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25/04/2017

La vie au grand air

Ce n'était pas la première fois que Simon louait un van. Souvent, lorsqu'il prenait quelques jours de congés, il aimait se balader dans les coins reculés d'Italie. Il aimait la vie au grand air. Ainsi il s'arrêtait où il voulait, à l'heure qui lui plaisait. Il mangeait s'il en avait envie à trois heures de l'après-midi. Il pouvait rester éveillé toute la nuit lorsque le temps était clair et observer les étoiles et les constellations qui se dessinaient dans le ciel.

Le véhicule ne passait pas inaperçu et détonnait un peu à Annecy mais il n'avait pas trouvé mieux pour suivre les allées et venues de son frère. Ca lui avait fait bizarre de revoir Baptiste. Il avait aujourd'hui le visage d'un homme et Simon avait eu du mal à retrouver les traits de l'enfant qu'il avait connu. C'est grâce à cette fille qui habitait désormais les Edelweiss qu'il avait retrouvé sa trace. Elle lui avait aussi appris que son père était mort. Quel choc!  Il n'aurait pas été plus secoué si elle lui avait donné deux baffes. Il avait essayé de garder la face mais elle avait dû se rendre compte que quelque chose n'allait pas. Elle lui avait proposé d'entrer mais il avait refusé, préférant rester dehors par peur d'étouffer. Il n'était pas près à se confronter à son passé. La maison lui rappelait trop de souvenirs.

Il avait retrouvé Sarah sur son chemin quelques jours plus tard à Annecy. Elle avait rendez-vous avec Baptiste dans le sous-sol du club de squash. Il les avait vus discuter. Sarah voulait lui donner un paquet qu'il avait refusé. Qu'est-ce que cela pouvait bien être? Elle ne lui avait rien dit à ce sujet. Pourtant, après quelques verres, elle s'était mise à beaucoup parler dans ce bar du vieil Annecy où ils avaient passé la nuit. Elle avait le regard rieur, le sourire espiègle, et se foutait pas mal des aléas de la vie. Du moins c'est ce qu'il pensait avoir compris. Une femme intelligente à l'esprit léger. Elle l'avait invité à revenir la voir aux Edelweiss et lui avait donné son numéro; il ne devait pas hésiter à l'appeler. Puis, ils s'étaient quittés. Chacun avait repris sa route au moment où les gens partaient travailler.

- "Au revoir, Sarah."

- "A bientôt, Alexandre!"

C'est ainsi que Simon se faisait appeler depuis qu'il n'existait plus pour l'Etat français. Il s'était approprié une nouvelle identité. Désormais il était Alexandre Perrazzi, né à Courmayeur le 11 novembre 1957, abandonné à la naissance et qui ne parlait jamais de son passé.

Textes précédents: N°6, N°7, N°8, N°9

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°264 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Felix Russell-Saw, n'est pas libre de droits non plus.

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23/04/2017

Les dimanches en photo (81)

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Embassy of France - Prague

18/04/2017

Jusqu'au petit matin

Sarah s'en souvenait maintenant. Le gars qui l'avait sauvé des griffes de Momo était le même que celui qui s'était pointé chez elle un après-midi. Celui-là même qui cherchait le père Vittoz et son fils Baptiste. Un prétendu copain d'enfance. Il avait blêmi lorsqu'elle lui avait dit que Pierre Vittoz était décédé et qu'elle avait racheté la maison quelques mois plus tôt. Quant à Baptiste, il était désormais installé à Annecy avec son épouse. Il n'avait pas traîné et s'en était retourné par le chemin par lequel il était arrivé. Un gars sympathique mais qui n'avait pu cacher sa déception quand elle était sortie. Visiblement il s'attendait à trouver quelqu'un d'autre aux Edelweiss. Il lui avait raconté qu'il avait passé beaucoup de temps ici à jouer avec Baptiste. Quelque chose avait intrigué Sarah. Elle avait l'impression que son visage lui disait quelque chose. Et ce regard... Elle ne savait pas d'où lui venait cette étrange impression. Avait-elle déjà croisé cet homme?

Lorsqu'elle le reconnut en sortant du parking, il lui dit qu'il avait  justement rendez-vous avec Baptiste Vittoz. Il avait cherché son nom dans l'annuaire et avait pris contact avec lui. C'est du moins l'explication qu'il donna à Sarah. En fait, il n'avait pas appelé Baptiste. Il s'était contenté de le suivre pendant plusieurs jours. Il avait voulu voir à quoi il ressemblait, savoir ce qu'il faisait dans la vie, connaître ses activités. Simon Vittoz s'était aventuré jusqu'à Annecy aussi parce qu'il savait que son frère avait découvert ses courriers si son père ne les avait pas jetés. Baptiste était au courant que son frère était toujours vivant. Comment avait-il encaissé la nouvelle?

Il emmena Sarah dans un bar du vieil Annecy et ils discutèrent jusqu'au petit matin. La patronne s'endormait à moitié sur le comptoir mais fut récompensée quand vint le moment pour ce couple étrange de payer. Ils laissèrent bien plus d'argent que ce qu'ils devaient. La patronne commençait bien sa journée...

Textes précédents: N°5, N°6, N°7, N°8

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°263 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo, de Fred Hedin, n'est pas libre de droits non plus.

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09/04/2017

Momo les bons tuyaux

- Pas si vite ma jolie!

Sarah fut prise au dépourvu. Elle n'avait pourtant remarqué personne dans le parking souterrain. Elle interrogea son interlocuteur du regard. Il avait une mine patibulaire, une clope aux lèvres, un bonnet vissé sur la tête qui laissait tout juste voir ses yeux.

- ?...

- C'est quoi le paquet que t'as essayé de refiler à ton rencart?

Le bonhomme avait de la pogne. Son bras droit était pris en étau. Il lui faisait mal ce con. La douleur était si vive qu'elle sentait les nausées monter. Elle aurait juré qu'il n'y avait pas âme qui vive quand elle était entrée. D'où pouvait sortir ce type? Il l'avait sans doute suivie. C'est vrai que ce n'était pas courant de se rendre dans un club de sport en tailleur et escarpins. C'avait dû l'intriguer. Il avait dû se planquer derrière un pilier du parking et l'avait observée faire le pied de grue. Si seulement Baptiste Vittoz avait accepté de reprendre les courriers qu'elle avait trouvés... Si elle disait la vérité à cette brute il lui rirait au nez. Lui expliquer toute l'histoire était impensable. Il fallait d'abord qu'elle trouve un moyen de se dégager. Les doigts du gars s'enfonçaient de plus en plus dans son deltoïde.

- C'est quoi votre nom?, demanda-t-elle, pour tenter une diversion et essayer de retrouver une certaine assurance.

- Momo. Momo les bons tuyaux.

- Dites-moi, Momo, qu'est-ce que vous faites à traîner dans un parking privé? Si le patron du club savait ça, à mon avis les flics viendraient faire une petite virée... Vous ne voulez pas d'ennui avec la police? Non, j'imagine. Vous êtes du coin, je me trompe? Vous avez bien une planque?... Le soir, vous dormez où?

Sarah avait vite compris qu'il ne fallait pas qu'il ait l'ascendant et assenait les unes après les autres ses assertions, ne lui laissant aucune chance de répliquer. Au fur et à mesure qu'elle parlait elle sentait les doigts de l'homme se relâcher. Elle attendait le bon moment pour s'éloigner.

- Et pourquoi on vous appelle Momo les bons tuyaux?

- Parce que j'ai du flair pour les affaires... et que je sais négocier.

Cette dernière phrase ne rassurait pas Sarah. Il n'allait pas la lâcher comme ça, le bougre. Puis, sans qu'elle n'ait le temps de s'en rendre compte, Momo se retrouva par terre, les quatre fers en l'air et le nez pissant le sang. Quelqu'un la tirait vers la sortie du parking, la forçant quasiment à courir. C'était un homme, les cheveux courts, aussi grand qu'elle. Sa démarche lui disait quelque chose...

Textes précédents: N°4, N°5, N°6, N°7

Ce texte a été rédigé dans le cadre de l'atelier d'écriture Une photo, quelques mots n°262 initié par Leiloona. Il n'est pas libre de droits. La photo est de Kot et n'est pas libre de droits non plus.

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Les dimanches poétiques (197)

"Recevoir ces diapositives m'a rappelé les leçons que m'a enseignées le pôle Sud. Je ne sais toujours pas quel usage faire de cette sagesse. Peut-être en fin de compte n'ai-je rien appris qui puisse m'aider à vivre. Et que sais-je de la mort, alors que celle de ma mère plane constamment en suspens au-dessus de moi telle une ombre menaçante? Depuis l'Antarctique, je n'ai fait qu'attendre. Je n'ai pas eu le courage de vivre, par crainte de nouvelles blessures. Quand la confiance est brisée, difficile de la retrouver."

Karen VIGGERS La mémoire des embruns

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06/04/2017

Balade en ville

Une balade en ville, c'est oublier le temps, ou le prendre. C'est regarder les vitrines d'un œil, regarder des produits sans l'intention de les acheter. C'est humer les odeurs de bitume, les parfums de passants que l'on croise. On a les sens en éveil. Les rayons du soleil jouent sur les façades et se disputent le ciel avec les nuages. Une balade en ville au printemps, ce sont les oiseaux qui gazouillent gaiment, les branches des arbres qui se parent de vert tendre. L'air est léger.

Dans la grosse ville toute proche, le centre-ville est, pour une bonne partie, piétonnier. Les gens cheminent nonchalamment, le nez en l'air et les mains dans les poches. Ils oublient leur téléphone portable qui sert uniquement à prendre des photos pour immortaliser le renouveau de la vie après l'hiver gris, lourd de vent et de pluie. Le temps d'un après-midi, ils laissent de côté les petits tracas du quotidien. Ils ont appuyé sur pause. C'est le moment de souffler. Les belles éclaircies permettent de s'installer en terrasse et de profiter d'une lux-thérapie gratis.

Se balader en ville, c'est traîner un peu avant de rentrer. On ne regarde surtout pas sa montre. Ou si, juste pour avoir le plaisir de dire: "Ah, il est cette heure-là... On a le temps!" Et on repart explorer des rues dans lesquelles on était pas passés depuis longtemps.

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05/04/2017

Revue de lectures #3

Fleurs sauvages de Kimberley FREEMAN: une histoire qui se passe sur deux périodes. La première au début du 20ème siècle. La seconde au début du 21ème siècle. On suit tout d'abord Beattie Blaxland de Glasgow à l'Australie. Puis, on suit sa petite-fille qui elle aussi quitte l'Europe pour l'Australie. Mais les deux femmes partent pour des raisons bien différentes. Deux destins singuliers et deux femmes fortes qui m'ont beaucoup plu.

La Sonate à Bridgetower d'Emmanuel DONGALA: il s'agit ici de redécouvrir un violoniste virtuose complètement oublié. Tout le monde connaît la Sonate à Kreutzer (œuvre qu'il n'a pourtant jamais jouée) mais personne ne sait qu'elle a d'abord été écrite pour un autre violoniste, George Bridgetower. Beethoven avait dédié cette partition à George, musicien mulâtre d'exception, ovationné à Paris, Londres et Vienne. Cependant, suite à une brouille à propos d'une femme dont Beethoven était éperdument amoureux, il la dédia à Kreutzer, lequel la trouva trop complexe pour l'interpréter. Un roman pour les amoureux de la musique!

Sur les chemins noirs de Sylvain TESSON: les médecins lui avaient dit qu'il ne remarcherait probablement pas et que la rééducation prendrait des mois. La rééducation, Sylvain Tesson a décidé de la faire à sa façon, en entreprenant la traversée de la France par les chemins noirs, tracés en tout petit sur les cartes. Après une chute qui lui a brisé les os et l'a en partie défiguré, Sylvain Tesson nous raconte ce chemin de la reconstruction physique et morale, puisant au plus profond de lui-même pour effectuer chaque nouveau pas. On y découvre un homme meurtri mais aussi  le portrait d'une France hyper-rurale qu'on ne soupçonne pas, cachée au fond des bois, au détour d'une colline, ou bien à l'encoignure de prairies. Tout cela écrit dans un joli français.