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03/12/2017

Une douleur au coeur

Le soleil jouait avec les vitres de la serre qui ressemblait à une gaze concave taillée dans le verre et l'acier. La chaleur y était douce en ce début de printemps. Charles s'arrêta un instant. Les paupières closes, le sécateur dans la main droite, une rose dans la gauche, il goûta les rayons de l'astre qui se dispersaient en mille éclats à l'intérieur.

Il revît Hortense près du rosier duquel il avait détaché la fleur, vêtue d'une robe blanche aux dentelles fines et gracieuses.  Elle parlait et souriait à quelqu'un qu'il ne voyait pas. C'était il y a longtemps. Une éternité. De cette journée il avait conservé une douleur au cœur, celle d'une épine de rose, restée fichée dans l'organe qui préside aux sentiments. Et depuis ce jour Charles n'avait plus jamais ressenti cette sensation de battements qui s'accélèrent et résonnent jusque dans les tempes, cet émoi qui l'avait envahi lorsque la belle Hortense était apparue dans le jardin.

Aujourd'hui il était vieux. Le patron le rappellerait sans qu'il n'ait la possibilité de revoir Hortense. Les rosiers, eux, s'épanouissaient en attendant d'accueillir d'autres jeunes gens.

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n° 286 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, d'Emma Jane Browne, n'est pas libre de droits non plus.

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22/05/2017

Nuits blanches

Comme à chaque fois qu'il se réveillait la nuit Tobias alluma toutes les lumières de l'appartement. Il voulait distinguer chaque meuble et chaque objet. La pénombre l'inquiétait. Elle amplifiait son sentiment de solitude. De plus le silence de la nuit le terrifiait.

Lorsque tout l'espace autour de lui fut éclairé il prit un paquet de copies qu'il devait corriger et s'allongea sur le canapé. Les devoirs étaient plus mauvais les uns que les autres. Avait-il donné des exercices si difficiles à ses élèves? Il savait que ceux-là étaient en filière littéraire mais ce n'était pas, pensait-il, parce qu'ils avaient choisi les lettres qu'ils devaient laisser de côté les mathématiques. Il repensa à son propre parcours. Malgré des prédispositions pour les matières scientifiques, il n'avait jamais négligé les cours de français et de littérature qu'il avait appris avec autant d'intérêt que les cours de biologie et de physique-chimie.

Il rangea les copies et alla se planter devant la baie vitrée du balcon. Le temps s'étirait lentement. Dans l'immeuble d'en face tout le monde semblait dormir. Il aurait aimé voir ne serait-ce qu'une petite veilleuse allumée. Mais rien. Il était le seul à devoir veiller. Le sommeil l'avait abandonné. Il pouvait prendre un bouquin en attendant l'heure de se préparer. Tobias se réfugiait souvent dans les livres. Mais les livres, ce n'était pas les gens. On ne pouvait pas engager une conversation avec eux. Il aurait aimé avoir quelqu'un à qui se confier, quelqu'un à aimer. Or, il semblait être transparent. Personne ne s'intéressait à lui. On ne lui posait jamais de questions lors des réunions, comme si son avis ne comptait pas. Du coup, il s'était peu à peu éloigné des autres. Sans s'en rendre bien compte il s'était isolé. Il ne regardait plus vraiment les gens.

La solitude le serrait à la gorge. Le nœud qu'elle avait passé autour de son cou l'étouffait chaque jour davantage. Les nuits blanches ne faisaient qu'accentuer la sensation. Il avait l'impression par moments de perdre pied. Plusieurs fois il avait évalué la distance entre la rue et le balcon. Oui, il y avait déjà pensé à faire le grand saut. Passer un pied par-dessus la rambarde. Puis l'autre. Et tout serait fini.

Textes précédents: N°1, N°2, N°3

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°268 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits.

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08/05/2017

Le phare de Plum Island

L'odeur nous saisit dès la porte poussée. Ca sent le vieux, le renfermé, le bois pourri, les crottes de souris. Rien n'a changé depuis notre dernière visite avec tante Jane, sauf qu'aujourd'hui elle n'est pas avec nous. On y vient pour se rappeler le bon vieux temps. Le temps des vacances, des heures heureuses, des jours insouciants à goûter le paysage sauvage, le calme du lieu, le coucher de soleil au-dessus de la baie.

Tante Jane n'est plus. Elle est partie sans crier gare, sans donner le moindre signe d'alerte. Son cœur s'est arrêté de battre un matin, voilà. Elle, si forte, si jeune dans sa tête, si ancrée dans son époque, nous a laissés tomber à la veille des vacances d'été. Nous sommes donc venus avant juillet. Ca n'a jamais été notre habitude mais il n'y a rien d'immuable en ce bas monde. Si ce n'est les saisons. Et encore! elles évoluent, sont décalées, et ne ressemblent plus du tout aux saisons de notre enfance.

L'intérieur du phare est tout délabré. Plus question de monter voir les miroirs. L'escalier est en trop mauvais état. Beaucoup de marches, mangées par l'humidité, sont cassées. Le vent, les embruns et les gros grains s'engouffrent par les vitres brisées. Ils se heurtent aux parois ou bien tourbillonnent jusqu'au bas de l'escalier. Les cris des mouettes et des goélands résonnent. Il y a de l'écho. Les toiles d'araignées s'accrochent à moi pour me faire un pull au motif jacquard. L'air est rempli de poussière. J'éternue. Cécilia et David rebroussent chemin. L'odeur devient insoutenable.

Le phare est à l'abandon depuis plusieurs années. Une autre machine, plus moderne, l'a remplacé. Tante Jane avait milité pour que le phare continue à éclairer la nuit des marins. Avec d'autres activistes ils avaient envahi le chantier de la nouvelle construction, installé un campement, monté des banderoles. Puis, on les avait chassés avec flashball et lacrymogènes. Certains s'étaient retrouvés au poste de police. Tante Jane avait réussi à passer à travers les mailles du filet et était vite rentrée chez elle.

Le phare était un peu sa boussole. Elle avait toujours vécu à côté. Harry, son mari, avait même remplacé quelques fois le gardien. Puis, le gardien était parti, trop vieux pour exercer la charge, et l'installation avait été jugée obsolète. En réalité les autorités la trouvaient trop coûteuse et souhaitaient investir ailleurs.

Je referme la porte et m'en vais marcher sur la plage. Le phare se dresse derrière moi. Je rendrai la clé à monsieur Delogan demain. Il nous a dit de ne pas nous inquiéter pour la maison, qu'il en prendrait soin quoi que nous décidions. Moi, je n'ai pas envie de la vendre.

Ce texte fait suite à un texte rédigé il y a plusieurs années: La maison de tante Jane

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°266, initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Fred Hedin, n'est pas libre de droits non plus. 

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16/10/2016

Sûre et certaine

textes originaux,écriture,littérature,atelier d'écriture,actu,actualitéClélia s'était arrêtée au milieu de la place, le regard happé vers un point fixe. Son père, Fabiano, avait dû faire demi-tour pour aller la chercher car elle n'avait pas entendu ses appels répétés. La petite ne lâchait pas des yeux deux gros quatre-quatre noirs. Les deux mêmes que ceux qu'elle avait vus la veille près du restaurant où ils avaient dîné. Elle en était sûre et certaine, c'était bien ceux-là. Et il y avait ce même type, très grand, jouflu et le crâne rasé. Celui-là même qui portait des lunettes de soleil alors que le ciel était gris. Ca lui avait paru bizarre à Cléclia, pour ne pas dire louche. Il avait l'air de faire le pied de grue, ou bien il avait envie de faire pipi, à se dandiner de la sorte d'un pied sur l'autre.

Il y avait beaucoup de touristes sur la piazza del Plebiscito et le jouflu au crâne rasé ne fit pas attention à cette enfant qui pointait ses yeux vers lui. Une petite fille d'environ quatre ans, les cheveux châtain clair et vêtue d'une robe d'été à dentelles. Elle n'avait que quatre ans mais elle était déjà dotée d'une mémoire exceptionnelle.

- Clélia! Clélia! dépêche-toi! criait Fabiano. Si tu traînes on ne passera pas chez le glacier. Tu m'as bien dit que tu voulais goûter la glace à la mangue?!

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- Allô? Allô? Madame Cécilia Hamilton?

- Oui?

- Ici le bureau de police de la via Medina à Naples. Avez-vous été en relation dernièrement avec le signore Marconi? Sergio Marconi?

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°236 organisé par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Romaric Cazaux, n'est pas libre de droits non plus.    

09/10/2016

Quitter Venise

Photo pièce noir et blanc BricaBook.pngCécilia jeta ses affaires sur le lit et ouvrit sa valise. Peu importait que ses vêtements soient bien rangés. Ce qui comptait c'était de faire au plus vite, de sauter dans un taxi qui la conduirait à l'aéroport, et d'attraper un vol pour Londres. Elle n'en pouvait plus d'attendre Sergio. Il lui avait fait miroiter un week-end idyllique à Venise et finalement il n'était pas là quand elle était arrivée. Il lui avait dit qu'il était retenu à Naples pour régler une affaire, une transaction importante qu'il ne pouvait pas manquer. Cécilia avait essayé de se faire une raison, de profiter des beautés de la ville dont elle avait un bel aperçu depuis la fenêtre de sa chambre. Elle avait parcouru le canal en vaporetto, s'était rendue à l'île de Murano pour rencontrer les artisans verriers. Mais elle était seule. Le matin du quatrième jour, après avoir pleurer toute la nuit, elle s'était résolue à quitter la ville, à tirer un trait sur Sergio, et plus encore sur les Italiens. Ils n'étaient pas pour elle, pas plus que l'Italie d'ailleurs. Elle se languissait déjà de Londres.

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Ce matin-là à Naples le plongeur d'une petite Trattoria trouva le corps inanimé d'un homme dans la poubelle qu'il avait sortie la veille à la fermeture de l'établissement. Le type, d'une quarantaine d'années, y avait été mis la tête la première. Ne dépassaient que ses chaussures en cuir vernis...

 

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'Atelier d'écriture Une Photo, Quelques Mots n°235 organisé par Leiloona. Il s'inspire du texte Revoir  Big Ben. Il n'est pas libre de droits. La photo est de Vincent Héquet et n'est pas libre de droits non plus.