se mettre. C'est seulement la veille de la réception qu'il s'était résolu à faire les magasins. Victoria avait trop d'occupations à la rédaction pour faire les boutiques avec lui mais il s'en était plutôt bien sorti. Il était revenu avec un costume bleu rayé d'aspect moderne et distingué en laine qu'il avait assorti d'une cravate en soie noire à rayures bleu ciel. Il avait mis les boutons de manchettes hérités de son père avec une chemise blanche. Quant aux chaussures, il en avait une paire dans laquelle il se sentait comme dans des chaussons. Il n'avait ainsi pas eu besoin de mettre de pansements pour éviter les cloques.

Victoria remarqua quelques hétaïres qui se pressaient autour de la famille royale ainsi que des journalistes versatiles et démagogues qu'elle ne supportait pas. La souveraine était une manne pour eux. Elle faisait vendre du papier.  

Victoria se tenait à l'orée de la mêlée, les regardant jouer des coudes d'un oeil goguenard. L'un d'entre eux, un petit bonhomme aux cheveux jaunissants, se baladait une tablette à la main pour informer en temps réel ses aficionados. Il en faisait des tonnes comme s'il jouait le rôle de sa vie. Victoria avait envie de rire. Il avait l'air vraiment ridicule et tout à fait déplacé au milieu du décor. Elle, elle noterait ses impressions dans son carnet en moleskine, confident de ses rencontres et de ses voyages.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 67 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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25/05/2012

Tiraillée entre les deux

Luc avait joué les candides quand Maria lui avait annoncé que Victoria était partie. Mais au fond de lui, il se doutait que les choses ne pouvaient pas rester en l'état. Victoria était tiraillée entre Jean et lui. L'amant officiel et l'amant caché. Elle avait essayé de canaliser son inclination mais il n'y avait pas de remède, pas d'antidote. Elle aimait les deux hommes. Plutôt que de les faire souffrir elle avait choisi de s'éloigner, de prendre le large. C'était bien son genre.

La première fois qu'il l'avait vue c'était un jour d'orage. Les cieux étaient en colère. Un véritable déluge s'abattait sur l'île. Parti en promenade à bicyclette il avait été obligé de se réfugier à la librairie du Vieil. Elle aussi avait écourté sa balade à vélo et était entrée dans le magasin. Ses cheveux étaient trempés, ses joues rosies par la pluie, et son sourire craquant. Elle portait ce jour-là une jupe au-dessus du genou qui modelait divinement sa silhouette. Elle avait des fesses rebondies et des hanches de madonne. Il avait prié pour qu'elle ne s'aperçoive pas de son début de calvitie, ou du moins pas avant qu'ils aient échangé leurs numéros de téléphone. Puis les nuages s'étaient écartés pour laisser place au soleil. Avant de ressortir de la boutique il avait acheté un briquet pour allumer l'amadou dans la cheminée et un calendrier qu'il avait conservé dans ses archives.

Il l'avait appelée le surlendemain et était resté la langue pendue au téléphone pendant une heure. Pas besoin de déclamer de quatrains pour la séduire, ni d'être burlesque ou bien de raconter des histoires hallucinantes. Il lui avait parlé simplement de tout et de rien. Au bout de la conversation la promesse d'un rendez-vous qui ressemblait déjà à une caresse. A faire les cent pas l'oreille collée au téléphone cellulaire il avait failli écraser un moustique qui courait sur la mousse du pin qui ombrageait le jardin. 

Le rendez-vous était fixé au lundi suivant. Avant de rentrer dans la maison il était allé jusqu'au bord de l'eau. La mer était calme et il n'y avait pas un nuage à l'horizon.  

Texte rédigé pour l'édition 66 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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19/05/2012

Ses cheveux exhalaient un parfum de pivoine

Assis à l'avant du bateau Jean contemplait l'opacité ténébreuse de la nuit. Seul un point lumineux brillait par intermittence. Les flots de la baie de Bourgneuf étaient tumultueux. Les embruns giflaient le bateau et du sel venait se coller aux vitres. Les passagers, calés dans leur fauteuil, écoutaient le vent râler au dehors. Certains, le front en sueur, pensaient au naufrage. Jean s'attendait à en voir un faire dans son froc d'un moment à l'autre. La mer était mauvaise ce matin. Au loin le point lumineux grossissait mais il n'arrivait pas encore à distinguer le phare de l'île d'Yeu. Ses compagnons de traversée avaient les traits crispés, le coeur à l'envers. Ca tanguait pas mal. Jean lui aussi commençait à avoir chaud.

Dix minutes plus tard le bateau était à Port-Joinville. Une nuée de mouettes voletait autour des marins sortant des caisses de poissons fraîchement pêchés. Jean inspira profondément lorsqu'il se trouva à l'air libre. Il ne quittait pas la Réale mais c'était tout comme, heureux de mettre un pied sur la terre ferme.

A chaque fois qu'il arrivait à l'île d'Yeu il ne pouvait s'empêcher de penser à Victoria. Cela faisait deux ans jour pour jour qu'elle avait quitté la Vendée. Il n'avait pas de nouvelles. Pour fêter ce triste anniversaire il alla boire un chocolat chaud où ils avaient l'habitude de se réfugier quand ils venaient sur l'île pour une randonnée à vélo. La patronne du bistrot avait un balai à la main. Un ballon en mousse, sans doute oublié par un gamin, traînait dans un coin de la salle. Aucun changement dans la décoration. Même les affiches des concerts organisés chaque année pour la fête de l'été n'avaient pas bougé. 

Il se remmémora sa dernière rencontre avec Victoria. C'était lors de la communion de Sylvia. Il se souvenait que sa veste en velours sentait l'encens et que ses cheveux exhalaient un parfum de pivoine. C'est ce jour-la qu'il avait dit au-revoir à son grand amour à l'ombre des pins maritimes. Il ne savait pas qu'elle s'apprêtait à quitter la région. Son regard était comme toujours plein d'espièglerie et de coquinerie. Pourquoi était-elle partie?

Jean chemina plus lentement que d'habitude vers son bureau installé dans la rue du Secret. Des larmes perlaient à ses cils et s'étalaient à intervalles réguliers sur ses joues. Chaque minute qui passait le faisait de plus en plus ressembler à un albinos mais aujourd'hui ses yeux n'étaient pas rougis par le vent et la pluie.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 65 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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11/05/2012

Chez Paxton & Whitfield

Peter trouva la fromagerie sans difficultés. Le croquis de Victoria l'avait bien aidé. La boutique Paxton & Whitfield, sise au 93 de Jermyn Street, offrait un large choix de fromages britanniques mais pas seulement. On pouvait y trouver aussi des spécialités françaises sélectionnées par Androuët. C'était la première fois que Peter poussait la porte du magasin. Les fromages frais et à pâte molle étaient disposés sur un comptoir en bois foncé rehaussé d'une petite vitrine. Les fromages à pâte dure étaient quant à eux présentés sur un deuxième comptoir plus haut et sans vitrine installé dans le prolongement du premier. Le lieu était accueillant et tout était appétissant. Peter choisit tout d'abord un Cerney. Il s'agissait d'un fromage au lait de chèvre en forme de pyramide que la vendeuse emballa délicatement dans un papier blanc soyeux. Il demanda ensuite un morceau de Stilton Cutting, l'un des meilleurs bleus d'Angleterre puis, une fine tranche de Red Leicester, son péché mignon. Et pour faire une surprise à Victoria il acheta en même temps une bouteille de Monbazillac.  Le magasin lui plaisait beaucoup. Il se jura d'y revenir bientôt.

En ressortant il traversa la rue et se dirigea vers l'église St-James. Il y entra il ne sait pas trop pourquoi. Avait-il envie de se laver de quelques impuretés? L'édifice était désert. Les icônes, enveloppées de solitude, attendaient les fidèles le regard avide de prières. Peter s'était toujours demandé comment pouvait venir la vocation de prêtre. Peut-être dans les églises à observer les icônes et les statues des saints...

Avant de rentrer à Bayswater Road il passa à l'Institut français pour récupérer un exemplaire de la "Nostalgie de l'amour" traduit par les soins de la diplomatie. Une jeune recrue en escarpins - sans doute une stagiaire - lui arracha presque des mains sa carte d'identité. Elle avait un regard assassin de Cerbère. Il se demanda un instant si elle ne cachait pas une faux sous son bureau pour couper les mollets de ceux qui oseraient faire un pas de plus sans son assentiment. N'ayant rien trouvé de suspect sur lui la demoiselle lui rendit sa carte et lui donna un badge pour aller plus loin. Son inquiétude de ne pouvoir entrer se dissipa en un quart de seconde. Victoire! il allait pouvoir récupérer le bouquin.

En prenant son courrier dans la boîte il remarqua qu'une lettre avait été postée en Italie. Elle arrivait tout droit d'Aoste. Il ne connaissait personne là-bas... Puis il se souvint tout à coup qu'il avait demandé de la documentation à l'Office de tourisme de la ville. La brochure promettait des "vacances magiques et ensoleillées", "des paysages à couper le souffle", "des randonnées inspirantes en altitude"... Les textes chevauchaient des photos plus attrayantes les unes que les autres. Des maisons aux jalousies entrebaillées, des alpages fleuris, des montagnes grandioses... Bref, Aoste était LA destination pour passer des vacances inoubliables. Cependant, il se demandait s'il n'était pas préférable de passer par un tour opérateur pour organiser le voyage.

  • Mon chéri, il est midi
  • Mon chéri, j'avais préparé des spaghettis
  • Mon chéri, avec du poisson froid et de l'aïoli
  • & je crois que tu as oublié que l'on devait déjeuner ensemble...

Peter reconnu tout de suite l'écriture de Victoria, ponctuée d'une anaphore et d'une esperluette. C'était bien son style de laisser ce genre de petit mot. Elle avait dû coller le post-it sur sa porte avant de partir pour la National Gallery où elle devait retrouver Lina pour visiter l'expo Turner. Il avait complètement oublié le déjeuner et se sentait tout penaud. Il avait bien fait d'acheter une bouteille de Monbazillac...

Ce texte a été rédigé pour l'édition 64 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits.

04/05/2012

Provoc et duel avec toi...

"Quand j'entends ce prélude de Bach, par Glen Gould ma raison s'envole, vers le port du Havre et les baraques..." Victoria n'avait pas eu beaucoup le temps d'écouter ses vieux CD depuis qu'elle était à Londres. Cette coupure forcée était donc l'occasion pour elle de ressortir ses disques. Deux piles s'entassaient négligemment à côté de la chaîne Hi-Fi. Elle devait à chaque fois tout compulser pour retrouver le CD qu'elle voulait écouter, se trouvant le plus souvent sur le dessous de la pile.

Elle était toujours en train de fredonner une mélodie, moins joliment que les oiseaux qui se posaient dans les arbres plantés devant l'immeuble certes, mais elle avait toujours un refrain en tête. Quelques merveilleuses paroles qu'elle répétait inlassablement avant que d'autres ne viennent occuper son esprit.

Avec le printemps Kensington Gardens retrouvait un peu de gaieté. Victoria avait remarqué qu'il y poussait des pieds de muguet sauvage. Du muguet trop vite piétinné par un chien au pelage noir de la taille d'un dogue. Il vagabondait depuis quelques temps dans le quartier et n'appartenait visiblement à personne. L'abominable bête faisait par ailleurs un véritable carnage parmi les écureuils. Plusieurs avaient été retrouvés éventrés par les services de la ville. Cependant, les agents chargés de l'entretien du parc n'avaient pas réussi à capturer l'animal pour l'empêcher de nuire. Impossible de mettre la main sur ce maudit clébard qui se fichait pas mal des interdits régissant le lieu.

Les belles journées du mois de mars avaient laissé la place à des jours gris. Le temps était à la pluie et des tornades étaient annoncées dans l'ouest du pays. Le smog recouvrait Londres. L'air, chargé de particules toxiques, était devenu irrespirable. Du coup Victoria sortait peu. Il lui semblait qu'elle était arrêtée depuis une éternité. Elle pensait déjà à retourner au bureau mais ç'aurait été déraisonnable. Il lui fallait faire un vrai break. D'ailleurs, Peter avait prévu de l'emmener en Hollande le week-end suivant. Elle avait très envie de découvrir Amsterdam. Cette petite escapade lui fairait à coup sûr grand bien.

Elle profita de sa convalescence pour rédiger quelques lettres en essayant de ne pas trop bégayer dans les formules de politesse. Elle ne savait jamais vraiment comment terminer ses missives afin qu'elles ne paraissent ni trop pompeuses ni trop légères. Elle écrivait toujours sur son secrétaire, les stylos et le carnet d'adresses à portée de main. Ce meuble de facture peu commune la rassurait, comme si l'âme de l'ébéniste s'était faufilée dans les tiroirs. Victoria aimait faire glisser ses doigts sur le plateau finement travaillé tout en détaillant du regard les nervures du bois. 

Tard le soir elle regardait de vieux films. Elle avait ainsi revu "Le fugitif" avec Harrisson Ford. L'acteur américain y incarnait le chirurgien David Kimble accusé du meurtre de sa femme retrouvée le crâne fracassé. Sauf que Kimble n'avait pas commis le crime et devait s'évader pour essayer de rétablir la vérité. Victoria appréciait  beaucoup le jeu d'Harrisson Ford mais également celui de Tommy Lee Jones dans le rôle du Marshal Samuel Gerard.

Ses soirées se terminaient à une heure avancée, toujours en musique. Il lui arrivait parfois de s'endormir sur le canapé et de se réveiller au beau milieu de la nuit avec les CD qui passaient en boucle: "J'fais un voeu, le feu d'un duel au soleil, je rêve d'un duel avec toi, prise au piège tu te rendras, provoc et duel avec toi..." 

Ce texte a été rédigé pour l'édition 63 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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27/04/2012

Burn out

Victoria glissa deux petits peignes dans ses cheveux après les avoir rapidement brossés. Elle n'avait pas de temps à perdre. Il fallait qu'elle jette un oeil à ses mails. Elle n'avait pas remis les pieds à la rédaction depuis  son malaise, cela faisait maintenant quatre jours. Sa connexion haut débit n'allait pas assez vite à son goût. Les pages s'affichaient trop lentement sur son note book.

Sa boîte mails était pleine à craquer de messages pour la plupart commerciaux. Après un premier tri aproximatif elle regarda ceux reçus de la rédaction. Daniel, son adjoint, lui en avait envoyé plusieurs qui avait pour objet "URGENT". Victoria les lut en premier. Ils nécessitaient une réponse dans l'immédiateté. Daniel devait s'impatienter. Il soumettait toujours les problèmes épineux à Victoria pour se couvrir mais elle savait qu'il aurait pris tout seul la bonne décision. Ils avaient les mêmes points de vues sur de nombreux sujets, même les plus sensibles. Elle lui faisait confiance. Il était capable de gérer la "boutique" pendant son absence

Peter farfouillait dans les placards pour trouver le café et le thé aromatisé à la bergamote que Victoria rangeait dans des boîtes hermétiques pour préserver leurs arômes et leurs saveurs. Hasard ou coïncidence, il remarqua que Victoria achetait exactement le même café que lui. Il en prépara un pot puis mit la bouilloire chauffer. Elle faisait un bruit du diable mais c'était le moyen le plus rapide de faire chauffer l'eau pour le thé. Il disposa enfin des muffins toastés sur une assiette et sortit le pot de marmelade d'oranges amères qu'il déposa sur le plateau du petit déjeuner.

Les doigts de Victoria pianotaient très vite sur le clavier du note book, exécutant des trilles ça et là. Ses cinq ans de piano y étaient sans doute pour quelque chose. Elle esquissa un sourire lorsque Peter s'approcha mais son regard trahissait sa tristesse. L'insouciance dont elle avait fait preuve ces derniers mois, luttant contre son corps, épuisant ses dernières ressources, l'avait conduite au burn out. Elle était triste pour Peter, triste de ne pas l'avoir assez écouté, de ne pas s'être assez ménagée. Il fallait qu'elle enclenche une dynamique de guérison, elle le savait. Il s'était fait un sang d'encre pour elle ces dernières semaines, l'avait vue chavirer jusqu'à la chute. Jamais cependant il ne lui avait fait de reproches, lui cachait toujours sa déception quand elle refusait de faire une trêve, quand elle refusait de se reposer. Pas facile de gérer ses sentiments, d'avancer dans le labyrinthe du coeur. Le sujet était très sensible et Victoria n'avait pas envie d'en parler pour le moment.

Depuis un mois ses créations étaient au point mort. Il n'aurait sans doute pas terminé la pièce de théâtre que John lui réclamait pour l'été. Il voulait s'occuper de Victoria, l'aider à remonter la pente. Il n'avait pas envie que ce satané journal ait sa peau.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 62 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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