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09/11/2014

Les dimanches poétiques (143)

"Respecter une femme, c'est pouvoir envisager l'amitié avec elle; ce qui n'exclut pas le jeu de la séduction, et même, dans certains cas, le désir et l'amour."

Tahar BEN JELLOUN

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05/10/2014

Les dimanches poétiques (140)

"Les clodos sont à peu près planqués, ceux qui sont en train de boire pour tenir le coup seront morts demain et la Seine est bien noire, bien lente et bien sournoise. En s'immisçant entre les piles du Pont-Neuf, elle crée un appel d'air sans faire le moindre bruit. Elle chasse. Elle traque les grosses fatigues, les salariés rompus, la gamberge des petits gars sans talent et les questions dans la nuit. Elle repère les manques d'aplomb et les parapets glissants. "Venez, feule-t-elle, venez... Ce n'est que moi... Allons... Nous nous connaissons depuis si longtemps..."

Anna GAVALDA La vie en mieux

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01/09/2014

La vie en mieux - A. GAVALDA

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Ce livre d'Anna Gavalda comprend en fait deux nouvelles. La première est intitulée Mathilde et la seconde Yann. Il s'agit de deux histoires où les héros préfèrent se tromper de vie plutôt que de n'en vivre aucune. Dans les deux cas il va y avoir un élément déclencheur, un "petit grain de sable" dans leur quotidien qui va les faire changer de direction.

Mathilde va se bouger les fesses pour retrouver le type qui lui a rendu son sac sans avoir pris l'enveloppe pleine de billets destinée à payer la réfection du salon de l'appart. Un appart qu'elle partage avec deux autres filles qui sont tout le contraire d'elle. Pour Yann, son changement de vie sera dû à une rencontre, celle d'un voisin de l'immeuble qui souhaite remonter un meuble chez lui.

Ces deux-là vont en quelque sorte tout miser sur un coup de tête. Mais un coup de tête qui leur fait battre le cœur, qui leur fait se sentir vivant. Ils vont essayer ces nouvelles vies sans savoir s'ils font le bon choix. Et on ne sait pas en refermant le livre s'ils ont fait le bon choix. On reste sur sa faim à la dernière page...

C'est très sympathique à lire, très drôle. J'ai beaucoup ri. Il y a aussi du cynisme mais c'est également plein de tendresse. A vous procurer pour passer un bon moment!

La vie en mieux - Anna GAVALDA - Ed. le dilettante - 2014  

24/08/2014

Les dimanches poétiques (138)

"Diversion:

Message de Mélanie: "Suis crevée vais me coucher temps de merde bisou." Avec une petite preuve de bisou à la fin. (Un truc jaune avec de grosses lèvres qui clignotent.) (Emoticône, ils appellent ça.)

Emoticône. Le nom est aussi vulgaire que la chose. Je hais ces trucs de feignants. Au lieu d'exprimer un sentiment, on l'expédie. On appuie sur une touche et tous les sourires du monde sont pareils. Les joies, les doutes, le chagrin, la colère, tout a la même gueule. Tous les élans du cœur se retrouvent réduits à cinq ronds hideux.

Putain, quel progrès..."

Anna GAVALDA La vie en mieux 

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21/08/2014

Les Coeurs fêlés - G. FORMAN

livres,littérature,gayle forman,les coeurs fêlés,romans,actu,actualitéCe roman de Gayle Forman est plutôt destiné aux ados mais j'avoue avoir bien accroché à l'histoire. C'est un livre que j'ai choisi pour deux poches achetés. Ca se lit bien. L'affaire était pliée en deux jours.

L'auteur nous raconte le cauchemar de Brit, une ado de seize ans emmenée de force par son père à Red Rock, un centre qui se vante de mater les enfants difficiles. Mais Brit est-elle une enfant sans repères, sans valeurs? Ce qui lui plaît c'est de jouer de la musique et de chanter avec ses copains de Clod, le groupe de musique dont elle fait partie. C'est une ado de son temps, qui se teint les cheveux et a des percings. Mais est-ce que jouer de la musique et se teindre les cheveux font d'une jeune fille une ado rebelle? 

C'est ce que croît son père, et encore plus sa belle-mère avec laquelle les échanges sont à couteaux tirés. Tous les deux pensent que Brit est folle et trouvent la pub de Red Rock très prometteuse. Ils espèrent que ce centre la remettra dans le droit chemin. Mais là-bas, c'est l'enfer. Les humiliations sont le lot quotidien des jeunes ados et les thérapies sont loin d'être celles qu'on pourrait attendre de ce type de centre. Les psychiatres n'en sont pas et les méthodes du directeur sont pour le moins surprenantes...

Les Cœurs fêlés - Gayle FORMAN - Ed. Pocket - 2014

09/08/2014

A l'ombre de la cathédrale

C'est dans un état de lassitude que Marcella et Tiberio avaient quitté Rome pour quelques jours de repos à Sienne. Des vacances bien méritées car depuis plusieurs mois ils n'avaient cessé de courir l'un et l'autre pour aider Berghetti. Et les affaires étaient loin d'être terminées.

Mais dans leur pension à l'ombre de la cathédrale, ils avaient tout de suite fait le vide. Le Duomo, majestueux, à l'architecture mêlant le roman et le gothique, semblait les protéger. C'est le premier monument qu'ils avaient visité dans la ville. La cathédrale était réputée pour son Pavimento, un carrelage dans le cœur racontant l'histoire du peuple juif. Il avait été commencé au Trecento. Cette beauté, visible de fin août à fin octobre, n'était pas la seule richesse de la ville. Le baptistère situé en contrebas de la cathédrale, qui retraçait la vie de Saint Jean-Baptiste, était une autre merveille. Un cercle de cordons délimitait d'ailleurs la zone accessible tout autour afin que les visiteurs n'aillent pas tripatouiller les sculptures et les détériorer. Le baptistère avait été construit au XIVè siècle dans la continuité du Duomo. L'endroit était couvert de magnifiques polychromes où se mêlaient la Passion du Christ et sa douleur sur la croix ainsi qu'une kyrielle d'anges qui volait ici et là. Mais ce n'était pas encore le plus bel endroit.

C'est dans la bibliothèque Piccolomini que Tiberio et Marcella avaient été réellement émerveillés. Les murs offraient au regard des fresques du Pinturicchio exceptionnellement bien conservées.  Les fresques n'étaient pas éclairées par des lucarnes mais par de grands vitraux qui coulaient jusqu'au sol. Tous les visiteurs restaient bouche bée. La splendeur du lieu les laissait sans voix. Tout comme les théologiens scholastiques venus faire des recherches à Sienne que Tiberio et Marcella avaient croisés. Les étudiants se déplaçaient beaucoup à travers l'Italie et l'Europe pour trouver matière à insérer dans leur mémoire de fin d'études et passaient tous par Sienne.

En sortant du Duomo Marcella et Tiberio s'étaient installés à une terrasse de la Piazza del Campo où ils avaient commandé un Crodino. Le serveur leur avait apporté le soda dans des grands verres décorés d'une fine tranche de citron. Mais le réconfort que leur avait procuré la boisson avait été de courte durée. En quelques secondes à peine le ciel était devenu tout noir et ils durent courir pour se réfugier à l'intérieur du bar. La pluie battante résonnait sur toutes les façades. Le pavé rouge de la place, surnommée le coquillage pour sa ressemblance avec la Saint-Jacques, luisait sous l'eau ruisselante et les éclairs de l'orage. Marcella avait cherché quand elle avait assisté à un tel déluge à Rome mais en vain. Elle ne s'en rappelait pas. Un oubli qui l'avait contrariée car elle avait d'habitude une bonne mémoire. Les sollicitations de Berghetti ces derniers mois, qui lui avaient pompé la moelle comme un vampire aurait sucé jusqu'à sa dernière goutte de sang, l'avaient affaiblie. Elle avait maigri et elle n'était pas allée chez le coiffeur depuis des semaines. Ses cheveux étaient de toutes les longueurs. Sa coupe avait besoin d'être rafraîchie.

Après l'orage Tiberio et Marcella étaient allés à la Torre del Mangia. L'édifice, construit dans la première moitié du XIVè siècle, mesurait 102 mètres de haut. Ils avaient pris le chemin de la tour comme beaucoup d'autres touristes. Des touristes qui étaient légion à cette époque de l'année. Malgré l'heure tardive beaucoup d'entre eux s'y étaient arrêtés. On disait que sous les quatre angles de la tour des pierres portant des inscriptions latines et hébraïques avaient été déposées. Ceci conduisait la majorité des visiteurs à poser les mains sur les quatre angles de la tour. L'immortalité des légendes favorisait les pratiques les plus curieuses mais pas seulement sur ce site.

Au Museo Civico, qu'ils avaient visité quelques jours plus tard, les Italiens se signaient devant la Vierge à l'enfant de Simone Martini dans la Sala del Mappamondo. C'était la plus grande salle du musée, située au premier étage du Palazzo Pubblico, et de loin la plus belle. Marcella était restée en admiration devant les fresques pendant au moins une demi-heure. A l'entrée du musée, délimitée par une grosse corde ressemblant à une liane, elle avait récupéré une brochure pour comprendre toutes les subtilités du lieu et avait suivi consciencieusement la visite.

Tiberio et Marcella s'étaient beaucoup promené à pied dans la ville. Ils avaient arpenté les ruelles et avaient musardé dans les quartiers les plus éloignés de la pension où ils avaient réservé. Main dans la main ils s'étaient imprégnés de l'ambiance de Sienne.

Même s'ils vivaient dans le péché, aux yeux des passants ils avaient l'air d'un couple marié depuis des années. De leurs deux identités ils avaient réussi à n'en faire qu'une. Les épreuves des dernières semaines n'y étaient sans doute pas pour rien.

Ce texte a été rédigé pour l'édition n°33 des Plumes d'Asphodèle. Il n'est pas libre de droit, la photo non plus.

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08/08/2014

Sur le bord de l'inaperçu - M. GUILLOU (très bien)

livres,littérature,michel guillou,sur le bord de l'inaperçu,actu,actualitéJ'ai acheté Sur le bord de l'inaperçu parce que j'avais entendu une bonne critique à la radio. Comme beaucoup de mes livres, il a dormi un très long moment dans l'étagère. Je l'avais presque oublié. Puis, bien décidée à faire descendre ma PAL pendant juillet et août, je l'ai sorti. Et je ne fus pas déçue.

C'est une sorte de voyage en "absurdie" que nous propose Michel Guillou. Un voyage dans un monde à la fois absurde et poétique, où ce qui n'est pas évident pour nous l'est pour les habitants de Baldéa, un étrange pays dont personne de connaît les frontières mais où les habitants sont prêts à vous prêter une route s'il n'en existe aucune pour aller là où vous voulez aller.

Les Baldéens sont un peu nos doubles, revus et corrigés par la plume fantaisiste et fantasque de Michel Guillou qui manie merveilleusement la langue française et fait de merveilleux jeux de mots.

Un livre qu'il vous faut lire pour sa drôlerie et l'érudition de l'auteur. Ce fut un extraordinaire moment de lecture pour moi.

Sur le bord de l'inaperçu - Michel GUILLOU - Ed. Gallimard - 2009