Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

02/11/2012

Ciao Tiberio!

Beaucoup de fleurs avaient été livrées. La sépulture disparaissait sous des roses blanches et des ancolies bleutées. Quelques pivoines également. Elles embaumaient l'atmosphère. Une foule d'amis et d'inconnus défila devant la tombe pour rendre un dernier hommage à Tiberio. Tous, par ailleurs, tenaient à manifester leur sympathie à Marcella et Flavio, la compagne et le fils du disparu.

La cérémonie avait été sobre, l'oraison funèbre admirable. Marcella avait essayé de rester forte pour le petit mais elle était ravagée par la douleur. Les médecins ne s'étaient pas trompés. Le scanner de la tête n'avait laissé aucun doute. La tumeur n'était pas opérable et l'état de Tiberio n'avait fait qu'empirer jusqu'à l'issue fatale.

Des larmes perlaient à ses cils. Elle détournait le visage pour cacher son chagrin à Flavio dont elle était désormais la tutrice légale. Elle ne voulait pas se montrer abattue par la disparition de son compagnon. Elle devait rester forte pour lui.

La succession ne posa pas de problème. Tiberio avait fait de Marcella sa seule légataire. Comme elle lui avait promis elle emmena Flavio au carnaval de Venise l'année suivante. Le gamin avait été émerveillé par les costumes aux couleurs chatoyantes. Les acclamations fusaient à leur passage. Une ribambelle de touristes avaient fait le déplacement pour l'occasion. Les masques avaient également retenu leur attention. Ils étaient splendides, piqués de plumes et de fleurs multicolores. L'attrait du carnaval était tel que le cheminement s'avérait parfois difficile dans les rues et sur les campi. Mais ils avaient passé un merveilleux moment. Flavio était ravi. C'est tout ce qui comptait pour Marcella.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 1 des Plumes... initiées par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

textes originaux,écriture,littérature,actu,actualité

19/10/2012

L'habitude naît de la première fois...

Enfin l'occasion s'était présentée. Peterson avait avoué ses sentiments à Victoria. Il était retourné la voir à l'hôpital deux jours plus tard. L'infirmière de service venait de sortir de la chambre. Victoria était éveillée. Il lui avait parlé sans aucune prétention et n'espérait rien en retour sinon qu'elle ne se moque pas de lui. Elle n'avait pas semblé surprise par cet aveu plein de candeur et de vitalité. Peterson n'avait rien d'un thuriféraire. Il n'était pas du genre à flatter les gens ce qui rendait ses paroles plus touchantes.

Elle n'allait pas jouer les fourbes, le tromper sournoisement. Victoria avait de l'affection pour lui mais elle aimait aussi un autre homme. Malgré ses arguments, l'inspecteur s'assit sur le bord de son lit et la prit le plus délicatement possible dans ses bras. Lorsqu'il l'embrassa sur les lèvres elle se laissa faire. Venait-elle de commettre l'irréparable? On dit que l'habitude naît de la première fois. Ce baiser, qu'elle avait aimé, était-il le premier d'une longue série?

Victoria n'avait pas envie de résister. Au diable Peter! Tant pis pour le marasme que cela allait provoquer dans sa vie. Elle se sentait bien dans les bras de Philip Peterson. Elle connaissait par ailleurs la pauvreté de sa vie sentimentale et elle était heureuse de lui apporter un peu de douceur. Mais le bonheur allait devoir attendre. Il fallait qu'ils mettent la main sur Jeremy Swanton. Victoria craignait qu'il ne s'enfuie dans la cambrousse écossaise ou qu'il n'aille pigouiller sur les bords de l'Atlantique, dans quelque marécage glauque. Il était bien capable aussi de partir en Inde et d'y exercer n'importe quel job pour subvenir à ses besoins: conducteur de rickshaw, charmeur de serpents ou encore porteur de palanquins.

Alors qu'elle passait la main dans les cheveux de Philip, raccourcis quelques heures plus tôt par un coiffeur de Marylebone Highstreet, Victoria se souvint tout à coup qu'elle avait laissé sur son bureau une pochette contenant des documents ministériels importants. Des documents concernant justement Jeremy Swanton, activement recherché non seulement par Scotland Yard mais également par le ministère des Affaires étrangères.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 78 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

Précisions: ce texte est le dernier que je publie ici des aventures de Victoria, Peter et Philip Peterson. Cette première partie sera vraisemblablement la base de mon prochain roman. Le premier est en cours d'achèvement. Peut-être pourrez-vous le lire l'année prochaine si une maison d'édition accepte de le publier. Merci à tous pour votre fidélité!

textes originaux,écriture,littérature,actu,actualité

04/10/2012

Tels deux mollusques sur des draps blancs

La saturation des rues à l'heure de pointe avait considérablement réduit la progression de Peter. Il se dirigeait vers l'hôpital. Victoria y avait été admise avec Peterson. Après une folle course poursuite dans Hyde Park ils avaient été percutés par un véhicule devant Marble Arch alors qu'ils s'apprêtaient à arrêter Jeremy Swanton. Mais l'époustouflant violoniste avait mystérieusement disparu. Victoria avait juste entendu un claquement de portières

L'attente fut longue. On ne le laissa pas voir Victoria avant une bonne heure. Au dire des infirmières qui sortaient de la salle d'examen, Victoria avait récolté une belle collection de contusions. Mais de toute évidence elle s'en sortait bien. Aucun traumatisme crânien n'avait été diagnostiqué.

Quand enfin il put entrer dans la salle, Victoria et l'inspecteur étaient inertes, tels deux mollusques échoués sur des draps blancs. Peter eut un mouvement de recul. Une infirmière coiffée d'une huppe lui dit qu'on leur avait injecté une forte dose de sédatifs et qu'ils n'allaient pas se réveiller tout de suite. Ce ne fut pas de voir Victoria étendue là sans réactions qui le fit reculer mais ce fut de trouver un homme allongé à quelques centimètres d'elle. D'un coup des flammèches de jalousie enflammèrent son coeur. S'il n'avait pas été dans un hôpital il n'aurait pas hésité une seconde à tordre le cou de cet inconnu gisant à côté de sa fée.

Voyant qu'il ne pourrait pas parler à Victoria avant un bon moment il alla finasser avec les médecins pour connaître l'identité du type qui était soigné avec elle et comment il avait atterri là. Quand il apprit qu'il s'agissait d'un inspecteur il se demanda ce que Victoria pouvait bien faire avec lui. Travaillaient-ils ensemble? Victoria l'avait-elle interviewé pour un article? Ou bien étaient-ils amants? Peter se refusait à accorder de l'importance à cette dernière suggestion de son esprit, pourtant elle revenait sans cesse l'enquiquiner comme un marteau tapant regulièrement sur un clou.

Au bout de trois heures Victoria émergea d'un univers à la fois brumeux et cotonneux. De son demi-sommeil elle entendit des personnes se chicaner. Elle crut reconnaître des voix d'hommes mais tout cela lui semblait loin. Les sédatifs agissaient encore. Elle évoluait dans une dimension peuplée de nouveautés et de fabuleux rituels. Elle se vit goûter un gratin de macaroni aux courgettes, plat qu'elle n'avait jamais mangé jusqu'alors. Puis, elle eut la sensation d'être bercée à chaque fois qu'elle voulait se déplacer dans cette autre dimension d'où elle entendait de plus en plus nettement des sons. Jusqu'au moment où, de sa retraite vaporeuse, elle reconnut les voix de Peter et de Philip Peterson s'invectivant. 

Texte rédigé pour l'édition 76 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits.

28/09/2012

Le poids d'un amour inavoué

L'attente était interminable. La queue n'avançait pas. C'était toujours la même galère au self du Yard. Deux personnes pour servir une centaine d'agents qui n'avaient qu'une heure pour manger. De plus la chaleur dans le réfectoire - décoré de photos de palétuviers - était intenable. Peterson commençait à suer à grosses gouttes. Sa chemise en voile de coton serait bientôt trempée. Au menu, foie de veau et purée. Le médecin lui avait justement conseillé de manger ce type d'abat pour régénérer son organisme en zinc. Mais les repas au self ne l'enchantaient guère. Et encore moins depuis que la machine à café était tombée en panne.

Victoria déambulait dans les bas-côtés de Brompton Oratory, observant avec attention les idoles. Puis elle s'arrêta dans la chapelle des Sept Douleurs. L'endroit était austère mais elle aimait s'y recueillir. Le dos tourné à la nef elle avait l'impression d'être dans un cocon. Dans ces moments de méditation de nombreux souvenirs revenaient la hanter. Elle repensa aux lettres dogmatiques qu'elle avait trouvées dans le manoir en Ecosse et qui lui rappelaient de vagues moments de son enfance. Elle savait qu'on ne lui donnerait pas d'autorisation pour fouiller le passé et que la poursuite de la vérité pouvait conduire à toutes les éventualités. On retrouverait peut-être son cadavre dans la Tamise. Empoisonnée au cyanure. Les permis de tuer ne font pas l'objet de demandes expresses auprès de Scotland Yard. Malgré cela elle se refusait à écrire un quelconque testament, comme pour faire un pied de nez au sort.

Alors qu'il mangeait son foie de veau, Philip Peterson sentit un poids s'installer dans son estomac. Le poids d'un amour inavoué. Il faudrait qu'il arrive à parler de ses sentiments à Victoria.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 75 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits.

textes originaux,écriture,littérature,londres,actu,actualité

Jozef Chelmonski - Burza/The tempest 1896

20/09/2012

La réponse se lisait sur son visage

Victoria n'avait pas pu faire autrement que d'accepter de faire équipe avec l'inspecteur Peterson. Elle espérait que cette collaboration lui permettrait d'avancer dans son enquête sur le violoniste de Kensington Gardens. Les avantages étaient nombreux à travailler avec lui et les obstacles qu'elle avait rencontrés seraient vite balayés. Cependant les choses ne s'annonçaient pas si faciles. Elle n'était pas du sérail et la garde rapprochée de l'inspecteur ne manquerait pas une occasion pour la mettre en quarantaine. Il y avait quelques irrégularités à partager les indices de l'enquête avec une journaliste, fut-elle de bonne foi. Une embauche déguisée qui ne leur plaisait pas.

Le laboratoire de Scotland Yard avait bien confirmé qu'une page manquait dans le registre des violonistes gauchers du 19ème siècle conservé au Musée de la musique. Il s'agissait de la dernière page. Vraisemblablement celle que Victoria avait vu en Ecosse et sur laquelle on avait rajouté un nom à la main.

C'était bizarre. En ressortant du manoir elle avait aperçu une silhouette sur le surplomb du jardin qui s'était mise à courir vers elle. Elle avait pris les jambes à son cou. Son enquête n'était pas terminée. Elle devait continuer à rassembler les indices et à recouper les infos.

Elle avait commencé à enquêter après avoir découvert une page cachée dans un ouvrage chez Peter. C'était une liste de violonistes mais sur celle-ci, aucun nom n'avait été rajouté. C'est Peter qui lui avait révélé la provenance de cette feuille. En oscultant la page à la loupe, ils avaient alors remarqué qu'elle avait été sûrement arrachée.

Victoria avait omis de dire à l'inspecteur qu'il ne disposait pas de la totalité des indices. Elle souhaitait garder la page trouvée chez Peter pour compléter plus vite le "puzzle".  

Tout en observant l'éruption de bulles à la surface de son verre, Peterson passait en revue les preuves accumulées. Quelque chose lui échappait. Impossible de mener plus avant sa réflexion. Il manquait un chaînon. Les indices ne s'emboîtaient pas logiquement. Sa persévérance était d'habitude payante mais cette fois pas moyen de démêler l'intrigue. C'est pour cela qu'il avait insisté auprès de sa hiérarchie pour embaucher Victoria Snowtan, la rédactrice en chef du London's time. Cette jeune femme dynamique avait toujours un coup d'avance. Elle savait où dénicher l'info, trouver les bonnes personnes et s'introduire à peu près partout sans montrer sa carte de presse. Il était tombé sous le charme dès leur première rencontre: des yeux verts à vous faire tourner la tête et un sourire espiègle adorable. Le Yard était un piteux écrin pour une si jolie créature.

Victoria savait qu'il ne serait pas simple de travailler avec Philip Perterson. Elle sentait bien qu'elle ne le laissait pas indifférent. Ses yeux étaient pétillants et ses pupilles dilatées à chaque fois que leurs regards se croisaient. Pas besoin de lui demander s'il était amoureux. La réponse se lisait sur son visage. Et en matière de sentiments, Peterson était tout le contraire d'un coeur d'artichaut. Depuis qu'ils se connaissaient il ne manquait pas une occasion de la complimenter sur ses tenues et de lui faire porter des fleurs.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 74 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

textes originaux,écriture,littérature,actu,actualité

14/09/2012

La morsure de la sauce...

Victoria regardait son assiette avec intérêt et se demandait ce qu'elle avait commandé au juste. Elle n'avait pas bien compris les explications sur la carte et regrettait presque d'avoir accepté de dîner dans ce restaurant indien de Gloucester Road. Un médaillon de viande nageait dans une sauce brune qui s'attaquait peu à peu à la montagne de riz disposée d'un côté de l'assiette. Pourquoi n'avait-elle pas choisi ce nouvel établissement spécialisé dans les verrines qui aurait été par ailleurs sans danger pour sa ligne... Ce concept de repas "verrines" était le fruit de l'imagination d'un jeune chef du sud de Londres dont tout le monde disait du bien. Victoria aurait donné cher, à cet instant précis, pour de la cuisine anglaise.

Elle inspecta les aliments du bout de sa fourchette comme si elle tenait des pincettes. La viande semblait moelleuse mais lorsqu'elle en goûta en morceau la sauce, relevée au possible, lui fit venir les larmes aux yeux. La morsure était telle qu'elle faillit se trouver mal. Elle avait choisi ce plat comme elle aurait joué à la roulette russe et elle n'avait pas eu de chance.

Ce repas coûterait vraisemblablement une bagatelle mais elle n'aimait pas gaspiller la nourriture et se morfondait à l'idée de laisser penser à ces Indiens en exil qu'elle n'appréciait pas leur cuisine. Elle expliqua au serveur sur un ton désolé que la sauce était beaucoup trop relevée pour elle. Il débarrassa sans broncher et dès que Peter eut fini son assiette ils partirent très vite.

Tous les deux étaient chaussés de tennis et décidèrent de rentrer à pied. Ils s'arrêtèrent un long moment devant les grilles de Kensington Palace pour admirer les rangées d'hortensias que Victoria qualifia d'immangeables au lieu de remarquables. Un lapsus qui en disait long sur sa déconvenue au restaurant et son état de fatigue. Elle ne fit pas vraiment attention à ce que Peter lui raconta pendant le trajet. Il avait disserté sur l'amour passionnel et les relations fusionnelles. Tout ce que Victoria détestait en gros dans une relation amoureuse.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 73 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

textes originaux,écriture,londres,littérature,actu,actualité

14/07/2012

La langue de l'autre

Elle dénoua le ruban qui retenait les lettres qu'elle avait conservées dans un petit coffret rococo et les jeta dans la cheminée avec quelques regrets. Tout son être se rebellait. Ses confrères avaient franchi le rubicond, leur conduite était impardonnable. Les flammes léchaient le papier comme les vagues le rivage. Bientôt il ne resterait plus rien de leur correspondance. La rumeur avait été plus forte qu'eux. Ce foutu rouleau compresseur de jalousie et de haine avait eu raison de leur attachement.

A dire vrai ils n'avaient pas besoin de se parler ni de s'écrire pour se comprendre. Ils avaient appris la langue de l'autre: les mots devenaient des codes, les intonations des clés. Les autres étaient verts de rage, ne comprenant rien à leur langage.

Ils s'étaient rencontrés en décembre. C'est  Victoria qui avait fait le premier pas. Elle lui avait parlé de la couleur de sa cravate, de roses et de chevaliers russes. Elle roucoulait. Lui écoutait sans rien dire. 

Mais leur relation n'avait pas été sans heurts. Il y avait eu quelques ratures. Victoria ne pouvait s'empêcher de dire le fond de sa pensée, le blessant parfois. Elle s'en voulait un peu de le malmener mais préférait la vérité - fusse-t-elle difficile à entendre - plutôt que des encouragements hypocrites. Elle râlait souvent et il la trouvait parfois rasoire.

Lui ce n'était pas vraiment un rigolo mais Victoria aimait les hommes au caractère bien trempé. C'était un adepte du rodéo fier de montrer sa récolte de trophées. Un autre de ses dadas était la chasse au ragondin. Dans son village ils en faisaient du pâté. Victoria avait pris un air dégoûté quand il lui avait raconté. A-t-on idée de faire du pâté avec un animal aussi peu ragoûtant? 

Texte écrit dans le cadre du jeu  Les plumes de l'été (R) initié par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

textes originaux,écriture,littérature,actu,actualité

textes originaux,écriture,littérature,actu,actualité