Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/09/2012

Le poids d'un amour inavoué

L'attente était interminable. La queue n'avançait pas. C'était toujours la même galère au self du Yard. Deux personnes pour servir une centaine d'agents qui n'avaient qu'une heure pour manger. De plus la chaleur dans le réfectoire - décoré de photos de palétuviers - était intenable. Peterson commençait à suer à grosses gouttes. Sa chemise en voile de coton serait bientôt trempée. Au menu, foie de veau et purée. Le médecin lui avait justement conseillé de manger ce type d'abat pour régénérer son organisme en zinc. Mais les repas au self ne l'enchantaient guère. Et encore moins depuis que la machine à café était tombée en panne.

Victoria déambulait dans les bas-côtés de Brompton Oratory, observant avec attention les idoles. Puis elle s'arrêta dans la chapelle des Sept Douleurs. L'endroit était austère mais elle aimait s'y recueillir. Le dos tourné à la nef elle avait l'impression d'être dans un cocon. Dans ces moments de méditation de nombreux souvenirs revenaient la hanter. Elle repensa aux lettres dogmatiques qu'elle avait trouvées dans le manoir en Ecosse et qui lui rappelaient de vagues moments de son enfance. Elle savait qu'on ne lui donnerait pas d'autorisation pour fouiller le passé et que la poursuite de la vérité pouvait conduire à toutes les éventualités. On retrouverait peut-être son cadavre dans la Tamise. Empoisonnée au cyanure. Les permis de tuer ne font pas l'objet de demandes expresses auprès de Scotland Yard. Malgré cela elle se refusait à écrire un quelconque testament, comme pour faire un pied de nez au sort.

Alors qu'il mangeait son foie de veau, Philip Peterson sentit un poids s'installer dans son estomac. Le poids d'un amour inavoué. Il faudrait qu'il arrive à parler de ses sentiments à Victoria.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 75 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits.

textes originaux,écriture,littérature,londres,actu,actualité

Jozef Chelmonski - Burza/The tempest 1896

20/09/2012

La réponse se lisait sur son visage

Victoria n'avait pas pu faire autrement que d'accepter de faire équipe avec l'inspecteur Peterson. Elle espérait que cette collaboration lui permettrait d'avancer dans son enquête sur le violoniste de Kensington Gardens. Les avantages étaient nombreux à travailler avec lui et les obstacles qu'elle avait rencontrés seraient vite balayés. Cependant les choses ne s'annonçaient pas si faciles. Elle n'était pas du sérail et la garde rapprochée de l'inspecteur ne manquerait pas une occasion pour la mettre en quarantaine. Il y avait quelques irrégularités à partager les indices de l'enquête avec une journaliste, fut-elle de bonne foi. Une embauche déguisée qui ne leur plaisait pas.

Le laboratoire de Scotland Yard avait bien confirmé qu'une page manquait dans le registre des violonistes gauchers du 19ème siècle conservé au Musée de la musique. Il s'agissait de la dernière page. Vraisemblablement celle que Victoria avait vu en Ecosse et sur laquelle on avait rajouté un nom à la main.

C'était bizarre. En ressortant du manoir elle avait aperçu une silhouette sur le surplomb du jardin qui s'était mise à courir vers elle. Elle avait pris les jambes à son cou. Son enquête n'était pas terminée. Elle devait continuer à rassembler les indices et à recouper les infos.

Elle avait commencé à enquêter après avoir découvert une page cachée dans un ouvrage chez Peter. C'était une liste de violonistes mais sur celle-ci, aucun nom n'avait été rajouté. C'est Peter qui lui avait révélé la provenance de cette feuille. En oscultant la page à la loupe, ils avaient alors remarqué qu'elle avait été sûrement arrachée.

Victoria avait omis de dire à l'inspecteur qu'il ne disposait pas de la totalité des indices. Elle souhaitait garder la page trouvée chez Peter pour compléter plus vite le "puzzle".  

Tout en observant l'éruption de bulles à la surface de son verre, Peterson passait en revue les preuves accumulées. Quelque chose lui échappait. Impossible de mener plus avant sa réflexion. Il manquait un chaînon. Les indices ne s'emboîtaient pas logiquement. Sa persévérance était d'habitude payante mais cette fois pas moyen de démêler l'intrigue. C'est pour cela qu'il avait insisté auprès de sa hiérarchie pour embaucher Victoria Snowtan, la rédactrice en chef du London's time. Cette jeune femme dynamique avait toujours un coup d'avance. Elle savait où dénicher l'info, trouver les bonnes personnes et s'introduire à peu près partout sans montrer sa carte de presse. Il était tombé sous le charme dès leur première rencontre: des yeux verts à vous faire tourner la tête et un sourire espiègle adorable. Le Yard était un piteux écrin pour une si jolie créature.

Victoria savait qu'il ne serait pas simple de travailler avec Philip Perterson. Elle sentait bien qu'elle ne le laissait pas indifférent. Ses yeux étaient pétillants et ses pupilles dilatées à chaque fois que leurs regards se croisaient. Pas besoin de lui demander s'il était amoureux. La réponse se lisait sur son visage. Et en matière de sentiments, Peterson était tout le contraire d'un coeur d'artichaut. Depuis qu'ils se connaissaient il ne manquait pas une occasion de la complimenter sur ses tenues et de lui faire porter des fleurs.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 74 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

textes originaux,écriture,littérature,actu,actualité

14/09/2012

La morsure de la sauce...

Victoria regardait son assiette avec intérêt et se demandait ce qu'elle avait commandé au juste. Elle n'avait pas bien compris les explications sur la carte et regrettait presque d'avoir accepté de dîner dans ce restaurant indien de Gloucester Road. Un médaillon de viande nageait dans une sauce brune qui s'attaquait peu à peu à la montagne de riz disposée d'un côté de l'assiette. Pourquoi n'avait-elle pas choisi ce nouvel établissement spécialisé dans les verrines qui aurait été par ailleurs sans danger pour sa ligne... Ce concept de repas "verrines" était le fruit de l'imagination d'un jeune chef du sud de Londres dont tout le monde disait du bien. Victoria aurait donné cher, à cet instant précis, pour de la cuisine anglaise.

Elle inspecta les aliments du bout de sa fourchette comme si elle tenait des pincettes. La viande semblait moelleuse mais lorsqu'elle en goûta en morceau la sauce, relevée au possible, lui fit venir les larmes aux yeux. La morsure était telle qu'elle faillit se trouver mal. Elle avait choisi ce plat comme elle aurait joué à la roulette russe et elle n'avait pas eu de chance.

Ce repas coûterait vraisemblablement une bagatelle mais elle n'aimait pas gaspiller la nourriture et se morfondait à l'idée de laisser penser à ces Indiens en exil qu'elle n'appréciait pas leur cuisine. Elle expliqua au serveur sur un ton désolé que la sauce était beaucoup trop relevée pour elle. Il débarrassa sans broncher et dès que Peter eut fini son assiette ils partirent très vite.

Tous les deux étaient chaussés de tennis et décidèrent de rentrer à pied. Ils s'arrêtèrent un long moment devant les grilles de Kensington Palace pour admirer les rangées d'hortensias que Victoria qualifia d'immangeables au lieu de remarquables. Un lapsus qui en disait long sur sa déconvenue au restaurant et son état de fatigue. Elle ne fit pas vraiment attention à ce que Peter lui raconta pendant le trajet. Il avait disserté sur l'amour passionnel et les relations fusionnelles. Tout ce que Victoria détestait en gros dans une relation amoureuse.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 73 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

textes originaux,écriture,londres,littérature,actu,actualité

14/07/2012

La langue de l'autre

Elle dénoua le ruban qui retenait les lettres qu'elle avait conservées dans un petit coffret rococo et les jeta dans la cheminée avec quelques regrets. Tout son être se rebellait. Ses confrères avaient franchi le rubicond, leur conduite était impardonnable. Les flammes léchaient le papier comme les vagues le rivage. Bientôt il ne resterait plus rien de leur correspondance. La rumeur avait été plus forte qu'eux. Ce foutu rouleau compresseur de jalousie et de haine avait eu raison de leur attachement.

A dire vrai ils n'avaient pas besoin de se parler ni de s'écrire pour se comprendre. Ils avaient appris la langue de l'autre: les mots devenaient des codes, les intonations des clés. Les autres étaient verts de rage, ne comprenant rien à leur langage.

Ils s'étaient rencontrés en décembre. C'est  Victoria qui avait fait le premier pas. Elle lui avait parlé de la couleur de sa cravate, de roses et de chevaliers russes. Elle roucoulait. Lui écoutait sans rien dire. 

Mais leur relation n'avait pas été sans heurts. Il y avait eu quelques ratures. Victoria ne pouvait s'empêcher de dire le fond de sa pensée, le blessant parfois. Elle s'en voulait un peu de le malmener mais préférait la vérité - fusse-t-elle difficile à entendre - plutôt que des encouragements hypocrites. Elle râlait souvent et il la trouvait parfois rasoire.

Lui ce n'était pas vraiment un rigolo mais Victoria aimait les hommes au caractère bien trempé. C'était un adepte du rodéo fier de montrer sa récolte de trophées. Un autre de ses dadas était la chasse au ragondin. Dans son village ils en faisaient du pâté. Victoria avait pris un air dégoûté quand il lui avait raconté. A-t-on idée de faire du pâté avec un animal aussi peu ragoûtant? 

Texte écrit dans le cadre du jeu  Les plumes de l'été (R) initié par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

textes originaux,écriture,littérature,actu,actualité

textes originaux,écriture,littérature,actu,actualité

09/07/2012

Et on met quoi dans la valise?

Faire une valise, c'est toujours un peu le casse-tête. Prendre assez de vêtements sans trop se charger, y caser les chargeurs du mobile et de l'appareil photos ainsi que les produits d'hygiène et les médocs, y glisser un coupe-vent voire un vêtement de pluie au cas où le ciel ferait des siennes et, bien sûr, pour tout LCA (lecteur compulsif anonyme) qui se respecte, y ajouter quelques livres. Et là, entre nous, ce n'est pas la tâche la plus facile.

vacances,lecture,livres,écriture,souvenirs,voyages,actu,actualité

Personnellement, je prends en compte la durée des vacances, le lieu, et les activités que je compte pratiquer mais c'est mon humeur du mois précédent le départ qui le plus souvent détermine mon choix. Ceci étant dit, je prends rarement des livres trop longs, trop sérieux et trop lourds. Je privilégie les formats poche. Quand on part en voiture, en bus ou en train, on ne fait pas trop attention au poids des bagages. Mais quand on prend l'avion, on a intérêt à se limiter au niveau livres, sinon c'est la surtaxe à l'aéroport ce qui, entre nous, serait quand même bête. Mieux vaut avoir les sous pour en profiter en vacances... Et puis il est rare de ne pas trouver une librairie sur place (à moins d'être dans un trou perdu) si l'on est à court de lectures.

vacances,lecture,livres,écriture,souvenirs,voyages,actu,actualité

Partant une quinzaine de jours cette année, j'ai décidé d'emporter des lectures qui n'ont strictement rien à voir avec le lieu que je vais visiter. Je glisse trois bouquins dans la valise, trois lectures très éclectiques: Les vestiges du jour de Kazuo Ishiguro, Rosa candida d'Audur Ada Olafsdottir et The Buddha of Suburbia d'Hanif Kureishi. Comme le dit très justement Sylvain Tesson dans  son ouvrage Dans les Forêts de Sibérie, "il ne faut jamais voyager avec des livres évoquant sa destination. A Venise, lire Lermontov, mais au Baïkal, Byron".

vacances,lecture,livres,écriture,souvenirs,voyages,actu,actualité

Outre ces ouvrages, je vais également emporter un petit carnet. J'y rédigerai en quelques mots un condensé de mes journées. Trois lignes évoquent parfois plus que dix pages. Et ça permet de faire le point avec sa mémoire. La photo dudit carnet ci-dessous...

vacances,lecture,livres,écriture,souvenirs,voyages,actu,actualité

06/07/2012

Quelqu'un savait

L'étang recouvert de glace donnait un aspect de quiétude au paysage. Jamie était arrivé jusque-là en passant par les champs. La neige étendait son blanc manteau au-delà de l'horizon. L'hiver était rude. Lorsqu'il arriva à proximité du manoir il aperçu une ombre qui s'escampait vers le taillis. Une ombre qui sortait vraisemblablement de la bâtisse. Jamie se mit à courrir après l'inconnu mais ne parvint pas à le rattraper. Quand il comprit qu'il ne réussirait pas à l'arrêter, il fit demi-tour, essouflé, et se dirigea vers la maison. La girouette était secouée par le vent et tournait comme une folle. Il lui semblait par ailleurs entendre la clochette de la porte d'entrée, retentissant comme une plainte sous les bourrasques écossaises.

Quelqu'un s'était visiblement introduit dans le manoir. Jamie tenait à peine sur ses quilles, son coeur battait vite. Il avança prudemment dans le corridor. Toutes les pièces étaient fermées sauf une où scintillait une petite lumière. On avait allumé un quinquet. La clé de l'énigme se trouvait donc là. Jamie entra dans la pièce sur la pointe des pieds en retenant sa respiration. Aucun bruit si ce n'est le gémissement de la clochette qui lui parvenait du dehors. L'intrus avait été dérangé ou bien effrayé par les accents de la tempête. Le quinquet, posé sur un bureau, éclairait plusieurs livres restés ouverts. Le premier donnait toutes les indications nécessaires à l'élevage des abeilles. Le second, aux enluminures extraordinaires, relatait l'épopée de Guillaume le Conquérant. Le troisième fut celui qui retint le plus son attention. Il s'agissait d'un registre répertoriant les musiciens ayant vécu au XIXème siècle. Un nom avait été rajouté à la main avec une date de naissance mais sans date de décès. Quelqu'un savait. Jamie arracha soigneusement la page et la glissa dans la poche intérieure de sa veste.

Au même moment à Londres, dans le quartier de Clerkenwell, un quintette jouait quelques standards américains. Les musiciens, dont trois devaient dépasser facilement le quintal, semblaient se regarder en chien de faïence. Peter, installé devant le zinc, ne les quittait pas des yeux. Il était à peu près certain que le concert allait se terminer en pugilat. La querelle se déclencha à cause de quelques quolibets au sujet d'une danseuse. Les grivoiseries n'étaient pas du goût du contrebassiste qui lâcha son instrument pour aller asséner un uppercut au saxophoniste, lequel continua à railler son camarade malgré ses quenottes éparpillées sur le sol. La danseuse en question, assise au bar non loin de Peter, était plutôt quelconque et ne valait sûrement pas un coup de poing. Les deux musiciens, persévérant dans le ridicule, furent finalement mis à la porte. Le quintette se transforma en trio et les conversations reprirent de part et d'autre de la salle.  

Peter avait du mal à digérer les quenelles de poulet et le quinoa qu'il avait noyés sous une quantité ineffable de sauce à la crème. Il avait hésité avec le quasi de veau. C'aurait peut-être été plus digeste. Il commanda une eau pétillante au barman qui le prit pour le petit ami de la danseuse. Ce quiproquo fut l'opportunité qu'il attendait pour questionner le serveur sur les musiciens qui se produisaient dans le bar et notamment les violonistes. Il lui expliqua que les concerts faisaient l'objet de quotas et que l'établissement ne pouvait pas accueillir plus de trois fois par mois le même musicien. Peter le questionna plus précisément sur les gauchers et si parmi eux il y en avait un qui avait retenu particulièrement son attention. Le serveur répondit que Jeremy Swanton était sans aucun doute la quintessence de la virtuosité. Il n'avait jamais vu quelqu'un faire vibrer aussi subtilement les cordes d'un violon. Le barman commençait à trouver ce client bien curieux et attendait un signal pour aller quérir l'eau gazeuse. Peter, qui venait de faire un grand pas dans son enquête, cessa de l'ennuyer avec ses questions. Oui, il venait de faire un pas de géant. Il faudrait maintenant qu'il explore du côté du musée de la musique.

Dehors le ciel était bas et la neige tombait sans discontinuer. Les gens qu'il croisa sur le chemin du retour étaient tellement emmitouflés qu'il avait peine à dire s'il s'agissait d'hommes ou de femmes. Le gel lui mordait les joues. Alors qu'il s'engouffrait dans la bouche de métro il repensa à la canicule de l'été dernier en Egypte et aux palmiers qui s'étendaient sur le bord du Nil. Une merveilleuse croisière avec Victoria pour lui tout seul. 

Ce texte a été rédigé pour l'édition 71 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia couplé avec les Plumes de l'été (Q) mises en place par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

P1100941 La plume TEXT OR juil 2012.jpg

textes originaux,écriture,littérature,angleterre,londres,actu,actualité

23/06/2012

Un alcool fort

Philip Peterson avait besoin d'un alcool fort. Il commanda une mirabelle juste après avoir avalé deux bières fadasses. Le zythum des Egyptiens aurait sans doute été meilleur que ces brunes servies sans élégance par une serveuse mollassonne et quelconque.

Il cherchait à noyer son abattement. La journée avait été riche en revers. Vraiment une sale journée. Il n'avait pas réussi à coffrer le prédateur de Harley Street. L'opération montée pour le coincer avait été une catastrophe.

On dénombrait déjà six victimes, toutes retrouvées dans un état lamentable. Le prédateur torturait ses proies en leur plantant des centaines de punaises dans le corps. Puis il les retirait une à une et suçait le sang qui s'écoulait des orifices. Un dingue. L'inspecteur n'avait jamais vu ça. Les cadavres, criblés de trous, semblaient irréels.

Sa présence dans le quartier avait été signalée une dizaine de jours auparavant mais le malfrat, tel un espion, était toujours sur ses gardes. Il était passé entre les mailles du filet et Peterson s'était pris un sacré savon par le patron de Scotland Yard. Sa carrière était dans la balance, il le savait. A trois ans de la retraite, il n'espérait même pas un reclassement dans un autre service. C'était la fin. Il serait remercié sans ménagement, comme un va-nu-pieds.

Peterson eut du mal à terminer son sandwich. Le cuisinier avait forcé sur la moutarde. Ca lui piquait les narines et lui faisait venir les larmes aux yeux. Et puis le bacon et les crudités ne passaient pas très bien avec la mirabelle. Il retournait l'affaire dans sa tête mais n'arrivait pas à expliquer pourquoi le tueur lui avait filé entre les doigts. Chaque policier, équipé d'un micro invisible, avait un rôle bien déterminé lors de l'intervention. Il ne comprenait pas comment l'opération avait pu tourner au fiasco.

Outre son échec professionnel, Peterson avait subi un revers personnel. Clara, une petite blondinette aux lèvres vermillon, avait mis fin à leur relation. Elle lui avait reproché d'être esclave de son travail et d'être un piètre amant. Il avait négligé la sexualité et Clara avait une libido débordante. En plus du diplôme d'inspecteur de police il aurait dû passer le brevet du "parfait amant". Il s'était fait larguer sans le moindre avertissement, du jour au lendemain, tout simplement parce que cette petite garce avait décidé que c'était fini.

Assis au bar il contemplait la reproduction de sitelles qui se reflétait dans le miroir tout en énumérant dans sa tête les choses positives qui lui étaient arrivées ces dernières années. Bien peu en fait. Il n'avait plus de contact avec son frère, ne voyait plus sa nièce. La seule chose qui lui restait de sa famille était un petit coffret en bois vernis gravé à ses initiales. Un cadeau de sa mère lorsqu'il était adolescent. Il y avait rangé quelques vieilles photos et ses médailles pour service rendu à la nation.

Il en était à son troisième verre de mirabelle et jouait avec les miettes du sandwich dispersées sur le comptoir lorsqu'un gros "boum" retentit dans le bar. Quelques tables furent projetées contre les murs et Peterson se retrouva par terre. Décidément c'était vraiment une sale journée. 

Ce texte a été rédigé pour l'édition 70 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

textes originaux,écriture,littérature,londres,actu,actualité