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29/10/2017

Une trop bruyante solitude B. HRABAL

livres,littérature,littérature tchèque,bohumil hrabal,prague,une trop bruyante solitude,actu,actualitéJ'écrase du vieux papier, j'enfonce le bouton vert et le plateau de ma presse avance, j'enfonce le bouton rouge, il recule; c'est le mouvement fondamental du monde, comme les pistons d'un hélicon ou comme un cercle qui retourne nécessairement au point dont il est parti.

Le lien que j'entretiens avec la littérature tchèque est très particulier. Je dis tchèque, parce que Prague se trouve aujourd'hui en République tchèque. Peut-être devrais-je parler ici de littérature tchécoslovaque puisque lorsque Bohumil Hrabal a écrit ce livre Tchéquie et Slovaquie ne faisaient qu'un même pays. Mais passons, disons que c'est de la littérature tchèque.

Quand je parle de lien "très particulier", c'est que j'ai découvert cette littérature lors d'un séjour de trois mois à Prague en 2004. (Je vous passe les détails de ce séjour, qui n'est pas le sujet de ce post.) Outre le fait d'avoir appris quelques rudiments de tchèque (langue tout de même assez proche du polonais et du russe même si l'alphabet est différent) je me suis intéressée à la littérature du pays. J'ai donc lu l'incontournable Franz Kafka, le moins connu mais non moins intéressant Ivan Klima et, bien sûr, le plus français des écrivains tchèques, Milan Kundera.

Mais quand on aime, on ne compte pas. J'ai commencé il y a de cela plusieurs années Les lettres à Olga de Vaclav Havel. Lettres écrites à son épouse lorsqu'il était emprisonné. Puis, de passage en librairie il y a quelques semaines, mes yeux se sont portés sur Une trop bruyante solitude de Bohumil Hrabal, auteur dont j'avais entendu parler mais duquel je n'avais rien lu. Et quelle bonne idée j'ai eue d'acheter ce livre. C'est un merveilleux bouquin. Vraiment un réel coup de cœur.

Sur un ton à la fois grave et poétique, Bohumil Hrabal nous conte l'histoire de Hanta, un ouvrier quasi invisible, terré dans une cave à presser livres interdits et papiers divers jetés au rebut. Son boulot n'est pas très ragoûtant, l'endroit non plus, situé quelque part entre la surface de la terre et les égouts. Mais Hanta ne comprend pas toujours pourquoi certains livres sont pilonnés. Notamment ces beaux livres sur la peinture, ces ouvrages de Goethe ou de Kant. Il en a d'ailleurs récupéré, ou peut-être devrais-je dire, il en a sauvé, et par la même occasion s'est instruit au fil des ans. Il en a rempli son appartement. Même les WC sont pleins à craquer. Cependant à faire ainsi le tri, il perd du temps. Il est toujours en retard sur la tâche à accomplir, ce qui n'est pas forcément du goût de son patron, qui le sermonne régulièrement. Hanta et sa presse ne sont pas très rentables. Bientôt font leur apparition de bien plus grosses machines, automatisées, qui pilonnent dix fois plus de papier.

Au fil des pages une autre histoire se dévoile en filigrane. Outre l'histoire de Hanta, c'est le joug communiste qui est pointé du doigt, le rejet de la culture, les élites réduites à occuper des postes d'ouvriers ou à étudier des sujets complètement ridicules. Une fable triste et émouvante qui plaira à tous les amoureux des livres, à n'en pas douter.

Une trop bruyante solitude, publié en 1976 à Prague, a été adapté au cinéma en 2011 par Vera Caïs avec Philippe Noiret dans le rôle principal.

Une trop bruyante solitude - Bohumil HRABAL - Ed. Robert Laffont - 2015

 

24/10/2017

Les jours enfuis - J. McINERNEY

livres,lecture,romans,littérature,littérature américaine,jay mcinerney,actu,actualitéTout était là, mais Jack en disait trop dans sa première mouture, il doutait trop de la qualité de son matériau alors qu'en fait, il avait déjà tout mis en place et fourni chaque détail dont le lecteur avait besoin. Russell lui avait montré ce qui s'y trouvait déjà et comment dépasser sa crainte de ne pas être assez explicite, citant l'éternel cliché qui veut que "moins c'est plus".

J'ai découvert Jay McInernay dans la Grande Librairie il y a quelques mois. Il était interviewé chez lui, à New York, à l'occasion de la sortie de son dernier livre, Les jours enfuis. Ce roman fait partie d'une trilogie dont le premier volet a été publié en 1993 sous le titre Trente ans et des poussières. L'auteur y auscultait sans compromis les années folles de la finance dans les années 80. La suite, intitulée La Belle vie, a paru en 1997. Les protagonistes étaient projetés au cœur de l'après 11 septembre. Dans la dernière partie, on plonge dans l'année précédant l'investiture d'Obama à la tête des Démocrates pour la course à la Présidentielle américaine.

Russell et Corinne Calloway, la cinquantaine, vivent à New-York dans le très chic quartier de TriBeCa et passent leurs vacances dans les Hamptons. Ils ont des jumeaux, Storey et Jeremy, âgés de onze ans. Lui est directeur d'une maison d'édition, elle s'occupe d'une association caritative. Ils sortent  beaucoup: vernissages, lancements de livres, galas de charité dans la haute société new-yorkaise... La vie est belle. Mais - parce qu'il y a un mais - quand on pénètre leur intimité, on voit que leur vie n'est peut-être pas si belle que l'on croyait.

Tous les couples ont leurs hauts et leurs bas, et là, pour le coup, il y a plus de bas que de hauts. Outre la maison d'édition de Russell menacée de faillite, refait surface un ancien amant de Corinne. Elle est elle-même étonnée qu'il l'attire toujours autant. Et elle succombe de nouveau à son charme, prétextant un week-end avec une amie pour aller le retrouver.

Jay McInernay peint une société new-yorkaise où l'argent coule à flot (même si la crise financière est là) et où tromper sa femme (ou son mari) semble presque normal. En tout cas ça semble normal pour la plupart des personnages masculins. Et pour quelques personnages féminins. J'avoue que ça m'a un peu dérangée.

Il y a bien sûr des chapitres qui s'attardent sur l'opposition entre l'Amérique profonde et le microcosme new-yorkais, sur le fait de savoir si les Américains sont prêts à élire un noir à la Maison blanche, mais tout de même, ce n'est pas ce qui fait la majorité du roman. Et j'ai donc beaucoup de mal à dire si j'ai aimé ce livre ou pas.

Les jours enfuis - Jay McINERNAY - Ed. de l'Olivier - 2017

30/09/2017

La Salamandre - J.-Ch. RUFIN

livres,littérature,romans,jean-christophe rufin,la salamandre,brésil,actu,actualitéElle était passée de l'autre côté, là où le monde est sans pitié et sans égard, où la misère impose ses rudesses au corps et à l'esprit, où la vie n'est que le solde d'un compte entre la violence reçue et celle que l'on administre. Les scrupules, la prévenance, la politesse sont réservés aux étrangers, aux riches, à ceux que l'on respecte mais que l'on vole. La brutalité, elle, est la part des familiers, de ceux que l'on piétine mais que l'on aime.

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre en ouvrant ce bouquin même si j'aime assez le style de l'auteur. Ce n'est pas le premier livre que je lis de Jean-Christophe Rufin. J'avais beaucoup aimé Un léopard sur le garrot. Pas un roman, pas une autobiographie non plus, une sorte de récit où il passe à  la loupe les moments importants de sa vie et ce qui a compté pour lui.

Ici le registre est différent. Il s'agit bel et bien d'un roman. Catherine, la quarantaine bien entamée, parisienne à la vie bien réglée et un peu terne, décide un jour de prendre de vraies vacances et d'aller rendre visite à une amie d'enfance installée au Brésil.

Quand elle arrive, c'est le Brésil des cartes postales qui l'accueille. Le soleil, la chaleur, les après-midi à la plage... rien ne manque. Les hommes à la peau mate font eux aussi partie du décor. C'est d'ailleurs sur les conseils de son amie que Catherine débute une relation avec l'un de ces hommes, de ceux qui traînent sur la plage en quête de touristes étrangères esseulées et en mal d'aventures. Il se prénomme Gilberto. Un prénom imprononçable quand on ne parle pas brésilien. Pas question d'argent entre eux. Catherine lui fait cependant des cadeaux, à chaque fois toujours un peu plus beaux, comme si elle avait une dette envers lui. Lui qui se donne sans compter au lit.

L'histoire aurait pu s'arrêter là. Catherine aurait pu repartir en France à la fin de vacances, reprendre sa vie paisible à Paris. Mais elle s'est attachée à Gilberto, et serait prête à n'importe quoi pour lui, même si elle sait qu'il habite dans les favelas et que les gens de ces quartiers ne sont pas forcément bien intentionnés. Elle lui demande ce qui lui ferait plaisir. Il aimerait s'acheter un bar. Catherine fait rapidement ses calculs, additionne ses placements et la vente de son appartement, soustrait les liens qui pourraient la retenir à Paris, et la voilà installée à Rio. Cependant, tout ne va pas se passer comme elle l'avait imaginé. L'amour qu'elle ressent pour Gilberto n'est pas réciproque et il devient méchant, voire indifférent, abusant jusqu'à l'extrême de la faiblesse de Catherine. Elle l'a dans la peau. Lui a compris qu'elle ne lui refuserait rien. Et cette passion destructrice va aller crescendo.

Autant vous dire que j'ai eu envie de la secouer plus d'une fois cette Catherine, de lui faire entendre raison, de lui prouver par A + B que ce Gilberto n'est pas un type bien. Et là plusieurs questions me viennent à l'esprit. Est-ce qu'on peut aimer un homme jusqu'à ce qu'il nous détruise? Peut-on tout accepter par amour? N'y a-t-il pas une limite à la souffrance? Comment ne pas finir par haïr cet homme qui vous fait du mal? Un amour enfui peut-il conduire à vouloir mourir? Ce roman ne m'a pas laissée indifférente. Si Jean-Christophe Rufin voulait provoquer ses lecteurs, on peut dire qu'avec moi il a gagné son pari!

La Salamandre - Jean-Christophe RUFIN - éditions Folio - 2016

01/09/2017

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - H. LEE

livres,littérature,lecture,littérature américaine,prix pulitzer,pulitzer,harper lee,ne tirez pas sur l'oiseau moqueur,états-unis,actu,actualitéJ'avais reçu ce livre dans le cadre du swap American Sixties il y a de cela quelques années et il m'attendait sagement sur une étagère. Il attendait surtout que je me décide à le considérer et à me dire qu'il était temps de le lire.

Début mai je rédigeai un post dans lequel j'évoquai mon objectif de faire descendre ma PAL significativement d'ici le 31 décembre. Mais comme j'aime bien compliquer les choses, je me suis lancé un  challenge supplémentaire, à savoir lire quelques gros morceaux de la littérature qui prennent racine sur mes étagères... Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur faisait partie de ma petite liste à éjecter de la PAL. Mais ce n'était pas gagné. Pour tout vous avouer, je lis rarement des ouvrages dont les personnages principaux sont des enfants ou des adolescents. Et quand je l'ai commencé, je me suis dit "ouh la la, elle va être longue, cette lecture". Puis, les pages allant, je me suis attachée à Jean Louise (dite Scout) et à son frère Jeremy. Tous les deux vivent à Maycomb, petite localité de l'Alabama. L'histoire se déroule au début du 20ème siècle. Scout, qui a grandi, raconte son enfance dans un état où la parole des Blancs faisait foi. Elle jette un regard sur son passé, sur les événements qui l'ont marqué: la peur de passer devant la maison de Boo Radley, les étés passés à jouer avec Dill, l'ennui à l'école, l'incendie de la maison de sa voisine, et cette vilaine histoire de viol, dont le vrai coupable ne fut pas condamné parce qu'il était blanc... Tous ces événements sont imbriqués et donnent un merveilleux roman initiatique. Et au final, j'ai beaucoup aimé cette histoire, quittant à regret mes deux protagonistes.

Ce roman, le seul qu'ait écrit Harper Lee, a connu un succès mondial. Il a reçu le prix Pulitzer en 1962 et est étudié dans les écoles et les lycées américains. Je ne saurais que trop vous le recommander!

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur - Harper LEE - Ed. LGF / Le Livre de Poche - 2009

21/08/2017

Pour le meilleur et pour le pire - M. C. BEATON

livres,lecture,littérature,agatha raisin,m. c. beaton,costwolds,actu,actualitéCe cinquième tome des enquêtes d'Agatha Raisin ne manque pas de rebondissements. Notre enquêtrice en herbe, sur le point d'épouser son ténébreux voisin James Lacey, voit débouler son mari qu'elle pensait mort. Mais s'il était bien vivant le jour de la cérémonie, on le retrouve cette fois-ci bel et bien mort le lendemain matin dans un fossé de Carsely. Et bien sûr tous les soupçons se portent sur notre pauvre Agatha. 

James, se sentant trahit, lui fait comprendre qu'il ne pourra jamais plus l'épouser. Cependant il accepte tout de même de l'héberger dans la chambre d'ami. Agatha, promise à la vie de couple, avait mis en vente son cottage... acheté par une certaine Mrs Hardy.

Comme toujours M. C. Beaton a le chic pour entremêler les destins des personnages. Des personnages tous plus truculents les uns que les autres.

Pour le meilleur et pour le pire - M. C. BEATON - Ed. Albin Michel - 2017

  

08/08/2017

Une très légère oscillation - S. TESSON

livres,journal intime,philosophe voyageur,sylvain tesson,une très légère oscillation,éditions des équateurs,actu,actualitéLe dernier livre de Sylvain Tesson rassemble une partie de ses chroniques rédigées pour Le Point, Philosophie Magazine et Grands Reportages sur les années 2014, 2015, 2016 et le début de 2017.

Il y parle de l'actualité mais principalement de l'islam et des islamistes, de l'environnement, de l'écriture, des travers de ses contemporains, et de sa reconstruction après cette chute qui lui a valu plusieurs mois d'hôpital. Il nous livre aussi des aphorismes, et ses textes sont truffés de mots que personne n'emploie plus. Il est esthète et poète, ne suit jamais le chemin que les autres empruntent. Une pensée à la fois cynique et lucide, mais aussi pleine d'espoir.

C'est frais, parfois un peu fantasque, et ça fait un bien fou.

Une très légère oscillation - Sylvain TESSON - Editions des Equateurs - 2017

21/07/2017

Le temps est assassin - M. BUSSI

livres,littérature,lecture,polars,romans,michel bussi,le temps est assassin,actu,actualitéC'est le dixième polar de Michel Bussi que je lis et une fois de plus j'ai été bluffée par sa capacité à tenir le lecteur en haleine. Le temps est assassin est un excellent cru. Pour ma part je le classe dans le top 3 des intrigues. Jusqu'à la fin on cherche le coupable aux côtés de l'héroïne. Les portraits des protagonistes sont fouillés, le portrait physique, mais surtout le portrait psychologique. Les réactions et les ressentis sont développés. C'est par ailleurs extrêmement fluide et abouti dans la construction.

Clotilde retourne en Corse 27 ans après le décès de ses parents et de son frère dans un accident de voiture. Elle vient se recueillir sur les lieux. Rien n'a changé, ou presque. Ces vacances ressemblent à une sorte de pèlerinage sur les lieux de son enfance et de son adolescence. Jusqu'au moment où elle reçoit une lettre pour le moins étrange. Cette lettre a été écrite par sa mère. Sa mère qui est décédée dans ce terrible accident de voiture il y a 27 ans... Comment cela peut-il être possible? Clotilde va essayer d'éclaircir les zones d'ombre entourant la mort de ses proches et va aller de surprises en surprises.  

Autre élément important du roman, la Corse, ses traditions, ses coutumes. C'est un personnage à part entière. Un endroit idyllique qui est la proie de l'avidité des hommes.

Le temps est assassin - Michel Bussi - Ed. Pocket - 2017