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18/10/2012

Snowtan à la poursuite de Swanton

Dans la pénombre d'un restaurant français Jamie mangeait avidement un riz aux quatre épices. Il avait hésité avec une cassolette d'escargots au roquefort. La dernière fois qu'il en avait mangé c'était lors d'un séjour en France, à la recherche de son arrière-petite-fille.

Il ne savait pas qui l'avait amené dans cet établissement. Les types assis en face de lui ne lui disaient rien. La voiture avait beaucoup roulé dans Londres. Ils cherchaient sans doute à le perdre mais Jamie connaissais la capitale comme sa poche. Il avait reconnu sans difficulté le quartier de la communauté indienne puis les rues où s'étaient installés les immigrants chinois.

Ces inconnus étaient arrivés à point nommé pour le tirer d'affaire. Il était sur le point de se faire arrêter par Victoria Snowtan et Philip Peterson et il ne voulait pas parler à la police. Pourquoi Victoria faisait-elle équipe avec cet inspecteur?

Pendant ce temps-là à l'hôpital, alors que Peter et le policier n'en finissaient pas de se chamailler, Victoria repensait à son violoniste qui s'était évanoui dans la nature comme par enchantement. Elle avait entendu un bruit de portières mais elle était incapable de dire dans quelle voiture il avait disparu.

Victoria ne savait pas combien de nuitées elle allait devoir passer à l'hôpital. Ses cervicales en avaient pris un coup et elle se mouvait difficilement. Elle avait le secret espoir qu'un kiné viendrait lui faire un bon massage mais les médecins des urgences n'en parlaient pas. Elle aurait de toute façon une minerve pendant quelques temps pour lui éviter de prendre une mauvaise position et maintenir le tout en place. Ce qu'il lui faudrait à l'avenir c'était une combinaison antichocs. Mais bigre! Où trouver un tel équipement?!

******

Lorsqu'elle avait été transférée dans une chambre particulière elle avait croisé des patients aux yeux vitreux. Ils semblaient ailleurs, dans un demi-sommeil, comme elle quelques heures plus tôt. Dans les bureaux des infirmières on pouvait entendre des notes de zouk et de blues; des sonneries de portables. Le seul endroit où elles pouvaient recevoir des appels et téléphoner.

Il faisait frais dans la chambre. Les tétons de Victoria se dressaient sous sa chemise de papier. Elle était seule maintenant. Peterson avait pu rentrer chez lui. Quant à Peter, il s'était conduit comme un véritable goujat, n'essayant même pas d'entendre ses arguments. Elle l'avait sèchement envoyé dans les cordes. Il était possible qu'il lui en garde rancune. Alors qu'elle était en train de s'abandonner aux bras de Morphée, une terrible détonation résonna dans le couloir. Elle entendit des personnes courir dans tous les sens et crier. Les alarmes retentirent et le service fut cadenassé.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 77 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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04/10/2012

Tels deux mollusques sur des draps blancs

La saturation des rues à l'heure de pointe avait considérablement réduit la progression de Peter. Il se dirigeait vers l'hôpital. Victoria y avait été admise avec Peterson. Après une folle course poursuite dans Hyde Park ils avaient été percutés par un véhicule devant Marble Arch alors qu'ils s'apprêtaient à arrêter Jeremy Swanton. Mais l'époustouflant violoniste avait mystérieusement disparu. Victoria avait juste entendu un claquement de portières

L'attente fut longue. On ne le laissa pas voir Victoria avant une bonne heure. Au dire des infirmières qui sortaient de la salle d'examen, Victoria avait récolté une belle collection de contusions. Mais de toute évidence elle s'en sortait bien. Aucun traumatisme crânien n'avait été diagnostiqué.

Quand enfin il put entrer dans la salle, Victoria et l'inspecteur étaient inertes, tels deux mollusques échoués sur des draps blancs. Peter eut un mouvement de recul. Une infirmière coiffée d'une huppe lui dit qu'on leur avait injecté une forte dose de sédatifs et qu'ils n'allaient pas se réveiller tout de suite. Ce ne fut pas de voir Victoria étendue là sans réactions qui le fit reculer mais ce fut de trouver un homme allongé à quelques centimètres d'elle. D'un coup des flammèches de jalousie enflammèrent son coeur. S'il n'avait pas été dans un hôpital il n'aurait pas hésité une seconde à tordre le cou de cet inconnu gisant à côté de sa fée.

Voyant qu'il ne pourrait pas parler à Victoria avant un bon moment il alla finasser avec les médecins pour connaître l'identité du type qui était soigné avec elle et comment il avait atterri là. Quand il apprit qu'il s'agissait d'un inspecteur il se demanda ce que Victoria pouvait bien faire avec lui. Travaillaient-ils ensemble? Victoria l'avait-elle interviewé pour un article? Ou bien étaient-ils amants? Peter se refusait à accorder de l'importance à cette dernière suggestion de son esprit, pourtant elle revenait sans cesse l'enquiquiner comme un marteau tapant regulièrement sur un clou.

Au bout de trois heures Victoria émergea d'un univers à la fois brumeux et cotonneux. De son demi-sommeil elle entendit des personnes se chicaner. Elle crut reconnaître des voix d'hommes mais tout cela lui semblait loin. Les sédatifs agissaient encore. Elle évoluait dans une dimension peuplée de nouveautés et de fabuleux rituels. Elle se vit goûter un gratin de macaroni aux courgettes, plat qu'elle n'avait jamais mangé jusqu'alors. Puis, elle eut la sensation d'être bercée à chaque fois qu'elle voulait se déplacer dans cette autre dimension d'où elle entendait de plus en plus nettement des sons. Jusqu'au moment où, de sa retraite vaporeuse, elle reconnut les voix de Peter et de Philip Peterson s'invectivant. 

Texte rédigé pour l'édition 76 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits.

28/09/2012

Le poids d'un amour inavoué

L'attente était interminable. La queue n'avançait pas. C'était toujours la même galère au self du Yard. Deux personnes pour servir une centaine d'agents qui n'avaient qu'une heure pour manger. De plus la chaleur dans le réfectoire - décoré de photos de palétuviers - était intenable. Peterson commençait à suer à grosses gouttes. Sa chemise en voile de coton serait bientôt trempée. Au menu, foie de veau et purée. Le médecin lui avait justement conseillé de manger ce type d'abat pour régénérer son organisme en zinc. Mais les repas au self ne l'enchantaient guère. Et encore moins depuis que la machine à café était tombée en panne.

Victoria déambulait dans les bas-côtés de Brompton Oratory, observant avec attention les idoles. Puis elle s'arrêta dans la chapelle des Sept Douleurs. L'endroit était austère mais elle aimait s'y recueillir. Le dos tourné à la nef elle avait l'impression d'être dans un cocon. Dans ces moments de méditation de nombreux souvenirs revenaient la hanter. Elle repensa aux lettres dogmatiques qu'elle avait trouvées dans le manoir en Ecosse et qui lui rappelaient de vagues moments de son enfance. Elle savait qu'on ne lui donnerait pas d'autorisation pour fouiller le passé et que la poursuite de la vérité pouvait conduire à toutes les éventualités. On retrouverait peut-être son cadavre dans la Tamise. Empoisonnée au cyanure. Les permis de tuer ne font pas l'objet de demandes expresses auprès de Scotland Yard. Malgré cela elle se refusait à écrire un quelconque testament, comme pour faire un pied de nez au sort.

Alors qu'il mangeait son foie de veau, Philip Peterson sentit un poids s'installer dans son estomac. Le poids d'un amour inavoué. Il faudrait qu'il arrive à parler de ses sentiments à Victoria.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 75 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits.

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Jozef Chelmonski - Burza/The tempest 1896

20/09/2012

La réponse se lisait sur son visage

Victoria n'avait pas pu faire autrement que d'accepter de faire équipe avec l'inspecteur Peterson. Elle espérait que cette collaboration lui permettrait d'avancer dans son enquête sur le violoniste de Kensington Gardens. Les avantages étaient nombreux à travailler avec lui et les obstacles qu'elle avait rencontrés seraient vite balayés. Cependant les choses ne s'annonçaient pas si faciles. Elle n'était pas du sérail et la garde rapprochée de l'inspecteur ne manquerait pas une occasion pour la mettre en quarantaine. Il y avait quelques irrégularités à partager les indices de l'enquête avec une journaliste, fut-elle de bonne foi. Une embauche déguisée qui ne leur plaisait pas.

Le laboratoire de Scotland Yard avait bien confirmé qu'une page manquait dans le registre des violonistes gauchers du 19ème siècle conservé au Musée de la musique. Il s'agissait de la dernière page. Vraisemblablement celle que Victoria avait vu en Ecosse et sur laquelle on avait rajouté un nom à la main.

C'était bizarre. En ressortant du manoir elle avait aperçu une silhouette sur le surplomb du jardin qui s'était mise à courir vers elle. Elle avait pris les jambes à son cou. Son enquête n'était pas terminée. Elle devait continuer à rassembler les indices et à recouper les infos.

Elle avait commencé à enquêter après avoir découvert une page cachée dans un ouvrage chez Peter. C'était une liste de violonistes mais sur celle-ci, aucun nom n'avait été rajouté. C'est Peter qui lui avait révélé la provenance de cette feuille. En oscultant la page à la loupe, ils avaient alors remarqué qu'elle avait été sûrement arrachée.

Victoria avait omis de dire à l'inspecteur qu'il ne disposait pas de la totalité des indices. Elle souhaitait garder la page trouvée chez Peter pour compléter plus vite le "puzzle".  

Tout en observant l'éruption de bulles à la surface de son verre, Peterson passait en revue les preuves accumulées. Quelque chose lui échappait. Impossible de mener plus avant sa réflexion. Il manquait un chaînon. Les indices ne s'emboîtaient pas logiquement. Sa persévérance était d'habitude payante mais cette fois pas moyen de démêler l'intrigue. C'est pour cela qu'il avait insisté auprès de sa hiérarchie pour embaucher Victoria Snowtan, la rédactrice en chef du London's time. Cette jeune femme dynamique avait toujours un coup d'avance. Elle savait où dénicher l'info, trouver les bonnes personnes et s'introduire à peu près partout sans montrer sa carte de presse. Il était tombé sous le charme dès leur première rencontre: des yeux verts à vous faire tourner la tête et un sourire espiègle adorable. Le Yard était un piteux écrin pour une si jolie créature.

Victoria savait qu'il ne serait pas simple de travailler avec Philip Perterson. Elle sentait bien qu'elle ne le laissait pas indifférent. Ses yeux étaient pétillants et ses pupilles dilatées à chaque fois que leurs regards se croisaient. Pas besoin de lui demander s'il était amoureux. La réponse se lisait sur son visage. Et en matière de sentiments, Peterson était tout le contraire d'un coeur d'artichaut. Depuis qu'ils se connaissaient il ne manquait pas une occasion de la complimenter sur ses tenues et de lui faire porter des fleurs.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 74 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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14/09/2012

La morsure de la sauce...

Victoria regardait son assiette avec intérêt et se demandait ce qu'elle avait commandé au juste. Elle n'avait pas bien compris les explications sur la carte et regrettait presque d'avoir accepté de dîner dans ce restaurant indien de Gloucester Road. Un médaillon de viande nageait dans une sauce brune qui s'attaquait peu à peu à la montagne de riz disposée d'un côté de l'assiette. Pourquoi n'avait-elle pas choisi ce nouvel établissement spécialisé dans les verrines qui aurait été par ailleurs sans danger pour sa ligne... Ce concept de repas "verrines" était le fruit de l'imagination d'un jeune chef du sud de Londres dont tout le monde disait du bien. Victoria aurait donné cher, à cet instant précis, pour de la cuisine anglaise.

Elle inspecta les aliments du bout de sa fourchette comme si elle tenait des pincettes. La viande semblait moelleuse mais lorsqu'elle en goûta en morceau la sauce, relevée au possible, lui fit venir les larmes aux yeux. La morsure était telle qu'elle faillit se trouver mal. Elle avait choisi ce plat comme elle aurait joué à la roulette russe et elle n'avait pas eu de chance.

Ce repas coûterait vraisemblablement une bagatelle mais elle n'aimait pas gaspiller la nourriture et se morfondait à l'idée de laisser penser à ces Indiens en exil qu'elle n'appréciait pas leur cuisine. Elle expliqua au serveur sur un ton désolé que la sauce était beaucoup trop relevée pour elle. Il débarrassa sans broncher et dès que Peter eut fini son assiette ils partirent très vite.

Tous les deux étaient chaussés de tennis et décidèrent de rentrer à pied. Ils s'arrêtèrent un long moment devant les grilles de Kensington Palace pour admirer les rangées d'hortensias que Victoria qualifia d'immangeables au lieu de remarquables. Un lapsus qui en disait long sur sa déconvenue au restaurant et son état de fatigue. Elle ne fit pas vraiment attention à ce que Peter lui raconta pendant le trajet. Il avait disserté sur l'amour passionnel et les relations fusionnelles. Tout ce que Victoria détestait en gros dans une relation amoureuse.

Ce texte a été rédigé pour l'édition 73 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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14/07/2012

La langue de l'autre

Elle dénoua le ruban qui retenait les lettres qu'elle avait conservées dans un petit coffret rococo et les jeta dans la cheminée avec quelques regrets. Tout son être se rebellait. Ses confrères avaient franchi le rubicond, leur conduite était impardonnable. Les flammes léchaient le papier comme les vagues le rivage. Bientôt il ne resterait plus rien de leur correspondance. La rumeur avait été plus forte qu'eux. Ce foutu rouleau compresseur de jalousie et de haine avait eu raison de leur attachement.

A dire vrai ils n'avaient pas besoin de se parler ni de s'écrire pour se comprendre. Ils avaient appris la langue de l'autre: les mots devenaient des codes, les intonations des clés. Les autres étaient verts de rage, ne comprenant rien à leur langage.

Ils s'étaient rencontrés en décembre. C'est  Victoria qui avait fait le premier pas. Elle lui avait parlé de la couleur de sa cravate, de roses et de chevaliers russes. Elle roucoulait. Lui écoutait sans rien dire. 

Mais leur relation n'avait pas été sans heurts. Il y avait eu quelques ratures. Victoria ne pouvait s'empêcher de dire le fond de sa pensée, le blessant parfois. Elle s'en voulait un peu de le malmener mais préférait la vérité - fusse-t-elle difficile à entendre - plutôt que des encouragements hypocrites. Elle râlait souvent et il la trouvait parfois rasoire.

Lui ce n'était pas vraiment un rigolo mais Victoria aimait les hommes au caractère bien trempé. C'était un adepte du rodéo fier de montrer sa récolte de trophées. Un autre de ses dadas était la chasse au ragondin. Dans son village ils en faisaient du pâté. Victoria avait pris un air dégoûté quand il lui avait raconté. A-t-on idée de faire du pâté avec un animal aussi peu ragoûtant? 

Texte écrit dans le cadre du jeu  Les plumes de l'été (R) initié par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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06/07/2012

Quelqu'un savait

L'étang recouvert de glace donnait un aspect de quiétude au paysage. Jamie était arrivé jusque-là en passant par les champs. La neige étendait son blanc manteau au-delà de l'horizon. L'hiver était rude. Lorsqu'il arriva à proximité du manoir il aperçu une ombre qui s'escampait vers le taillis. Une ombre qui sortait vraisemblablement de la bâtisse. Jamie se mit à courrir après l'inconnu mais ne parvint pas à le rattraper. Quand il comprit qu'il ne réussirait pas à l'arrêter, il fit demi-tour, essouflé, et se dirigea vers la maison. La girouette était secouée par le vent et tournait comme une folle. Il lui semblait par ailleurs entendre la clochette de la porte d'entrée, retentissant comme une plainte sous les bourrasques écossaises.

Quelqu'un s'était visiblement introduit dans le manoir. Jamie tenait à peine sur ses quilles, son coeur battait vite. Il avança prudemment dans le corridor. Toutes les pièces étaient fermées sauf une où scintillait une petite lumière. On avait allumé un quinquet. La clé de l'énigme se trouvait donc là. Jamie entra dans la pièce sur la pointe des pieds en retenant sa respiration. Aucun bruit si ce n'est le gémissement de la clochette qui lui parvenait du dehors. L'intrus avait été dérangé ou bien effrayé par les accents de la tempête. Le quinquet, posé sur un bureau, éclairait plusieurs livres restés ouverts. Le premier donnait toutes les indications nécessaires à l'élevage des abeilles. Le second, aux enluminures extraordinaires, relatait l'épopée de Guillaume le Conquérant. Le troisième fut celui qui retint le plus son attention. Il s'agissait d'un registre répertoriant les musiciens ayant vécu au XIXème siècle. Un nom avait été rajouté à la main avec une date de naissance mais sans date de décès. Quelqu'un savait. Jamie arracha soigneusement la page et la glissa dans la poche intérieure de sa veste.

Au même moment à Londres, dans le quartier de Clerkenwell, un quintette jouait quelques standards américains. Les musiciens, dont trois devaient dépasser facilement le quintal, semblaient se regarder en chien de faïence. Peter, installé devant le zinc, ne les quittait pas des yeux. Il était à peu près certain que le concert allait se terminer en pugilat. La querelle se déclencha à cause de quelques quolibets au sujet d'une danseuse. Les grivoiseries n'étaient pas du goût du contrebassiste qui lâcha son instrument pour aller asséner un uppercut au saxophoniste, lequel continua à railler son camarade malgré ses quenottes éparpillées sur le sol. La danseuse en question, assise au bar non loin de Peter, était plutôt quelconque et ne valait sûrement pas un coup de poing. Les deux musiciens, persévérant dans le ridicule, furent finalement mis à la porte. Le quintette se transforma en trio et les conversations reprirent de part et d'autre de la salle.  

Peter avait du mal à digérer les quenelles de poulet et le quinoa qu'il avait noyés sous une quantité ineffable de sauce à la crème. Il avait hésité avec le quasi de veau. C'aurait peut-être été plus digeste. Il commanda une eau pétillante au barman qui le prit pour le petit ami de la danseuse. Ce quiproquo fut l'opportunité qu'il attendait pour questionner le serveur sur les musiciens qui se produisaient dans le bar et notamment les violonistes. Il lui expliqua que les concerts faisaient l'objet de quotas et que l'établissement ne pouvait pas accueillir plus de trois fois par mois le même musicien. Peter le questionna plus précisément sur les gauchers et si parmi eux il y en avait un qui avait retenu particulièrement son attention. Le serveur répondit que Jeremy Swanton était sans aucun doute la quintessence de la virtuosité. Il n'avait jamais vu quelqu'un faire vibrer aussi subtilement les cordes d'un violon. Le barman commençait à trouver ce client bien curieux et attendait un signal pour aller quérir l'eau gazeuse. Peter, qui venait de faire un grand pas dans son enquête, cessa de l'ennuyer avec ses questions. Oui, il venait de faire un pas de géant. Il faudrait maintenant qu'il explore du côté du musée de la musique.

Dehors le ciel était bas et la neige tombait sans discontinuer. Les gens qu'il croisa sur le chemin du retour étaient tellement emmitouflés qu'il avait peine à dire s'il s'agissait d'hommes ou de femmes. Le gel lui mordait les joues. Alors qu'il s'engouffrait dans la bouche de métro il repensa à la canicule de l'été dernier en Egypte et aux palmiers qui s'étendaient sur le bord du Nil. Une merveilleuse croisière avec Victoria pour lui tout seul. 

Ce texte a été rédigé pour l'édition 71 du jeu Des mots, une histoire initié par Olivia couplé avec les Plumes de l'été (Q) mises en place par Asphodèle. Il n'est pas libre de droits, la photo non plus.

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