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16/11/2012

Haut-le-coeur!

 

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James avait réussi à semer ses poursuivants. Il se trouvait maintenant dans une rue étroite qui abritait quelques restaurants. Il eut un haut-le-coeur. L'odeur qui s'échappait des différents établissements semblaient provenir de plats recuits dont il n'aurait voulu manger pour rien au monde. La rue était pour ainsi dire aveugle, éclairée seulement devant les restaurants par quelques lampions blancs gravés de caractères chinois.

Il ne s'arrêta pas. Les hommes qui étaient à ses trousses étaient sûrement en train d'inspecter les restaurants, ouvrant le plus petit placard pour voir s'il ne s'y cachait pas. Il fallait qu'il arrive à trouver une cachette sûre pour reprendre son souffle et éventuellement y passer la nuit. Ca lui permettrait de réfléchir à la meilleure solution pour sortir du quartier.

Ce texte a été rédigé pour le Blog à 1000 mains. Il n'est pas libre de droits et la photo de Xave non plus.

10/11/2012

Une vraie banquise!

Marcella était sortie de l'ascenseur en apnée. Elle ne respirait plus depuis que le voisin du 3ème, originaire de Venise et qui avait emménagé deux semaines auparavant avec son fils, avait plongé ses yeux verts dans les siens. Elle avait baissé la tête et regardé ses chaussures, le souffle coupé. Elle avait hâte d'arriver au rez-de-chaussée, sentant ses joues virer à l'écarlate. Elle se précipita si vite hors de l'engin qu'elle fallit s'étaler sur le pavé que le concierge venait de laver. Une vraie banquise! Elle fit une pirouette et se raccrocha in-extremis à la rembarde de l'escalier.

L'emménagement de ce nouveau voisin avait eu quelques conséquences sur la vie de l'immeuble. Les habitants avaient été privés d'eau chaude pendant deux jours et il y avait eu un dysfonctionnement du circuit électrique. Il avait fallu appeler les dépanneurs au beau milieu du week-end pour qu'ils effectuent une vérification de tout le système. Marcella aurait préféré un canular. Elle s'en souviendrait longtemps de ce week-end! Elle avait justement invité des amis à dîner. Faute de pouvoir utiliser les plaques électriques elle avait dû aller chercher des plats froids chez un traiteur et faire une provision de bougies pour ne pas passer toute la soirée dans le noir. Elle gardait en mémoire la lueur des flammes faisant scintiller le tissu satiné des rideaux et la cape en soie rouge dans laquelle elle s'était emmitouflée. C'avait été une soirée un peu improvisée.

Pendant quelques jours le voisin avait longé les murs, craignant que les habitants ne lui tombent dessus. Mais ils avaient vite oublié l'affaire, trop occupés par leur train-train quotidien. Marcella avait juste échangé quelques mots avec lui sur le temps et les activités de son fils qu'il conduisait aux tournois de foot. Flavio avait une admiration sans bornes pour la Juventus de Turin.

Marcella n'avait pas osé lui poser trop de questions mais elle avait su ce jour-là qu'il était originaire de Venise. Elle l'avait senti susceptible et ne voulait pas l'ennuyer. Elle ne voulait pas non plus paraître indiscrète. Elle l'avait alors salué et avait regardé ce qu'il y avait dans sa boîte à lettres. Quelques brochures dont une, provenant d'une église évangélique, donnait quelques pistes pour pardonner à ceux qui avaient menti. Il y en avait trois pages. Marcella glissa aussitôt cette feuille et quelques autres dans le bac du tri sélectif.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 80 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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02/11/2012

Ciao Tiberio!

Beaucoup de fleurs avaient été livrées. La sépulture disparaissait sous des roses blanches et des ancolies bleutées. Quelques pivoines également. Elles embaumaient l'atmosphère. Une foule d'amis et d'inconnus défila devant la tombe pour rendre un dernier hommage à Tiberio. Tous, par ailleurs, tenaient à manifester leur sympathie à Marcella et Flavio, la compagne et le fils du disparu.

La cérémonie avait été sobre, l'oraison funèbre admirable. Marcella avait essayé de rester forte pour le petit mais elle était ravagée par la douleur. Les médecins ne s'étaient pas trompés. Le scanner de la tête n'avait laissé aucun doute. La tumeur n'était pas opérable et l'état de Tiberio n'avait fait qu'empirer jusqu'à l'issue fatale.

Des larmes perlaient à ses cils. Elle détournait le visage pour cacher son chagrin à Flavio dont elle était désormais la tutrice légale. Elle ne voulait pas se montrer abattue par la disparition de son compagnon. Elle devait rester forte pour lui.

La succession ne posa pas de problème. Tiberio avait fait de Marcella sa seule légataire. Comme elle lui avait promis elle emmena Flavio au carnaval de Venise l'année suivante. Le gamin avait été émerveillé par les costumes aux couleurs chatoyantes. Les acclamations fusaient à leur passage. Une ribambelle de touristes avaient fait le déplacement pour l'occasion. Les masques avaient également retenu leur attention. Ils étaient splendides, piqués de plumes et de fleurs multicolores. L'attrait du carnaval était tel que le cheminement s'avérait parfois difficile dans les rues et sur les campi. Mais ils avaient passé un merveilleux moment. Flavio était ravi. C'est tout ce qui comptait pour Marcella.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 1 des Plumes... initiées par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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19/10/2012

L'habitude naît de la première fois...

Enfin l'occasion s'était présentée. Peterson avait avoué ses sentiments à Victoria. Il était retourné la voir à l'hôpital deux jours plus tard. L'infirmière de service venait de sortir de la chambre. Victoria était éveillée. Il lui avait parlé sans aucune prétention et n'espérait rien en retour sinon qu'elle ne se moque pas de lui. Elle n'avait pas semblé surprise par cet aveu plein de candeur et de vitalité. Peterson n'avait rien d'un thuriféraire. Il n'était pas du genre à flatter les gens ce qui rendait ses paroles plus touchantes.

Elle n'allait pas jouer les fourbes, le tromper sournoisement. Victoria avait de l'affection pour lui mais elle aimait aussi un autre homme. Malgré ses arguments, l'inspecteur s'assit sur le bord de son lit et la prit le plus délicatement possible dans ses bras. Lorsqu'il l'embrassa sur les lèvres elle se laissa faire. Venait-elle de commettre l'irréparable? On dit que l'habitude naît de la première fois. Ce baiser, qu'elle avait aimé, était-il le premier d'une longue série?

Victoria n'avait pas envie de résister. Au diable Peter! Tant pis pour le marasme que cela allait provoquer dans sa vie. Elle se sentait bien dans les bras de Philip Peterson. Elle connaissait par ailleurs la pauvreté de sa vie sentimentale et elle était heureuse de lui apporter un peu de douceur. Mais le bonheur allait devoir attendre. Il fallait qu'ils mettent la main sur Jeremy Swanton. Victoria craignait qu'il ne s'enfuie dans la cambrousse écossaise ou qu'il n'aille pigouiller sur les bords de l'Atlantique, dans quelque marécage glauque. Il était bien capable aussi de partir en Inde et d'y exercer n'importe quel job pour subvenir à ses besoins: conducteur de rickshaw, charmeur de serpents ou encore porteur de palanquins.

Alors qu'elle passait la main dans les cheveux de Philip, raccourcis quelques heures plus tôt par un coiffeur de Marylebone Highstreet, Victoria se souvint tout à coup qu'elle avait laissé sur son bureau une pochette contenant des documents ministériels importants. Des documents concernant justement Jeremy Swanton, activement recherché non seulement par Scotland Yard mais également par le ministère des Affaires étrangères.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 78 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

Précisions: ce texte est le dernier que je publie ici des aventures de Victoria, Peter et Philip Peterson. Cette première partie sera vraisemblablement la base de mon prochain roman. Le premier est en cours d'achèvement. Peut-être pourrez-vous le lire l'année prochaine si une maison d'édition accepte de le publier. Merci à tous pour votre fidélité!

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18/10/2012

Snowtan à la poursuite de Swanton

Dans la pénombre d'un restaurant français Jamie mangeait avidement un riz aux quatre épices. Il avait hésité avec une cassolette d'escargots au roquefort. La dernière fois qu'il en avait mangé c'était lors d'un séjour en France, à la recherche de son arrière-petite-fille.

Il ne savait pas qui l'avait amené dans cet établissement. Les types assis en face de lui ne lui disaient rien. La voiture avait beaucoup roulé dans Londres. Ils cherchaient sans doute à le perdre mais Jamie connaissais la capitale comme sa poche. Il avait reconnu sans difficulté le quartier de la communauté indienne puis les rues où s'étaient installés les immigrants chinois.

Ces inconnus étaient arrivés à point nommé pour le tirer d'affaire. Il était sur le point de se faire arrêter par Victoria Snowtan et Philip Peterson et il ne voulait pas parler à la police. Pourquoi Victoria faisait-elle équipe avec cet inspecteur?

Pendant ce temps-là à l'hôpital, alors que Peter et le policier n'en finissaient pas de se chamailler, Victoria repensait à son violoniste qui s'était évanoui dans la nature comme par enchantement. Elle avait entendu un bruit de portières mais elle était incapable de dire dans quelle voiture il avait disparu.

Victoria ne savait pas combien de nuitées elle allait devoir passer à l'hôpital. Ses cervicales en avaient pris un coup et elle se mouvait difficilement. Elle avait le secret espoir qu'un kiné viendrait lui faire un bon massage mais les médecins des urgences n'en parlaient pas. Elle aurait de toute façon une minerve pendant quelques temps pour lui éviter de prendre une mauvaise position et maintenir le tout en place. Ce qu'il lui faudrait à l'avenir c'était une combinaison antichocs. Mais bigre! Où trouver un tel équipement?!

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Lorsqu'elle avait été transférée dans une chambre particulière elle avait croisé des patients aux yeux vitreux. Ils semblaient ailleurs, dans un demi-sommeil, comme elle quelques heures plus tôt. Dans les bureaux des infirmières on pouvait entendre des notes de zouk et de blues; des sonneries de portables. Le seul endroit où elles pouvaient recevoir des appels et téléphoner.

Il faisait frais dans la chambre. Les tétons de Victoria se dressaient sous sa chemise de papier. Elle était seule maintenant. Peterson avait pu rentrer chez lui. Quant à Peter, il s'était conduit comme un véritable goujat, n'essayant même pas d'entendre ses arguments. Elle l'avait sèchement envoyé dans les cordes. Il était possible qu'il lui en garde rancune. Alors qu'elle était en train de s'abandonner aux bras de Morphée, une terrible détonation résonna dans le couloir. Elle entendit des personnes courir dans tous les sens et crier. Les alarmes retentirent et le service fut cadenassé.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 77 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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04/10/2012

Tels deux mollusques sur des draps blancs

La saturation des rues à l'heure de pointe avait considérablement réduit la progression de Peter. Il se dirigeait vers l'hôpital. Victoria y avait été admise avec Peterson. Après une folle course poursuite dans Hyde Park ils avaient été percutés par un véhicule devant Marble Arch alors qu'ils s'apprêtaient à arrêter Jeremy Swanton. Mais l'époustouflant violoniste avait mystérieusement disparu. Victoria avait juste entendu un claquement de portières

L'attente fut longue. On ne le laissa pas voir Victoria avant une bonne heure. Au dire des infirmières qui sortaient de la salle d'examen, Victoria avait récolté une belle collection de contusions. Mais de toute évidence elle s'en sortait bien. Aucun traumatisme crânien n'avait été diagnostiqué.

Quand enfin il put entrer dans la salle, Victoria et l'inspecteur étaient inertes, tels deux mollusques échoués sur des draps blancs. Peter eut un mouvement de recul. Une infirmière coiffée d'une huppe lui dit qu'on leur avait injecté une forte dose de sédatifs et qu'ils n'allaient pas se réveiller tout de suite. Ce ne fut pas de voir Victoria étendue là sans réactions qui le fit reculer mais ce fut de trouver un homme allongé à quelques centimètres d'elle. D'un coup des flammèches de jalousie enflammèrent son coeur. S'il n'avait pas été dans un hôpital il n'aurait pas hésité une seconde à tordre le cou de cet inconnu gisant à côté de sa fée.

Voyant qu'il ne pourrait pas parler à Victoria avant un bon moment il alla finasser avec les médecins pour connaître l'identité du type qui était soigné avec elle et comment il avait atterri là. Quand il apprit qu'il s'agissait d'un inspecteur il se demanda ce que Victoria pouvait bien faire avec lui. Travaillaient-ils ensemble? Victoria l'avait-elle interviewé pour un article? Ou bien étaient-ils amants? Peter se refusait à accorder de l'importance à cette dernière suggestion de son esprit, pourtant elle revenait sans cesse l'enquiquiner comme un marteau tapant regulièrement sur un clou.

Au bout de trois heures Victoria émergea d'un univers à la fois brumeux et cotonneux. De son demi-sommeil elle entendit des personnes se chicaner. Elle crut reconnaître des voix d'hommes mais tout cela lui semblait loin. Les sédatifs agissaient encore. Elle évoluait dans une dimension peuplée de nouveautés et de fabuleux rituels. Elle se vit goûter un gratin de macaroni aux courgettes, plat qu'elle n'avait jamais mangé jusqu'alors. Puis, elle eut la sensation d'être bercée à chaque fois qu'elle voulait se déplacer dans cette autre dimension d'où elle entendait de plus en plus nettement des sons. Jusqu'au moment où, de sa retraite vaporeuse, elle reconnut les voix de Peter et de Philip Peterson s'invectivant. 

Texte rédigé pour l'édition 76 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits.

28/09/2012

Le poids d'un amour inavoué

L'attente était interminable. La queue n'avançait pas. C'était toujours la même galère au self du Yard. Deux personnes pour servir une centaine d'agents qui n'avaient qu'une heure pour manger. De plus la chaleur dans le réfectoire - décoré de photos de palétuviers - était intenable. Peterson commençait à suer à grosses gouttes. Sa chemise en voile de coton serait bientôt trempée. Au menu, foie de veau et purée. Le médecin lui avait justement conseillé de manger ce type d'abat pour régénérer son organisme en zinc. Mais les repas au self ne l'enchantaient guère. Et encore moins depuis que la machine à café était tombée en panne.

Victoria déambulait dans les bas-côtés de Brompton Oratory, observant avec attention les idoles. Puis elle s'arrêta dans la chapelle des Sept Douleurs. L'endroit était austère mais elle aimait s'y recueillir. Le dos tourné à la nef elle avait l'impression d'être dans un cocon. Dans ces moments de méditation de nombreux souvenirs revenaient la hanter. Elle repensa aux lettres dogmatiques qu'elle avait trouvées dans le manoir en Ecosse et qui lui rappelaient de vagues moments de son enfance. Elle savait qu'on ne lui donnerait pas d'autorisation pour fouiller le passé et que la poursuite de la vérité pouvait conduire à toutes les éventualités. On retrouverait peut-être son cadavre dans la Tamise. Empoisonnée au cyanure. Les permis de tuer ne font pas l'objet de demandes expresses auprès de Scotland Yard. Malgré cela elle se refusait à écrire un quelconque testament, comme pour faire un pied de nez au sort.

Alors qu'il mangeait son foie de veau, Philip Peterson sentit un poids s'installer dans son estomac. Le poids d'un amour inavoué. Il faudrait qu'il arrive à parler de ses sentiments à Victoria.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 75 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits.

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Jozef Chelmonski - Burza/The tempest 1896